lacoste, pas besoin de souffrir pour être beaux

Depuis 2010, Felipe Oliveira Baptista réécrit avec douceur et bienveillance l'histoire du plus beau crocodile du monde. En ces temps tourmentés, il signe pour la collection printemps/été 2017 un éloge de la liberté et de l'harmonie...

par Micha Barban Dangerfield
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03 Novembre 2016, 6:10pm

Vous avez décrit la collection comme "un été sans fin". Dans votre approche de la mode on sent toujours une place réservée au rêve, à la douceur...
C'est vrai que j'ai commencé à travailler et à penser cette collection au mois de janvier dernier, dans un cadre très anxiogène, en sortie d'attentats, en insécurité. Donc j'ai voulu la relier à des moments de bonheur, des moments de vacances, avec des choses qu'on adore porter en été.

Vous pensez que c'est important de rêver, de se faire du bien en 2016 ?
Oui, plus que jamais, je pense. À travers la mode on peut donner un peu d'espoir, ouvrir des portes. Personnellement, je trouve ça très important, de continuer à rêver.

Comment réussissez-vous à toujours réinventer la notion de confort inhérente à Lacoste ?
Je pense que c'est quelque chose qui se fait de manière assez organique. Quand on travaille les collections, leur design, le confort est toujours au centre des choses. On essaye d'aller plus loin et de faire évoluer le design, mais il y a toujours cette idée que l'on peut bouger, voyager, danser dans les vêtements. Pour moi c'est très important qu'on propose un look dans lequel il est très facile de vivre. J'ai toujours travaillé ça ici, c'est une approche très logique.

C'est une question de liberté ?
Oui, aussi ! Je pense qu'aujourd'hui on veut que nos vêtements nous aident à vivre mieux. L'époque où il fallait "souffrir pour être beau" est loin derrière nous. Plus que jamais, c'est important que le vêtement s'adapte à nos vies, et pas l'inverse.

On retrouve cette idée de confort, mais j'ai l'impression que vous vous éloignez de plus en plus du vêtement technique sportif...
C'est vrai qu'il y a des choses très techniques, dans les collections sport, ce qu'on a fait pour les Jeux Olympiques, qui doivent prendre en compte la performance sportive des athlètes. Et parfois ça se traduit dans la collection de défilé, dans ce "sportswear". Donc on reprend ces techniques, d'assemblage, de collage, mais avec un look moins sportif.

Le "sportswear", ça signifie encore quelque chose dans le monde de la mode ?
Aujourd'hui la mode est dans le sport et le sport est dans la mode. C'est un grand melting-pot. Et l'idée de sportswear, des vêtements de sport que l'on porte en dehors du sport (le polo Lacoste en est le premier exemple), sous-tend à l'idée plus large de confort et de liberté de mouvement dont on parlait.

Vous avez l'impression de faire fusionner sportswear et luxe ?
Je pense que oui. Ce qui est intéressant c'est aussi cet aspect hybride, la manière qu'ont les choses de se mélanger, se combiner.

C'est une bonne chose pour la mode, de décloisonner ?
Pas pour tous les secteurs. Quand le sport et la mode se mélangent trop, le look peut parfois se perdre un peu. Après c'est toujours intéressant de casser les barrières et de révéler des choses.

Sur votre compte Instagram, on a pu découvrir vos inspirations en amont. C'est quelque chose que vous faites de manière spontanée ou pour apporter quelque chose de plus personnel chez Lacoste ?
Mon Instagram je le gère de manière très personnelle. Je l'ai commencé avant que Lacoste ait un Instagram Lacoste ! C'est aussi une façon de parler de mon travail, de mon approche. C'est intéressant de montrer d'où viennent les idées, comment elles se construisent.

Vous pensez que cette communication plus personnelle est indispensable pour une maison ?
Je pense que c'est une bonne alchimie, entre un designer et une maison ; ça peut être très positif. Aujourd'hui, on est tous à la recherche des choses les plus authentiques, les plus vraies. Donc on est dans une communication plus précise, plus perso. Et ça peut être autant utile à la marque qu'au créateur. Il faut trouver l'équilibre. Dans ce cas-là, on parle d'une grande marque dont je ne suis pas la seule voix, même si c'est l'une des principales.

On est confrontés à de plus en plus d'images,  on est presque saturés....
On a rapport à l'image qui a complètement changé ces dernières années, c'est vrai. On en a parfois beaucoup trop. Il faut être le plus juste possible sur ce que l'on dit, et comment on choisit de le dire. On est tellement dans la surenchère, dans une sur-consommation d'images qu'il faut faire attention à notre manière de s'exprimer.

Comment vous voyez évoluer Lacoste avec le temps ?
Quand je suis arrivé, mon objectif c'était quand même d'étendre l'image de Lacoste. De montrer que ce n'est pas que du pur sport, pas qu'une tenue de week-end. Il fallait dévoiler l'ossature de la marque, montrer une garde-robe plus étendue, de tous les jours de la semaine. Montrer que l'on peut vivre en Lacoste tous les jours. Donc on va encore vers ça. René Lacoste était un inventeur, un visionnaire, qui regardait toujours vers l'avant. Mon travail c'est aussi de renouer avec ça en restant cohérent avec les temps qu'on vit.

Credits


Photographie : LACOSTE Défilé Printemps/Eté 2017, Backstage, New York © Ulrich Knoblauch
Illustration : Felipe Oliveira Baptista

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