Junya Watanbe primavera/estate 2018. Fotografia Mitchell Sams.

les 10 tendances beauté les plus improbables de ce mois de la mode

D'une ode aux vampires à l'éternel oeil-de-chat en passant par des crêtes iroquoises en métal : les maquilleurs et coiffeurs de la mode ont encore fait des miracles ce mois-ci.

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06 Octobre 2017, 1:57pm

Junya Watanbe primavera/estate 2018. Fotografia Mitchell Sams.

La journaliste beauté Cat Marnell a écrit un jour un article plutôt juste sur la dépression, qui expliquait pourquoi il était peut-être plus judicieux de rester chez soi à dormir pendant la tornade supposément glamour de la Fashion Week new-yorkaise. Elle y racontait aussi comment, tous les ans, les mêmes looks étaient annoncés en grande pompe comme de l'inédit. Et que finalement, il y aura toujours quelqu'un refaire, répéter, redire et montrer les mêmes choses ; pour surligner les sourcils, dessiner un visage « nu » minimaliste, utiliser un lipstick rouge vin ou s'essayer aux yeux de chat.

Mais l'excitation n'est pourtant jamais très loin. Elle vient des artistes maquilleurs ou coiffeurs qui tentent la bizarrerie, embrasse la singularité de leur discipline. Ceux qui comprennent que la « beauté » n'a pas forcément à être flatteuse. Au milieu d'une saison de la mode qui s'est très largement tournée vers le commercial, il est rafraîchissant de voir dans les défilés des looks beauté qui font d'avantage penser à une création de John Carpenter qu'à une pub pour du mascara. La beauté doit explorer ses limites, doit être bizarre, et pendant un défilé, elle n'a pas forcément à stimuler les ventes et le commerce futur. Ce mois-ci, les looks les plus marquants étaient très beaux, très doux quand ils n'étaient pas Lynchiens. Voici nos favoris.

Photography Mitchell Sams

Les yeux diamantés chez Dries Van Noten
L'artiste maquilleur Peter Philips a su créer un nouveau visage avec un détail on ne peut plus glamour : des cristaux Swarovski encadrant les yeux des mannequins. En gros : un eyeliner crystal qui aurait certainement fait fondre Zsa Zsa Gabor auquel s'ajoutaient parfois quelques bijoux de bouche. En fan des scintillements qui se respecte, Van Noten a créé une collection émaillée de cristaux – sur les robes, les vestes, les ceintures – où les looks de Philips s'imposaient comme un incontournable complément aux vêtements.

Les lèvres en forme de cœur de Maison Margiela
Chez Margiela, la reine de la beauté Pat McGrath a fait reluire les peaux à coup de Skin Festish, l'highlighter de sa ligne de produits de beauté éponyme. Elle a créé une lèvre géométrique, d'un rose éclatant en utilisant son rouge à lèvres Matt Trance, sorti récemment et chaleureusement accueilli par la critique. Un peu plus haut, les coiffures pensées par Eugene Souleiman évoquaient un rêve traversé par des plumes généreuses et élégantes. Le genre de coiffe que Marie Antoinette aurait pu troquer contre ses habituelles et énormes perruques.

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Les yeux de chat de Marc Jacobs
Pour Marc Jacobs, Diane Kendal a revisité l'œil-de-chat. Une antienne de la mode, mais qui faisait sens pour la collection d'un glamour presque « classique » du créateur. Un classicisme qui n'a cependant pas empêché Kendal d'innover. Avec son équipe, la maquilleuse a pensé pas moins de 8 différentes versions de cet œil-de-chat, créant différents looks en fonction des différentes formes d'yeux des mannequins. Des yeux de chats tout simples, d'autres plus crocheteux, ovales ou rectangulaires, allant parfois courir jusqu'aux tempes des modèles. Selon The Cut, chaque œil a pris près de 30 minutes à être créé.

L'usage élégant de l'espace négatif chez Rochas
Le maquillage pour Rochas était d'une simplicité qui confine au génie : l'artiste maquilleuse Lucia Pieroni a simplement dessiné les contours d'un œil qui sent bon les années 1960, pour un résultat à la fois subtil et immanquable. Une proposition unique et facile à reproduire à la maison.

L'ode aux vampires de Dilara Findikoglu
L'Eglise de Satan, c'est génial. Ça ne se discute même plus, regardez : elle soutient même le droit à l'avortement. C'est plutôt de son esthétique qu'Ismaya Ffrench s'est inspiré pour embellir les mannequins du défilé de Dilara Findikoglu pour la Fashion Week londonienne. Le visage de Lily McMenamy s'est alors transformé en un pentagramme du meilleur goût, quand d'autres, comme l'artiste Sussi Sussman, ont été transfigurés dans des looks rappelant les vampires de Buffy. Et puis on s'imagine que les lèvres des mannequins ont pris le rouge du sang qu'ils ont bu avant le show qui sait.

Photography Mitchell Sams

Les paupières pailletées de Jour/Né
Étaler l'équivalent en paillettes d'une boule disco sur son visage n'est jamais une mauvaise idée, ce n'est pas Chloë Sevigny et Kate Beckinsale qui vous dirons l'inverse. La maquilleuse Lyne Desnoyers l'a bien compris. Les designers de Jour/Né Lou Menais, Léa Sebban et Jerry Journo ont récemment collaboré avec Coca-Cola sur une collection capsule qui a peut-être influencé le maquillage de leur collection – les yeux paraissaient presque pétillants.

Le coup graphique de Rochambeau
Le regard dramatique créé par Erin Parson pour Rochambeau était fait de sculpturales gouttes d'eyeliner noir, qui n'étaient pas sans rappeler les sauces ornant les délicates assiettes de Top Chef. Son travail minimaliste faisait la paire avec l'imprimé gouttes d'eau noir et blanc créé en collaboration avec l'artiste Aaron Curry, pour un résultat assez savoureux.

Photography Mitchell Sams

Punk 2.0 chez Junya Watanabe
Junya Watanabe était à Paris mais la coiffure et le maquillage de son défilé printemps/été 2018 s'inscrivait dans la lignée du punk londonien. Pour la coiffure, Katsuya Kamo avait créé des macarons torsadés surplombés de piques, pour une allure digne d'une nuit au Roxy à la fin des années 1970. La prodigieuse Isamaya French avait dessiné des lignes dentelées autour des yeux des mannequins, leur donnant un aspect tridimensionnel. Smash it up.

Photography Mitchell Sams

Un mélange de kawaï et de Renaissance chez Comme des Garçons
Le coiffeur légendaire Julien d'Ys collabore avec Rei Kawakubo depuis le début des années 1980. Voilà donc plusieurs décennies qu'ils font de la magie ensemble amis il faut avouer que le dernier défilé de Comme des Garçons atteignait ce mois-ci des sommets. La collection s'inspirait des oeuvres de grands artistes de la Renaissance comme le Vertumne de Giuseppe Arcimboldo (ce portrait d'un homme-légumes) projetées sur des robes à crinolines. Pour accompagner le délire du designer, d'Y a pensé une coiffure façon cour royale médiévale et propulsée dans un Japon contemporain (il n'y a qu'à voir les grigris kawaï accrochés aux chevelures figées des mannequins). D'énormes crinières crêpées gigantesques et des tresses XXL dominaient les têtes des mannequins. Pour reproduire ce look, il vous faudra beaucoup (beaucoup) de laque et une sacrée tignasse.

Photography Mitchell Sams

Le regard gueule de bois de Molly Goddard
Le défilé de Molly Goddard présentait des filles faussement sages, des princesses un peu dérangées, une cigarette électronique dans une main, un verre de pinard dans l'autres. Le mascara dégoulinant sur leurs joues roses évoquait un lendemain de cuite sévère. Une invitation à la débauche et à la fête – vous prendrez bien une coupe ?