un an dans la vie de lady gaga

Pour son nouveau documentaire, le réalisateur Chris Moukarbel a suivi la reine de la pop pendant un an caméra au poing, au plus intime et au plus proche d'elle, saisissant avec simplicité le quotidien de l'icône.

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26 septembre 2017, 1:14pm

Le mot « intime » peut sembler incongru lorsqu'il est utilisé pour décrire un documentaire portant sur la vie d'une star. Mais en parlant avec le réalisateur de Gaga : Five Foot Two, documentaire disponible sur Netflix autour de la vie et du processus créatif de la reine de la pop, on en vient à se dire qu'il n'existe pas de terme plus approprié.

Le film commence avec les sessions d'écriture de son quatrième album Joanne et se termine avec sa désormais célèbre performance au Super Bowl. En l'espace d'un an, le documentariste Chris Moukarbel a saisi une période révélatrice de la vie de Gaga, dans laquelle elle troque ses habits de lumière contre une honnêteté brute et émouvante.

Aujourd'hui, il est facile de savoir comment Lady Gaga, l'artiste, est devenue une star. Pourtant, peu d'entre nous ont eu l'occasion d'humaniser la femme derrière l'aura de célébrité. Témoin de ses épuisants traitements contre la douleur, Chris Moubarkel la filme aussi dans des moments d'intimité familiale et parvient à quelque chose de rare devant une énigme comme Gaga. Gaga : Five Foot Two est avant tout l'histoire d'une femme, dont le statut de célébrité passe au second plan.

Alors, comment partage-t-on le quotidien de l'une des plus grandes pop stars de notre génération ? Nous avons demandé à Chris Moubarkel d'évoquer sa rencontre avec Gaga, l'idée qu'il se faisait d'elle et les raisons pour lesquelles elle a refusé de voir le film avant sa première projection officielle.

Pourquoi penses-tu que la carrière de Gaga fascine autant de gens ?
Quand Gaga est sortie de l'ombre, cela semblait peu probable qu'elle devienne une pop star. Son visage et sa silhouette étaient souvent cachés, et elle ne vendait pas sa sexualité comme on l'attend généralement des femmes artistes : il n'était question que de sa musique et de ses projets. Nous n'avions pas vu des looks comme le sien depuis l'ère Club Kid des années 1990, donc le fait qu'elle pénètre la pop culture était aussi inespéré que rafraîchissant. L'évolution de Gaga a tenu tout le monde en haleine !

Avais-tu des idées préconçues sur Lady Gaga avant de commencer le tournage ?
Je pense que mes préjugés étaient ceux de nombreuses personnes. On peut penser que Gaga est excentrique, qu'elle est diva ou difficile mais il n'existe personne de plus terre à terre. Je crois que c'est ce qui surprend le plus en se retrouvant à ses côtés : elle est très modeste et manque de confiance en elle là où on ne l'attendrait pas. Elle regarde autour d'elle en cherchant l'approbation, pas pour mettre les gens mal à l'aise, mais parce qu'il lui est difficile d'avoir une hauteur de vue sur la moindre chose qu'elle réalise aujourd'hui.

Gaga n'avait pas vu le documentaire avant sa première lors du Festival de Toronto. Etait-ce un facteur de stress ?
Elle avait vu des parties du film et savait qu'elle ne serait pas capable d'être objective face à elle-même : elle a donc décidé de ne pas regarder la version finale. Elle a fait confiance à ses amis, et puis elle savait ce que contenait le documentaire, parce qu'elle était la première concernée lorsque la caméra tournait ! Elle s'est abstenue de visionnage, en partie parce qu'elle savait que le voir avant amoindrirait la portée du film. J'ai dû m'asseoir à côté d'elle lors de la première et la regarder découvrir le film ! J'étais prêt à m'arracher les cheveux mais c'était super. Elle était évidemment émue, mais elle a compris le film et était heureuse du résultat.

C'est mérité ! Quel est le plus grand défi auquel on se retrouve confronté en réalisant un film sur une personnalité publique aussi prolifique ?
Tout le monde semble avoir une relation spéciale avec Gaga, donc ce n'est pas comme si je découvrais cette personne et que je la donnais à découvrir au monde entier. Il faut savoir travailler contre les idées reçues. Je fais avec, parce que c'est ce qui m'attire vers des gens comme elle, mais cela fait définitivement partie du challenge. Vous dites que vous réalisez un film sur Gaga et les gens roulent des yeux, parce qu'ils ont l'impression de déjà connaître l'histoire, mais une fois le film fini, j'ai toujours droit à la même réaction : « mais je ne savais pas du tout ! » ? C'est quelque chose qui me plaît.

Il y a quelque chose de très touchant dans ce film, particulièrement dans la scène où Gaga s'arrête chez sa grand-mère pour lui faire écouter la chanson Joanne pour la première fois (au sujet de sa tante décédée d'un Lupus il y a plus de 40 ans). Qu'as-tu ressenti en étant témoin d'une scène si intime ?
C'était inattendu ! Il y a des scènes qu'on ne peut jamais prévoir. Nous conduisions en direction de l'aéroport et Gaga a décidé qu'elle voulait passer voir sa grand-mère. J'ai bien sûr pensé que c'était une super idée, j'étais particulièrement heureux d'être là pour immortaliser ce moment. Il n'y avait que moi, la caméra, Gaga et son père. Ce moment est devenu une grande fenêtre sur son monde et en tant que réalisateur, je n'avais qu'à me laisser porter !

Comment as-tu fini par passer autant de temps avec elle, et te retrouver témoin privilégié de tels moments ?
J'ai tourné la plupart du film moi-même, ce qui n'était pas prévu. J'avais une équipe, ce qui signifiait que je pouvais amener d'autres personnes sur le tournage de plus grandes scènes, comme celles du Super Bowl. Mais elle tenait à son intimité, elle ne voulait pas forcément avoir des caméras tout le temps autour d'elle. La plupart des prises qu'elle a annulées, c'était parce qu'elle ne voulait pas avoir à gérer autant d'interférences extérieures. Il me fallait trouver un moyen pour m'introduire seul avec ma caméra !

Sur tout le film, Gaga est la seule personne qui s'adresse à la caméra. C'était une décision consciente, de faire d'elle la seule narratrice de son histoire ?
J'ai su très tôt que je voulais faire un film très authentique. Traditionnellement, pour les documentaires sur les célébrités, tu interviewes tout l'entourage de ton sujet. Mais je m'en foutais que son manager me dise qu'elle travaille d'arrache-pied. Ça ne m'intéressait pas. Je voulais un rendu aussi proche d'elle que possible, je voulais qu'on vive le monde qu'elle vit, je ne souhaitais pas la définir par son entourage, sa famille ou ses fans.

Le titre du film est à la fois très simple et très évocateur. C'est toi qui l'as choisi ?
Oui, le titre est venu de moi. J'étais très indécis, j'avais énormément de possibilités de titres en tête pendant très longtemps. Ils étaient toujours liés à sa réputation ou à son œuvre. Beaucoup avaient le mot « monster » dedans, mais la vérité c'est qu'elle n'est plus du tout dans la phase « monster » de sa carrière. Ça ne collait pas. Et puis je revenais toujours Five Foot Two. Ce qui me plaisait avec ce titre, c'est qu'il indique très directement au public que le film explore les attentes qu'on place sur son corps, et les limites de ce corps. Selon moi, décrire très platement sa taille était une manière d'amener le public à cette problématique, avant même qu'ils aient vu le film.

J'imagine que tu es ravi d'avoir tourné ce documentaire à ce moment-là de sa vie.
Totalement ! C'était un moment un peu hasardeux de prime abord, mais finalement, c'est une année qui s'est révélée très riche. On n'avait vraiment pas prévu tout ça. Quand on s'est lancé, elle ne faisait qu'écrire pour son prochain album, et le concert du Super Bowl n'était pas du tout engagé. Il s'agissait d'une période de transition, et c'est peut-être aussi ça qui fait l'intérêt du film.

Gaga : Five Foot Two est à découvrir sur Netflix