Zouzou dans L'amour l'après-midi d'Eric Rohmer

le style de rohmer en 4 personnages

Objet d'une rétrospective à la Cinémathèque française et d'un culte éternel, le cinéaste doit un fier tribut à ses icônes (et à la mode).

par Marion Raynaud Lacroix
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25 Janvier 2019, 3:22pm

Zouzou dans L'amour l'après-midi d'Eric Rohmer

Brune impétueuse, blonde précieuse, Don Juan qui s’ignore… Avant de se rencontrer, de s'aimer et de se séparer, les personnages d’Eric Rohmer se fondent dans des archétypes - souvent en été. Que leurs interprètes soient devenus des icônes n’a, à y repenser, pas grand chose d’étonnant. Car chez Rohmer plus qu’ailleurs, l'allure des personnages s'inspire de celle des comédiens, trahit leurs personnalités, épouse leurs aspirations. Alors que la Cinémathèque française de Paris lui consacre une rétrospective, retour sur 4 personnages iconiques.

Melvil Poupaud dans Un conte d’été

Melvil Poupaud dans Un conte d'été

L’été, la langueur et l’ennui.. Dans Un conte d’été, Melvil Poupaud incarne Gaspard, un étudiant en vacances en Bretagne, espérant le retour de celle qu’il aime. Entre temps il en rencontre une autre – et puis une autre. Schéma classique chez Rohmer, dont le chassé-croisé sentimental à l’heure d’été se fond dans le bruit des vagues. Cœur d’artichaut qui ne « cherche pas à conquérir à tout prix », Gaspard est ce garçon nonchalant qui peine à prendre des décisions et préfère se laisser porter par ses rencontres. Faussement décontracté, il ouvre le créneau du séducteur qui fait semblant de s'ignorer (coucou Louis Garrel). Tee-shirt blanc col V ou à boutonnière, sac marine en bandoulière, boucles brunes qui flottent au vent - Gaspard est quelque part entre l'ado Petit Bateau et le Deauvillois Saint James. Pantalon blanc, pull large ou short de bains noir : il est l'exemple du rohmerien parfait qui parvient, même en maillot, à garder l'air chic et distingué.

Arielle Dombasle dans Pauline à la plage

Arielle Dombasle dans Pauline à la plage

Avant qu’elle ne devienne une icône circulant entre la scène, la musique et les saisons sans qu'on ne comprenne jamais comment le temps glisse sur elle, Arielle Dombasle a débuté au cinéma chez Rohmer. La première fois en costume médiéval dans Perceval le Gallois, avant de crever l’écran en legging noir moulant dans Le Beau Mariage en 1982 – oui, Arielle évolue décidément dans un autre espace temps. Un an plus tard, Rohmer lui confie le rôle de Marion dans Pauline à la plage, un personnage de blonde capricieuse soulignant le goût du cinéaste pour les archétypes féminins. Mi-bourgeoise mi-bohème, elle y arbore un collier de coraux orangés sur un débardeur multicolore, rêvasse dans le jardin en blouse blanche virginale, sautille au bord de l'eau en maillot une pièce. Cheveux blonds, corps de naïade et voix perchée, on la découvre au carrefour d'imaginaires opposés, entre la femme et la créature, la précieuse et la ridicule, l’oiseau et la sirène. Bref, Arielle.

Pascale Ogier dans Les Nuits de la pleine lune

Pascale Ogier dans Les nuits de la pleine lune

1984 : Rohmer signe Les Nuits de la pleine lune, un film dans lequel le public découvre Pascale Ogier, actrice d’à peine 25 ans qui tranche avec la stéréotypie caractérisant la plupart de ses personnages féminins. Belle, mélancolique et anguleuse – ses grands yeux lui donnent une présence à la fois triste et gracieuse – Pascale Ogier ne se contente pas d’incarner Louise : elle s’occupe aussi du costume et des décors, ramenant vêtements et objets de chez elle directement sur le plateau. C’est sans doute l'une des raisons expliquant comment ce film de Rohmer parvient à capter l'insouciance d'une jeunesse qui l'a pourtant quitté – il a 65 ans au moment du tournage. Nœud en tulle dans ses cheveux gonflés, pantalons à pinces à la garçonne, déshabillé de soie, cabas en plastique… Pascale Ogier y impose une élégance graphique dont se rappelleront ceux qui ont un jour posé les yeux sur elle. Elle disparaitra moins de trois mois après la sortie du film pour devenir l'icône d'une génération, laissant le souvenir d’une actrice « évidente jusqu'à son être même », comme le soulignera Marguerite Duras.

Zouzou dans l’Amour l’après-midi

Zouzou L'amour l'Après-Midi

Dans L’amour l’après-midi, Zouzou est Chloé, une jeune femme fougueuse qui vient semer le trouble dans la vie bien rangée de Frédéric, père de famille responsable, associé d’un cabinet d’affaires. Manteau en peau lainée retourné, col roulé rouge et main sur la ceinture de son 501, sa simple présence défie celle de la femme de Frédéric, Hélène, bourgeoise rigide adepte de cols Claudine et de tailleurs, renvoyant au sérieux avec lequel elle aborde son rôle de professeur. Chloé, elle, finit par trouver un emploi comme vendeuse dans une boutique de vêtements de luxe – la Marion de Pauline à la plage était styliste. Frédéric lui succombe et on comprend pourquoi : dur de ne pas céder à Zouzou, cette mannequin née à Alger qui tient ici son rôle le plus notable et ne doit son surnom qu'à un singulier zézaiement. Comme Pascale Ogier - mort tragique en moins - elle deviendra une icône mode, vivra l'effervescence du Swinging London, une liaison avec Brian Jones, Jack Nicholson, Jean-Paul Goude et même un séjour par la case prison.

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