Images courtesy Dior

quand dior confronte sa mode aux savoirs-faire africains

« C'est plus qu’une simple collection, elle est synonyme de voyage, de dialogue, de collaboration, d’échange, de découverte, et met en lumière ce qui nous lie »

par Steve Salter
|
03 Mai 2019, 5:22pm

Images courtesy Dior

« Aujourd’hui, il est bien plus fréquent de parler de nos différences et je pense qu’il est important de rappeler à chacun qu’une Histoire commune unit nos différentes cultures, » explique Maria Grazia Chiuri lors d’une interview donnée pour la présentation de la collection croisière Dior 2020. Le défilé - aussi grandiose que ce à quoi nous ont habitué les défilés de mi-saison des plus grandes maisons de couture – s’est déroulé à l’intérieur du palais d'El Badi, construit au XVIe siècle au cœur de Marrakech. « C’est plus qu’une simple collection, elle est synonyme de voyage, de dialogue, de collaboration, d’échange, de découverte et s'attache à mettre en lumière ce qui nous lie » ajoute-t-elle. Pour ce défilé croisière Maria a invité de nombreux artistes et artisans venant de tout le continent africain à rejoindre l'équipe de l'atelier Dior pour travailler à la réalisation de la collection dans le but d'instaurer un dialogue créatif.

1556632224181-DIOR_CRUISE-2020_KEY-LOOKS_91

Le monde de la mode a récemment fait l’objet de nombreuses accusations d’appropriation culturelle, et Maria faisait elle-même partie de l’équipe Valentino, directement accusée pour la collection Printemps/été 2016, inspirée des dites « tribus » africaines, qui avait de toute part suscitée une multitude de critiques. Mais dès l’origine du projet, Maria et Dior ont souhaité montrer à quel point ils avaient su écouter et apprendre de ces accusations. Il s’agit donc d’une collection fondée sur la collaboration. « En ce moment l’appropriation culturelle attire beaucoup d’attention mais nous devons chercher à expliquer le fait que les savoirs-faire voyagent dans le monde entier, et pourquoi il est parfois difficile de remonter à certaines sources » explique-t-elle. « Je voulais faire le tour du monde pour apprendre à voir les codes de la maison Dior sous de nouveaux angles. »

1556632327679-DIOR_CRUISE-2020_KEY-LOOKS_5

« Lorsque je suis arrivée chez Dior, je me suis tout de suite intéressée à ces codes, » ajoute Maria. « L’une de mes premières décisions a été de réinterpréter la jupe du New Look d’après mon point de vue, celui de la légèreté. J’ai alors voulu impliquer d’autres artistes et leurs visions pour cette collection, nous avons donc demandé à deux femmes artistes de repenser cette silhouette iconique pour notre époque. » La créatrice Grace Wales Bonner et la peintre et photographe Mickalene Thomas étaient donc invitées à collaborer à l'élaboration du défilé. « Cela fait partie de mon projet chez Dior de représenter les femmes et je veux que cette maison soit un lieu qui prend les femmes en considération. Nous n’avons rien à perdre en partageant nos moyens d’expression. Nous sommes de nombreux créateurs à travailler ici, je ne suis pas seule, et nous travaillons ensembles. Je suis certes à la direction mais nous sommes avant tout une grande équipe. Tout au long de ma carrière, depuis Fendi jusqu’à Valentino, j’ai toujours travaillé en équipe.»

1556632376842-DIOR_CRUISE-2020_KEY-LOOKS_24

« Ce qui m’importait vraiment n’était pas seulement de mettre en avant le savoir-faire venant de tous horizons confondus, mais plutôt de faire le tour du monde et ainsi voir les codes Dior depuis différents points de vue. Tout cela en travaillant avec le studio et l’usine Uniwax – basés en Côte d’Ivoire, qui ont participé à la confection du tissu pour une édition spéciale. L’étoffe est ainsi renouvelée par le Wax, qui vient l’enrichir et créer ce que l'on pourrait appeler une nouvelle toile de Jouy, sur laquelle se fondent différents paysages et motifs tarot, eux aussi revisités. »

Backstage Dior photography by Ines Manai
Backstage Dior photographie Ines Manai

« Il s’agit de mettre en avant la diversité des cultures africaines, mais ce n’est pas une collection sur l’Afrique à proprement parler » précise Anne Grosfilley, l’anthropologue qui a publié l’ouvrage Wax&co, Anthologie des tissus imprimés d’Afrique. Le livre d’A. Grosfilley a été l'une des sources d’inspiration de Maria. L’anthropologue y révèle l’origine complexe du textile imprimé - le Wax africain, détaille le processus de teinte et d’impression du motif sur celui-ci, montre les différentes utilisations qu’il peut servir, ainsi qu'un large éventail de styles de motifs; elle explore également les liens complexes qu’il tisse entre le continent africain et le colonialisme, mais également entre la technologie moderne et l'artisanat traditionnel. En ces termes, le voyage illustre cet instant précis où les cultures se rencontrent, entrent en collision et convergent au même moment. Maria a été irrémédiablement attirée par l’exploration de ce qui semble être un réseau d’infinies possibilités, rendu possible par les savoirs-faire qui voyagent d’un pays à un autre, et ne semblent donc plus connaître de frontière.

1556632434783-DIOR_CRUISE-2020_KEY-LOOKS_21
Backstage Dior photography by Ines Manai
Backstage Dior photographie Ines Manai

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.

Tagged:
Dior
Mickalene Thomas
maria grazia chiuri
wales bonner
croisière 2020