garance marillier, l'espoir le plus troublant du cinéma français

i-D et Chanel ont rencontré Garance Marillier, en lice pour le César du meilleur espoir féminin.

par Marion Raynaud Lacroix
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02 Mars 2018, 2:41pm

Garance Marillier a le visage familier d’une fille qu’on aurait croisée en cours sans jamais oser lui parler, discrète et impressionnante à un âge où l’on tend plutôt à prendre la réserve pour de la timidité. Pourtant, chez elle, le silence tient plus de l’aplomb, celui du souci d’être juste, de ne pas déborder du rôle qu’elle endosse le temps d’une séance photo pour Chanel – celui d’une comédienne travailleuse prête à jouer de son image lorsqu’elle estime « que c’est le bon moment pour le faire ».

Révélée par Grave, le film de Julia Ducournau sorti l'an dernier, Garance Marillier est en lice pour le César du Meilleur espoir féminin. « Je regarde les César depuis que je suis toute petite, donc ça fait forcément plaisir d'y être. Mais là, j'ai juste hâte que ça se termine ! C'est un très bon exercice pour l'ego. Ça nous apprend beaucoup à relativiser sur ce que représente un César, ce que c'est qu'en avoir un. On se rend compte que c'est pas forcément ce qui nous fera mieux jouer. Alors que quand j'étais petite, j’étais capable de me dire ‘il faut avoir un césar pour être bon’ » explique-t-elle en revenant sur sa nomination. Lors du Dîner des Révélations en partenariat avec Chanel, elle choisissait la réalisatrice Alice Winocour pour marraine – montrant à ceux qui en doutaient encore, que César ou pas César, elle avait l’intention de s’inscrire dans le paysage du cinéma français au delà du film de genre qui l’avait révélée.

Dans Grave, elle incarnait Justine, une adolescente de 16 ans intégrant la même école vétérinaire que ses parents végétariens. Forcée d’ingérer de la viande crue lors d’un rite d’intégration, elle y découvrait le plaisir de la chair et prenait goût au sang. D’emblée rangé dans la niche du cinéma de genre, le film a pourtant séduit au-delà du public d’initiés auquel il semblait se destiner. Et a vu Garance Marillier incarner la mue d’une génération, lasse d’être cantonnée à la rigidité d’un genre ou à l’étroitesse d’une case. Hybride, polymorphe et explosif, le film dévoilait un personnage agi par le besoin de faire corps avec son désir – et une comédienne découvrant son propre appétit de jeu. « Ça m'a ouvert des envies énormes de travailler encore plus avec mon corps, de travailler encore plus ma technique » explique Garance, dont la nomination aux César ne semble pas avoir entamé l’envie de « travailler », un terme qui revient souvent dans sa bouche. « Rien n'est acquis, c'est pas parce qu'on a fait un film qui marche qu'on est accompli. Je pense que ce serait une énorme bêtise pour moi de m'arrêter de travailler et de juste faire des films, je crois que la vraie technique se forme en école et que c'est avec ça qu'on peut tout jouer. » A peine auréolée du succès de Grave, Garance a donc décidé de revenir à l’école – de théâtre cette fois-ci – pour asseoir sa légitimité dans un métier que l’on réduit trop souvent au simple don du talent.

« Grave m’a offert beaucoup d’opportunités, une médiatisation qui n'a rien à voir avec avant. C'est cool mais je pense que la seule manière de faire en sorte que ça continue, c'est de travailler. » conclut-elle. Il ne reste plus qu'à croiser les doigts pour que ce travail soit récompensé et confirme - si besoin était - son envie de continuer à troubler le cinéma français.

Les vêtements proviennent tous de la collection Chanel Printemps-Eté 2018 et de Mad Vintage.

Crédits

Photographe : David Fanfani
Assistant photographe : Remi Procureur
Styliste : Xenia May Settel
Make up : Celine Martin
Hairstylist : Masato Tsuchiya
Production : Mayli Grouchka