les modernistes ont-ils vraiment bâti un monde meilleur ?

Le nouveau livre de l'artiste Nicolas Grospierre, Modern Forms, tente de répondre à travers des photographies d'architecture prises aux autre coins du monde, à cette épineuse question.

par Elias Redstone
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30 Juin 2016, 4:50pm

L'architecture est décidément le sujet de prédilection de l'artiste basé à Varsovie, Nicolas Grospierre. Depuis 10 ans maintenant, il photographie avec frénésie les bâtiments d'architecture moderne partout à travers le monde. De l'Europe au Sud de l'Amérique en passant par le Moyen-Orient et l'Asie, son corpus d'images présente l'héritage d'un mouvement architectural moderne ainsi que l'empreinte de son essor et de son déclin dans la ville. Depuis 2013, il partage ces clichés sur son tumblr et sort aujourd'hui un livre, Modern Forms: A Subjective Atlas of 20th-Century Architecture, à l'occasion du festival PhotoEspaña 2016 à Madrid.

CHURCH OF THE EXALTATION OF THE HOLY CROSS, ŻORY RÓJ, POLAND, 2007

Dans la photographie de Nicolas Grospierre, l'architecture moderne se fait le symbole d'une l'idéologie moderniste et témoigne d'un élan presque mort-né - l'échec d'un mouvement de pensée bâti sur les rêves utopistes d'un monde meilleur. "À mes yeux, le modernisme et l'architecture moderniste, en particulier, forment l'incarnation parfaite des idéaux progressistes de l'homme, rappelle l'artiste. C'était une utopie irréalisable et c'est cette faiblesse inhérente qui fait toute la beauté de ce mouvement de pensée."

POWIŚLE STATION LOWER ENTRANCE, WARSAW, POLAND, 2004

"À travers la photographie, je tente de porter un regard critique et personnel sur le modernisme. Mais je ne méprise en rien ce mouvement, je le constate. J'essaie simplement de montrer ce qui a conduit le modernisme à sa perte. Je tente de définir les causes de cet échec sans pour autant réfuter son essence progressiste. Je crois fondamentalement au progrès quel qu'il soit et même s'il échoue."

EXPERIMENTAL THEATRE, INTERNATIONAL FAIRGROUNDS, TRIPOLI, LEBANON, 2010

Les photographies de Nicolas s'attardent sur les éléments architecturaux nés de l'après-guerre qui témoignent encore d'un monde polarisé et de forces politiques contraires. Une esthétique que l'on retrouve notamment dans l'architecture des églises polonaises brutalistes, celle des kibboutz modernistes israéliens ou encore dans les lignes géométriques de l'International Fair Grounds de Tripoli, véritable totem du mouvement moderniste pensé et et construit par Oscar Niemeyer puis laissé à l'état inachevé au lendemain de la guerre civile au Liban.

HOUSE OF SOVIETS, KALININGRAD, RUSSIA, 2011

De l'architecture ordinaire aux paraboloïdes et domes brutalistes, Grospierre considère l'architecture moderne comme une continuité de formes et d'espaces reflétant les aspirations d'une époque moderniste et utopiste qui a largement marqué l'histoire de l'art. Et c'est dans l'ex-URSS que Grospierre a pu documenter les vestiges les plus spectaculaires de cette ère. Parmi eux, figurent l'Institute of Robotics and Technical Cybernetics - véritable temple de l'héritage soviétique industriel - ainsi que la tour résidentielle de Saint Petersburg surnommée 'House on Chicken Legs', présente en couverture de son livre Modern Forms.

RESIDENTIAL TOWER (AKA 'HOUSE ON CHICKEN LEGS'), SAINT PETERSBURG, RUSSIA, 2007

En s'inspirant des travaux d'artistes des années 1960 comme Ed Ruscha ou Bernd et Hilla Becher, Grospierre immortalise une pensée moderniste échouée, avec mélancolie et sans prétention. Dans son Atlas architectural, l'artiste ne se contente pas d'une simple critique de la vision utopique qui se donnait pour mission de répandre la croyance en un monde meilleur. Il l'a salue et nous encourage à reprendre le flambeau. 

Credits


Texte : Elias Redstone pour Amuse

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