Photographie : Marin Driguez

de rabat à marseille, la techno de glitter fait trembler les dancefloors

En marge du festival Le Bon Air à Marseille, i-D a rencontré ڭليثر Glitter ٥٥, jeune productrice marocaine dont la techno hybride n'a pas fini de vous faire danser.

par Dilan Aytac
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29 Mai 2019, 11:45am

Photographie : Marin Driguez

Dimanche dernier, au festival le Bon Air à Marseille, la Boiler Room de ڭليثر Glitter ٥٥ a commencé sur un chant arabe, suivis de youyous et de percussions pour finir par prendre, progressivement, une densité électronique hallucinante. Jeune marocaine résidente de Rinse France que l’on retrouvera ce week-end à We Love Green, ڭليثر Glitter ٥٥ dessine les contours d’une nouvelle scène techno, capable d’explorer son héritage pour le propulser, à coups de kicks brutaux, tout droit dans le futur. i-D l’a rencontrée.

Tu as grandi à Rabat au Maroc. Quelle était la bande-son de ton enfance là-bas ?
On écoutait énormément de musique au Maroc, des trucs très différents : de la musique orientale du côté de ma mère, un peu de musique classique arabe, plutôt fusion et rock psychédélique du côté de mon père. C’est l’héritage que je charrie aujourd’hui.

Tu te souviens de ta première rencontre avec la techno ?
Je crois que c’était en 2012. Quand j’étais ado, j’échangeais beaucoup de musique avec mes potes et l’un d’entre eux m’a initiée à l’électro. À l’origine, moi, j’écoutais pas mal de rock anglais, c’est donc sur le tard que j’ai découvert des sonorités plus industrielles et techno. C’est tout un nouveau champ de possibles qui s’est offert à moi. Une autre forme de sensibilité. Au Maroc avec mes amis, on organisait des petites soirées entre nous, il n’y avait pas vraiment de lieux qui nous correspondaient ou qui jouaient ce qu’on avait envie d’écouter. J’ai vraiment découvert la culture club une fois en France et grâce aux festivals. Il en existe quelques-uns au Maroc mais encore peu. Et ce ne sont que très rarement des initiatives locales au final.

Comment décrirais-tu le dancefloor marocain ?
Le public marocain est excessivement réceptif et très attentif. Personne ne parle une fois que le Dj a commencé son set, par exemple. Tout le monde fait preuve d’un grand respect. Selon moi, un set s'apparente à un trip dans lequel tu embarques ton public donc s’il ne te suit pas, s’il n’est pas dedans, tu déroules ton trip toute seule ! Je n’ai fait que trois dates au Maroc pour le moment mais à chaque fois, le public a fait preuve d’une capacité d’écoute incroyable. Étant donné qu’il existe peu de soirées, je pense que les gens se lâchent d’autant plus lorsqu’il y en a une. Les gens se rendent à des soirées dont ils ne connaissent même la programmation – il y a une véritable envie collective de faire la fête. Tout le monde peut s’y rendre, il n’y a pas de restrictions d’âge donc tu danseras autant avec des ados de 14 ans que des quarantenaires.

En termes de culture club ou techno, observes-tu une différence entre le Nord et le Sud du Maroc ?
Complètement. Dans le nord, comme à Tanger, il y a eu les Nuits Sonores mais ça n'a pas duré très longtemps… Il se passe peu de choses en termes de musique électronique et c’est triste. Alors que dans le sud, à Marrakech, Casablanca, Agadir et Essaouira, on trouve de plus en plus de propositions. C’est dommage mais c’est essentiellement dans les villes touristiques qu’il se développe une vraie culture club. Mais en dehors de ces répertoires-là, les musiques traditionnelles du Nord sont incroyables. Elles m’inspirent beaucoup.

Toi, comment parviens-tu à créer des liens entre ces musiques traditionnelles et des sonorités plus industrielles ?
J’ai envie de créer quelque chose de différent et de croiser des sons que l’on oppose habituellement. C'est plus une sensation, je me dis « ah tiens ce sample-là marcherait plutôt bien avec ce titre-là », puis j’y vais à l’instinct, je laisse le mariage se faire naturellement. On ne se rend pas compte à quel point il existe des similitudes entre des sonorités complètement anachroniques. Pour voir apparaître ces ponts, il faut faire confiance à son feeling.

Tu participes à une scène électro féminine et arabe de plus en plus importante. Je pense à des artistes comme Deena Abdelwahed ou encore Sama. Toi, comment tu te situes par rapport à cette scène ?
Elle existe depuis longtemps et on commence seulement à s'y intéresser. C’est le cas également dans nos pays respectifs. Dans le mien, au Maroc, les jeunes commencent à peine à considérer ce qui est produit par des artistes de leur génération, de leur pays. C’est en France que j’ai pu faire mes premiers Dj sets. J’ai joué dans mon pays dans un second temps. C’est hyper contradictoire : il faut d’abord être validée par un pays étranger avant de pouvoir être reconnue chez soi. Quoi qu’il en soit, je suis très heureuse de voir émerger cette scène et toutes ces femmes artistes. Mais je préfère ne pas me rattacher à une scène. Peu importe d’où je viens, la techno n’a pas de frontière. Je ne préfère donc pas que mon travail soit labellisé « musique orientale » ou « techno arabe ».

Dans ce paysage global du coup, qui sont les artistes qui t’inspirent en ce moment ?
J'aime beaucoup le label anglais Nervous Horizon auquel appartient TSVI. Il mélange des percussions brutes à une techno anglaise assez dure, de façon très originale. La scène mexicaines regorge de pépites – je pense notamment à Calypso Records avec Colossio que j’aime beaucoup.

Qu’as-tu hâte de découvrir au Bon Air ?
Tous ceux qui viennent jouer à la Boiler Room que j’ai pas souvent l’occasion de croiser. Et j’aimerais beaucoup voir Dj Marcel ! En fait, je vais juste me laisser porter et enchaîner tous les sets jusqu’à ce que mes jambes ne me tiennent plus. J’adore ce festival, il brasse un super public – il y avait près de 4600 personnes à la Friche dès le premier soir. On y croise des gens de tous les horizons, des Marseillais mais aussi des gens des quatre coins de la France.

Il est assez plaisant de voir des line-up de plus en plus paritaires sans que cela relève pour autant de la revendication. Qu'en penses-tu ?
C'est important d'avoir un équilibre homme / femme, mais il ne faut pas que ce soit forcé, la sensibilité artistique doit prévaloir selon moi. Cette répartition devient finalement de plus en plus naturelle, je n’ai pas l’impression qu’on s’attache autant qu’avant à des principes de quotas, et c’est tant mieux !

Quel est ton meilleur souvenir sur scène ?
Ma première Concrete : un line-up génial programmé sur un dimanche aprem avec un public hallucinant. Je me trouvais très proche du public. Il y a eu les Trans Musicales de Rennes aussi où j’ai joué devant 6000 personnes. C’était assez fou.

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