dead sea, shoe-gaze et dépression à la française

Le quatuor français a confié son nouveau clip, Lotion, en exclusivité à i-D – un titre chagrin et puissant.

par i-D France
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15 Mai 2017, 11:40am

En tapant Dead Sea sur internet vous risquez grandement de tomber sur des vidéos de touristes à moitié nus, flottant sur la surface pondéreuse de la Mer Morte. En fouillant un tout petit peu plus, vous finirez par découvrir l'existence d'un quatuor français créant une post-pop contemplative, chagrine et magnétique. On dit souvent d'eux qu'ils sont la relève du shoe-gaze - un genre qui leur sied en effet à merveille - mais les membres de Dead Sea n'ont pas le regard accroché à leurs pompes. Au contraire, ils regardent ensemble droit devant, vers le futur. Du coup ça donne quelque chose qu'ils nomment eux-mêmes "Turbo Chillave"... Ne cherchez pas, écoutez-les plutôt. Ils livrent aujourd'hui en exclusivité à i-D leur nouveau clip, pour le titre Lotion.

Pouvez-vous nous dire comment vous vous êtes rencontrés tous les quatre ?
Charles: on a créé le groupe avec mon frère Alex et mon meilleur ami Julien début 2014. Quelques mois plus tard on a décidé de recruter une chanteuse, on a fait passer des auditions et on a fini par rencontrer Caro au Paris Psych Fest.

On vous case souvent dans un répertoire shoe gaze. Qu'est ce que ce genre musical vous évoque ? Qui sont vos icônes ?
Julien: Lorsque j'écoute du shoegaze j'ai l'impression de me tenir face à une monumentale sculpture en bronze qui pourrait se plier et s'écrouler sous son propre poids à tout moment. « A Storm In Heaven », le premier album des Verve est méconnu mais une pépite de shoegaze/space rock, magnifique !

Charles: mais nos icônes shoegaze sont évidemment Slowdive et My Bloody Valentine.

Vous, vous préférez parler de Turbo Chillwave… Qu'est ce que cet oxymore sous-entend ?
Alex : Un jour, on nous a dit "vous faites de la chillwave mais ça tape plus, c'est plus de la turbo chillwave" et on a trouvé le concept marrant. On est fans de Boards of Canada, Panda Bear… mais pas super fans de la chillwave d'aujourd'hui.

Chanter en français pour vous, ce n'était pas envisageable ?
Caro: Non, la question ne s'est même pas posée : on écoute tous 99% de musique en anglais, et j'ai de mon côté beaucoup d'attachement pour cette langue. C'est très instinctif et les sonorités sont naturellement musicales. Et ça fait aussi partie de ce qui définit notre groupe et ses influences.

Alex: On n'a jamais trop écouté de musique en français à part un peu de rap, récemment 667 sont super cools.

Pouvez-vous me parler de Lotion ? Qu'est que ce titre évoque ?
Caro: Lotion évoque une sorte de fugue / prise de conscience. J'aime bien les paroles un peu vagues donc ça reste métaphorique, mais en gros la chanson parle de la réalisation qu'il ne sert à rien de lutter contre des évidences.

Comment s'est fait le clip de Lotion ? De quoi est-il inspiré ?
Caro: On a découvert le travail de deux artistes slovaques (Adam Csoka Keller & Evelyn Bencicova) sur internet et on a vraiment adoré. Le soir même on a fait un montage avec quelques-unes de leurs vidéos et on a été bluffés par l'osmose entre les images et la chanson. On est allés à Bratislava pour shooter d'autres scènes avec eux dans des décors assez atypiques. L'ambiance du travail d'Adam & Eve est très imprégnée de la période communiste en Slovaquie, c'est assez angoissant dans l'esprit et ultra géométrique dans la composition.

Pensez-vous que la musique ne peut désormais plus se passer d'images ?
Alex: Les clips sont beaucoup plus présents qu'avant. Aujourd'hui, si tu sors un EP, tu sors aussi au moins un clip du single et c'est cool parce que ça permet de définir l'image du groupe. Il y a des exceptions sur soundcloud et bandcamp où tu te retrouves qu'avec la musique et un artwork comme avant, ça définit l'image aussi mais tu te focalises plus sur la musique.

Charles: Dans l'idéal on aimerait faire un clip par chanson, et pour l'instant on s'y tient, c'est notre deuxième chanson et aussi notre deuxième clip ! Et on est déjà en train de penser au prochain.

Qu'est ce qu'on peut vous souhaitez pour ces prochains mois ?
Julien: D'autres opportunités aussi géniales que notre première partie de Slowdive au Trabendo le mois dernier, un rêve !

Et vous, qu'est ce que vous souhaitez au monde ?
Julien: Un monde où chacun prendrait en main son destin et ne se laisserait pas dicter sa conduite par quiconque car comme Coluche disait, « si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ».

Charles: Et un nouvel album de My Bloody Valentine !

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