bob dylan : prix nobel et dieu de la mode

Alors qu'on attend toujours une réaction de Bob Dylan, lauréat du Prix Nobel de littérature 2016, i-D rend hommage à la plus grande modasse de l'histoire de la pop.

par Sophie Abriat
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24 Octobre 2016, 3:30pm

"The Times They Are a-Changin'", 1964 

Une silhouette longiligne fondue dans des pantalons slim et perchée sur des boots à talons cubains : depuis ses débuts, dans les années 1960, Bob Dylan a le sens du style. Sa façon de se vêtir révèle un artiste soucieux de son apparence. Son image n'a cessé d'évoluer au fil des années et des sorties de ses albums. L'artiste n'est jamais là où on l'attend, il a cette capacité incroyable à se réinventer et se métamorphoser. Plus qu'être à la mode, Dylan vit comme la mode. Ses changements physiques et vestimentaires - accompagnant ses évolutions musicales - sont au moins aussi importants que ceux de Madonna, comme l'indique Bob Batchelor, auteur d'une biographie sur Dylan (Bob Dylan : a biography). Dans le film « I'm not there » qui lui a été consacré, le réalisateur Todd Haynes fait appel à six acteurs différents pour incarner l'icône américaine comme si un artiste à ce point complexe et divers ne pouvait être représenté qu'à travers plusieurs personnages. 

Cols roulés, chemises à pois, pantalons rayés et lunettes noires, le style est à l'origine plutôt sage. La pochette de son album « Blonde on blonde » en 1966 est une photo de lui shootée par Jerry Schatzberg. Il porte une écharpe à carreaux noirs et blancs, veste marron en daim et jean : le look est simple, androgyne. Mais, peu à peu, l'habit devient le terrain de toutes ses expérimentations. Il adopte, en tant qu'individu et artiste, le fonctionnement même de la mode comme système de renouvellement permanent. Ses apparences éphémères témoignent d'un refus d'une identité statique et limitent le risque d'anachronismes : Dylan réussit à capter les aspirations sociales et culturelles des époques qu'il traverse. Il devient air du temps.

"Blonde on Blonde", 1966

S'ajoutent à son allure des touches « hobo » puis folk. En juillet 1972, au Mariposa Folk Festival, Bob Dylan apparaît vêtu d'un bandana dans les cheveux, cultivant l'allure gypsy. Quelques années plus tard, l'œil charbonneux, chapeau orné de fleurs, Dylan adopte le « bohemian style » pour sa tournée « The Rolling Thunder Revue », qui se produit aux Etats-Unis et au Canada durant l'automne 1975 et le printemps 1976. « Il n'a jamais voulu être lié au passé - sans pour autant renier ce dernier - préférant toujours se présenter comme l'homme de l'avenir », écrit Bob Batchelor. Dylan, comme la mode, se présente sans cesse comme quelque chose de nouveau et donc de moderne.

"The Freewheelin' Bob Dylan", 1963

Avec son album « Desire » (1976), son look prend des accents western/country. Puis, dans les années 1980, le style devient délibérément rock : veste en cuir à franges, pantalon en cuir, veston sans manche. La décennie suivante, on le voit photographié dans la rue avec gants en cuir, veste en velours et chapeau haut de forme (déjà porté dans les années 1960), comme un magicien du Far West.

"Highway 61 Revisited", 1965

Dernier changement en date, pour la sortie de son dernier album, « Shadows in The Night » (2015), entièrement constitué de reprises de chansons enregistrées par Frank Sinatra des années 1940 au début des années 1950, Bob Dylan revêt son costume de crooner - santiags blanches, chapeau clair à larges bords et veste noire brodée de motifs brillants.

"Desire", 1976

Il est difficile de recenser toutes ses mues, tant elles sont nombreuses - comme si Bob Dylan cherchait à s'effacer, être personne et tout le monde à la fois, comme s'il instituait une distance critique vis-à-vis de lui-même et du monde pour mieux prolonger sa quête de sens. 

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Texte : Sophie Abriat

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