Avec l'autorisation de Netflix

l'histoire de marsha p. johnson, la « rosa parks lgbt », débarque sur netflix

En 1969, Marsha P. lançait la première pierre sur la police lors des émeutes de Stonewall, inaugurant une longue lutte pour la reconnaissance des droits des personnes LGBT. Un documentaire Netflix lui est consacré.

par Tom Rasmussen
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10 Octobre 2017, 8:02am

Avec l'autorisation de Netflix

Femme, trans et noire, Marsha P. Johnson fut une héroïne des émeutes de Stonewall, à New York en 1969. Même si les versions (dont celle de Marsha) diffèrent, c'est à elle qu'on attribue le premier jet de pierre (ou de verre) sur la police anti-émeutes descendue au Stonewall Inn à l'époque où afficher son homosexualité était illégal. Point de départ de longues années de lutte, les émeutes de Stonewall ont radicalement modifié la situation des personnes LGBT à travers le monde.

De nombreuses versions de ce combat pour l'égalité des droits effacent l'action de Marsha P. Johnson – dont le blockbuster Stonewall sorti en 2015 – et pourtant, elle demeure pionnière dans la lutte pour les droits des LGBT, ayant mis sa vie au service d'une communauté dont elle s'est pourtant parfois retrouvée exclue.

Il y a quelques jours, Netflix sortait The Death and Life of Marsha P. Johnson, un documentaire signé David France, le réalisateur à l'origine du brillant documentaire How To Survive a Plague, qui retraçait la crise du SIDA dans le New York de la fin des années 1980. Son dernier film ravive la mémoire de Marsha P. Johnson, fervente activiste et performeuse, dont le parcours ranime le mystère entourant l'assassinat de nombreuses femmes noires aux Etats-Unis, parmi lesquels figure sa mort tragique.

Ce documentaire s'attache à disséquer les mauvais traitements de la police à l'encontre de Martha, durant son existence et après sa mort, faisant de son cas le triste exemple de la brutalité des forces de l'ordre envers les femmes trans de couleur, aux Etats-Unis et partout dans le monde.

Mais lorsqu'une personne devient le visage d'un mouvement, on en vient parfois à oublier ce qu'on lui doit. Marsha P. Johnson, dont le deuxième nom fait référence à « Pay It No Mind » - une formule adressée à un juge lors d'une audience et restée fameuse depuis – était une activiste visionnaire et radicale, énergique, performeuse avant-gardiste, muse d'artistes et de musiciens, leader inspirante et active au sein des mouvements de défense des droits civiques, des personnes homosexuelles, des trans et des travailleurs du sexe. Voilà quelques points essentiels de son héritage.

Ardente défenseure des droits civiques et des personnes LGBT, elle a énormément œuvré après Stonewall.
« J'ai été battue, jetée en prison, j'ai perdu mon travail pour la libération homosexuelle. Il est temps de faire la révolution maintenant. » Johnson a mené d'innombrables rassemblements et meetings, et a organisé efficacement des années de lutte pour l'égalité des personnes LGBTQIA+. Elle a cofondé le « Gay Liberation Front » à New York, qui a fini par essaimer partout à travers le monde, entre Los Angeles, Paris, Londres et Sydney. Une mission qui ne se concentrait pas seulement sur des modifications législatives, mais cherchait à changer radicalement la façon dont les trans et les personnes homosexuelles étaient traitées par la société. Marsha P. Johnson est donc autant connue pour ses années de défiance envers la police, l'état et la société que pour ce rôle d'initiatrice dans les émeutes de Stonewall, qui a fait dire d'elle qu'elle était la « Rosa Parks du mouvement LGBT ».

Visionnaire, queer et radicale, elle a trouvé une sœur de lutte en Silvia Rivera.
« Mes sœurs lesbiennes, ne pensez pas de mal des travestis, lança un jour Johnson dans une interview, nos frères gays s'en chargent assez. » Comme bien des cercles de la communauté LGBT aujourd'hui, ils sont nombreux à s'être montrés excluants vis-à-vis des femmes trans, des drag queens et des personnes de couleur. Johnson a donc toujours cherché à élargir son combat, avec le GLF ou des groupes de lutte lesbiens - elle a d'ailleurs participé aux réunions des Daughters of Bilitis, la première organisation nationale lesbienne aux Etats-Unis. Sa meilleure amie Silvia Riveira l'a accompagnée dans son combat : faire en sorte qu'on ne se concentre pas uniquement sur les hommes gays blancs issus des classes moyennes. En cherchant à éviter cette une priorisation de la lutte, elles se joignent à d'autres mouvements autour de la détention carcérale ou des difficultés rencontrée par les sans-abri, un combat particulièrement important pour Johnson, qui a passé une longue partie de sa vie dans la rue.

Elle a cofondé le STAR avec Silvia Rivera.
Fondé en 1970, le « Street Transvestite Action Revolutionaries » a d'abord été un lieu de refuge pour les personnes trans privées de domicile. Elle et Rivera se font donc connaître en tirant leurs amis de la rue pour les loger dans des chambres d'hôtel, parfois jusqu'à cinquante en même temps. Si le STAR ne parvient pas à s'inscrire dans la durée faute de moyens, leur projet donne lieu à un manifeste radical auquel on continue de se référer, prônant « La libre expression du genre, la fin des injustices carcérales, des problèmes des sans-abri et la création d'une communauté inclusive qui rejette les définitions normatives de genre et d'identité sexuelle. »

Elle a été photographiée par Andy Warhol.
Dans sa série de portraits de 1975, « Ladies and Gentlemen », Warhol photographie les visages de différentes drag queens, de femmes trans et de travestis new yorkais qu'il croise. Six ans après les émeutes de Stonewall, Johnson est devenue une figure publique, aussi bien pour son rôle d'activiste que de performeuse. Familier des meilleurs clubs, Warhol confie à Bob Colacello, alors rédacteur en chef d' Interview Magazine qu'il trouve « les drag queens noires et latinos les plus intéressantes » au Gilded Grape de Greenwich Village. C'est là qu'il repère Marsha P. Johnson et lui demande de participer à son projet.

Elle apparaît sur la pochette d'un disque d'Earth Wind and Fire.
Impossible à trouver mais dans une interview pour OUT, son neveu Al Michaels se rappelle avoir passé un titre de Earth Wind and Fire lorsqu'il était Dj à New York, dans le seul but de faire de Johnson la star de l'artwork de l'album.

Il s'agit de la « Plus grande Drag Queen au Monde ».
La plus grande drag queen au monde, Mama RuPaul, cite Johnson comme une inspiration majeure, la décrivant volontiers comme « la vraie mère des drags ». Dans un épisode de RuPaul's Drag Race de 2012, Ru lançait aux participants que « Marsha [leur] avait ouvert la voie ». Avant d'avoir l'estime de RuPaul, Johnson a été membre de la troupe d'avant-garde Hot Peaches, mêlant le show musical à la déclamation de poèmes de Jackie Curtis, dans des spectacles comme The Wonderful Wizard of Us ou Concentrated Camp, avec lesquels elle a sillonné les Etats-Unis et l'Europe.

Antony and the Johnsons est un hommage à Marsha P. Johnson.
Marsha P. Johnson est une influence majeure d'Anohini. Dans son album éponyme de 1998, le titre River of Sorrow est inspiré de la trop brève existence de l'activiste LGBT. En 1993, Anohni collabore avec Hot Peaches, en apparaissant dans une pièce au sujet de Marsha. En 1994 et 1996, Anohni écrit et dirige la pièce The Ascension of Marsha P. Johnson avant de la jouer à New York. Pour ce spectacle, il reçoit une dotation de la Fondation de New York pour les Arts, ce qui lui permet d'enregistrer son premier album et de lancer Anthony and the Johnsons.

Sa mémoire et son action politique sont l'objet de l'Institut Marsha P. Johnson.
Lancé au printemps 2018, l'Institut Marsha P. Johnson œuvre à préserver l'action menée par Johnson et Rivera à travers le STAR. Sa fondatrice Elle Hearns a lancé l'institut pour honorer la mémoire de Johnson, dont l'héritage politique tend à s'effacer derrière son statut d'icône. « La mission de l'Institut Marsha P. Johnson est de permettre aux femmes noires et trans et à toutes celles qui ne se conforment pas à la binarité du genre d'obtenir un soutien financier et logistique en vue d'enrayer les violences dont elles sont victimes. »

The Death and Life of Marsha P. Johnson est à découvrir sur Netflix.

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