© Angelo Pennetta

nana komatsu, la grande fierté de la mode et du cinéma japonais

Des défilés au grand écran, Nana Komatsu n'en finit pas d'émerveiller le Japon et le reste du monde.

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12 Octobre 2017, 10:05am

© Angelo Pennetta

En juillet dernier, le défilé haute couture automne/hiver 2017 de Chanel remplissait un Grand Palais alors inondé de soleil. Au-delà de la reproduction (presque) à l'échelle de la Tour Eiffel, la grande surprise du show restera l'apparition surprise de la Maire de Paris, Anne Hidalgo, venue remettre la médaille Grand Vermeil de la ville à Karl Lagerfeld.

Dans la foule du défilé l'été dernier, on pouvait apercevoir une invitée toute particulière, à la fois discrète et rayonnante : Nana Komatsu. Une habituée des Fashion Weeks parisiennes, qui assistait ce jour-là à son premier défilé couture. Le lendemain, la jeune et impénétrable Nana en était encore secouée : « J'ai toujours rêvé de voir un défilé haute couture de si près ! »

Dur d'imaginer que c'était son premier. Nana a commencé le mannequinat à l'âge de 12 ans, et il ne lui a pas fallu longtemps pour imprimer son visage en une des magazines japonais. Si le mannequinat est connu pour être un point d'entrée possible vers le cinéma, peu d'élus parviennent à le franchir, et ils sont encore moins nombreux à réussir à briller sur la scène internationale. Mais l'ambition de Nana vient de loin. « Ça fait longtemps que ja planifie ma carrière, que je m'organise seule avec mon manager, se souvient-elle. Depuis que j'ai 12 ans, je gère mon calendrier, j'écris mes rendez-vous et mes dates importantes sur mon agenda. » Tellement dévouée qu'elle n'a jamais hésité à faire 4 heures de route de chez elle, au pied du Mont Fuji, jusqu'à Tokyo pour passer des castings. Et puis, juste au moment où sa carrière de mannequin commençait à décoller, on lui a proposé de faire ses premiers pas au cinéma, en l'invitant à auditionner pour un nouveau film du réalisateur en vogue Tetsuya Nakashima.

Nana l'admet facilement : elle n'est pas bavarde, et pense que sa personnalité est plus adaptée au métier de mannequin. « Être actrice ne m'a jamais trop intéressée, confesse-t-elle. La première audition que j'ai passée, c'était pour The World of Kanako – les gens qui m'entourent me disaient qu'on ne pouvait pas m'avoir proposé une audition pour un film de Tetsuya Nakashima sans raison, alors je me suis dit que je pouvais tenter ma chance. »

Dans The World of Kanako, Nana joue Kanako, la fille kidnappée d'un ex-flic alcoolique. Le film sorti en 2015 est une belle leçon de cinéma, qui mêle une ambiance Lynchienne à l'enthousiasme violent d'un Tarantino. Et parmi un casting quatre toiles, c'est bien Nana qui casse l'écran. Son personnage apparaît d'abord comme angélique, le stéréotype de l'écolière modèle et populaire. Mais au fur et à mesure que le drame s'étoffe et que l'histoire avance, on découvre avec stupeur une nouvelle facette de la jeune fille, finalement femme fatale un peu timbrée, avec un penchant prononcé pour le sexe, la drogue et la destruction. Le simple fait que The World of Kanako soit le premier film de Nana laisse assez pantois sur sa capacité à interpréter la complexité, la dualité de cette terrifiante adolescente.

Tetsuya a eu énormément de mal à trouver la bonne personne pour ce rôle, auditionnant à l'époque un très grand nombre d'actrices. Mais lorsqu'il rencontre Nana, il sent immédiatement qu'il tient son premier rôle. C'est plutôt Nana qui en doute. « Ce n'était pas du tout évident, admet-elle. Comment je suis censée rire devant la caméra si je ne m'amuse pas ? Et comment je joue l'énervement si je ne suis pas en colère ? Je me suis retrouvée choisie pour le rôle, mais tout était complètement nouveau pour moi… C'était très dur. » Pourtant, une fois la caméra en marche, toutes ses appréhensions disparaissent. « J'ai décidé de m'amuser avec ce personnage. C'est une fille très énergique, pleine de vie, donc c'était sans doute mieux de ne pas trop intellectualiser son interprétation. Je me suis lâchée. Le réalisateur m'a énormément aidée, aussi. Et j'ai fini par passer un très bon moment. »

Après ces débuts impressionnants à l'écran, Nana voit sa popularité exploser. Dans le film ultra-violent Destruction Babies, le premier du réalisateur indie Tetsuya Mariko, elle va encore un peu plus loin dans le rôle d'une fille de cabaret qui s'entiche du personnage principal, joué par Yuya Yagira. Peu de temps après, elle fait une apparition dans Drowning Love, de Yuki Yamato, l'adaptation cinématographique du manga de George Asakura, dans laquelle elle campe une mannequin kidnappée par un fan un brin siphonné.

En quelques années, Nana s'est construit un CV en béton armé, remportant quelques récompenses pour ses rôles dans des films très traditionnels ou résolument indie et tendance. À côté de son métier d'actrice, elle continue de s'élever dans le monde du mannequinat, en recouvrant la couverture du i-D Japon ou en participant à de prestigieux éditos pour Vogue Japon. Pour Nana, ces deux occupations relèvent d'un seul et même art, celui de l'expression. « Ton apparence dit toujours quelque chose sur toi, sur ta personnalité. Tout compte, de la coupe de cheveux aux vêtements en passant par ce que tu as dans les mains, assure-t-elle. Travailler dans la mode te donne un sens de l'intuition, ça ouvre sur de nouvelles formes d'expression, et en ce sens, c'est un pont intéressant à faire avec le cinéma. »

Mais ce qui a le plus confortablement installé Komatsu sur la scène internationale, c'est son rôle dans le drame religieux et mystique de Scorsese, Silence. Un projet de taille, pour une fille d'alors 20 ans, pas forcément facilité par la barrière de la langue, et la différence de méthodes de travail entre les réalisateurs japonais et américains. « Parfois, même après qu'on se soit rendus sur place, qu'on soit passés par le processus maquillage et tout le reste, il finissait par être décidé qu'on ne tournerait aucune scène ce jour-là, » se souvient Nana. L'industrie cinématographique japonaise, quant à elle, s'appuie sur des emplois du temps encore plus serrés que ses budgets. Une telle situation y est impensable. Mais Komatsu s'est prêtée au jeu et a relevé le défi : « Il n'y avait aucune raison de s'agacer. Il fallait accepter cette différence. Il fallait se mettre au pas et changer un peu d'état d'esprit. » Et sur le fait de travailler avec Scorsese ? « Il est toujours très souriant, il ne s'énerve jamais. Même s'il pense que tu dois mieux faire, il va toujours donner des compliments, genre 'c'était fantastique ! Allez, on réessaye !' Il arrive à rendre tout à fait normal le fait de faire 40 prises à la suite, s'amuse Nana. En tant qu'actrice, c'est aussi très intéressant de ne jamais savoir à l'avance quelles prises il va utiliser, ou quelle est la 'bonne' manière de jouer telle ou telle scène. »

Peu importent les circonstances de tournage, Nana sait s'adapter et n'a pas peur de grand-chose. « Je n'en ai peut-être pas l'air, mais je suis une forte tête, et je prends très, très au sérieux tout ce que j'entreprends. » Nous, on est sûrs d'une chose : l'accès au rang de star mondiale de cette jeune fille déterminée de 21 ans n'est qu'une question de temps. Affaire à suivre.

Crédits


Texte Kazumi Asamura Hayashi

Photographie Angelo Pennetta Stylisme Emilie Kareh

Coiffure David Harborow, Streeters. Maqullage Nami Yashida, Bryant Arists. Assistance photographie Jack Day. Assistance stylisme Fiona Hicks.

Nana porte des vêtements Chanel Haute Couture automne/hiver 2017.