Photos via New Line Cinema/Everett Collection.

« belles à mourir », la comédie noire la plus sous-estimée des années 1990

Une sombre histoire de meurtres sur fond de concours de miss, avec Kirsten Dunst, Allison Janney et Ellen Barkin.

par Ilana Kaplan
|
25 Avril 2019, 8:31am

Photos via New Line Cinema/Everett Collection.

Belles à Mourir a beau n'avoir jamais été disponible en streaming, il appartient à ces films des années 1990 adulés par une poignée de fans et largement sous-estimés par la critique. En mars, Hulu annonçait l'arrivée du film sur la plateforme à partir du 1er avril, dans un tweet supprimé depuis. Une lueur d’espoir persiste cependant, puisque le mockumentaire culte soufflera ses 20 bougies en juillet prochain – qui sait, peut-être avaient-ils simplement parlé trop vite ?

À l’instar d’autres films iconiques, tels que Heathers ou Josie et les Pussycats, celui de Michael Patrick-Jann a réuni une importante communauté de fans autour de son intrigue originale – une comédie noire sur fond de concours de miss – et de son casting : Kirsten Dunst, Denise Richards et Brittany Murphy au sommet de leurs carrières. Ellen Barkin, Allison Janney, Kirstie Alley et Amy Adams complètent la distribution royale du film, chronique sardonique de la vie d'une bourgade du fin fond du Midwest.

L'intrigue se joue à Mount Rose, dans le Minnesota, une petite ville qui vit au rythme de l’élection de Miss American Teen Princess, et s'attarde sur le parcours de la danseuse de claquettes et maquilleuse funéraire Amber Atkins (Dunst). Si Amber se présente au concours de beauté, c'est parce que ses deux modèles – sa mère et Diane Sawyer – ont elles aussi participé à des concours de miss. Mais le film, tourné sous la forme d’un mockumentaire, se teinte vite d’une certaine noirceur – quelqu’un essaie de saboter la compétition par une série de meurtres (et de tentatives de meurtres) stratégiques. Par ailleurs, la ville possède son lot de personnalités hautes en couleur : Gladys Leeman (Alley) est une ancienne Miss American Teen Princess qui dirige désormais le comité local ; sa fille, Becky Ann Leeman (Richards), est riche, populaire, a la gâchette facile, et est la rivale la plus déterminée d’Amber ; Annette Atkins (Barkin), la mère d’Amber, est une coiffeuse qui fume comme un pompier ; Loretta (Janney), la meilleure amie d’Annette est, elle, portée sur la bouteille. Un tableau complété par Leslie Miller , la cheerleader obsédée par le sexe (Adams), la généreuse mais naïve Lisa Swenson (Murphy) et la gagnante de l’année précédente, l’anorexique Mary Johnson (Alexandra Holden).

Bien qu’il n’ait rapporté que 10,5 millions de dollars au box-office, le film doit sa popularité au bouche-à-oreille et aux quelques copies de cassettes et de DVD qui se sont passées sous le manteau. Il y a 5 ans, Buzzfeed s’est intéressé à l’héritage laissé par le film en dépit de son flop dans les salles obscures. A l’époque, Janney avouait qu’on la reconnaissait plus souvent pour son rôle de Loretta que pour tous les autres. « Mon anecdote la plus drôle concernant Belles à Mourir, c'est quand je me suis retrouvée assise à l’aéroport à côté de gamins qui citaient leurs répliques favorites de Loretta… je leur ai dit : "Hey, salut, c’est moi qui jouais Loretta dans le film". Et ils se sont littéralement mis à crier. C’était vraiment drôle. J’ai l’impression d’être une rockstar parce que j’ai participé à ce film », se souvient-elle.

1554744962742-drop-dead-gorgeous

Tous les protagonistes cherchent à faire bonne impression auprès des spectateurs du mockumentaire. À l'instar de Becky, qui vient rendre visite à Mary à l’hôpital avec des chocolats, alors qu'elle est traitée pour anorexie. Becky prétend lui rendre visite toutes les semaines, comme le fait Amber (« Elle est anorexique, Amber, pas sourde », lui rétorque Becky en recouvrant les oreilles de Mary).

Ce sont ces répliques cinglantes et ces moments croustillants qui font du film une véritable pépite. Parmi eux, il y a le moment où Becky est interviewée par les réalisateurs fictifs et se rappelle avoir reçu un revolver 9mm pour son anniversaire, ainsi qu’une carte de sa mère disant: « Jesus aime les vainqueurs. » Elle ajoute: « C’est pour ça que, quoi que je fasse, je gagne. » On peut aussi penser à sa performance sur « Can’t Take My Eyes Off Of You » avec une poupée gonflable à l’effigie de Jésus clouée à la croix, qui lui permet de remporter l’élection. On attente à plusieurs reprises à la vie d’Amber (sa caravane est même incendiée), à tel point qu’elle songe à quitter la compétition. « Les garçons arrivent tout le temps à se tirer de Mount Rose grâce aux bourses sportives... ou à la prison », philosophe-t-elle au détour d'une autre scène.

Denise Richards in Drop Dead Gorgeous

C’est ce franc-parler assez brutal qui rend Belles à Mourir si unique. Ne cherchez pas le sens du karma dans ce film. Il est clair qu’Amber a toutes les caractéristiques de la reine de beauté idéale : des valeurs impeccables, et un look de fille ordinaire qui a vite fait de la placer en position d’outsider. Son avancée dans la compétition n’est que le résultat d'un concours de circonstances et Amber ne veut pas gagner ainsi. Loretta l’encourage: « Arrête. Tu es une bonne personne. De bonnes choses arrivent aux gens bien. » Amber doute: « Vraiment? » Ce à quoi Loretta répond: « Non, c’est un ramassis de conneries, ma chérie. Tu as juste une chance de cocue, alors tu ferais bien d’en profiter. »

Pour finir (*ALERTE SPOILER*), le film a l’une des meilleures fins de tous les temps. Lorsque Amber arrive à la compétition nationale avec les autres filles, elle découvre que l’organisateur du concours, l'entreprise de Cosmétiques Sara Rose, a fait faillite pour cause d’évasion fiscale. Les concurrentes se mettent à tout saccager. Mais Amber finit par tracer sa route vers le succès : après avoir assisté à une fusillade, elle s’inspire de Diane Sawyer pour remplacer au pied-levé la reporter qui vient d’être abattue, accédant, in fine, à la carrière de ses rêves.

Vingt ans plus tard, l’excentricité du film résonne particulièrement fort dans l’Amérique de Trump. Et certains aspects du Midwest semblent voués à l'immuabilité : les accents extrêmes, les aspirations à une vie sans péché, la vénération de Jésus et des armes à feu - sans parler de la salade de gélatine.

Cet article a été initialement publié dans i-D US.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.