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nos 6 galeristes préférés racontent la fiac

Impressions à chaud de six galeristes présents à la FIAC mais aussi à la petite nouvelle, Paris Internationale, quelques heures après l'ouverture au public.

par Ingrid Luquet-Gad
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23 Octobre 2015, 9:30am

Alix Dionot-Morani / galerie Crevecoeur, Paris (Paris Internationale)

Qu'est-ce que tu présentes ?
On montre quatre artistes qu'on a réunis autour d'enjeu commun : l'utilisation du langage à travers des pratiques très différentes. Comme fil conducteur, il y a la pièce de Xavier Antin, composée de vis en bronze, chacune frappée d'une lettre. Ensemble, elles forment une phrase : "Work dissolving into words". Cette phrase est presque invisible, puisqu'on ne voit que deux des vis, les autres servant à accrocher les oeuvres. Il y a aussi deux photos d'Erika Baum, autour des enjeux du langage trouvé. Puis deux sculptures anthropomorphiques de Renaud Jerez, où le langage rejoint l'utilisation des codes du branding et de la publicité, avec de faux logos et des typographies inventées. Enfin, Jason Matthew Lee présente une peinture et une sculpture autour de la réutilisation de données, textes et images trouvées sur internet, qu'il superpose jusqu'à ce que la saturation rejoigne l'abstraction.

L'atmosphère du stand en quelques mots ?
"Work dissolving into words"

Ton stand préféré sur la foire ?
La galerie fait partie des cinq galeries fondatrices, donc on connaissait déjà les projets. J'aime bien le stand de la galerie Supportico Lopez de Berlin, qui présente des ?"uvres historiques de l'artiste et poète Henri Chopin des années 1980. Et aussi celui de Bodega de New York, nos voisins sur la foire.

Une anecdote sur la réaction des visiteurs ?
Une anecdote un peu légère : le jour de l'ouverture de la foire a coïncidé avec la sortie de la bande annonce de Star Wars, et la tête de la sculpture de Renaud Jerez a évoqué pour un collectionneur celle du droïde que l'on voit au début de la bande annonce. Il y a de ça, sa pièce évoque un être post-réseau, mais aussi la figure d'un monstre mythologique.

Samy Abraham / galerie Samy Abraham, Paris (Paris Internationale)

Qu'est-ce que tu présentes ?
C'est un group-show qui ressemble un peu à une period-room, avec une tonalité domestique. Il y a par exemple un lit de Bruno Botella, une pièce qu'il a faite en dormant, un nouveau tableau de la jeune artiste Mimosa Echard, qui agrège des restes de kombucha, de fleurs séchées, de champignon aphrodisiaque, le tout coulé dans de la cire dépilatoire rose. Il y a aussi une ?"uvre pneumatocéphale de Jean-Marie Perdrix, qui se déclenche en faisant un bruit assourdissant, et puis au plafond, ses couilles de zébu ramenées du Burkina Faso, où il a incrusté des prothèses d'oeil de verre de la première guerre mondiale. Ça créée un hybride entre un joli animal et une caméra de surveillance. Et enfin une série de Nicolas Milhé sur les présidents de la République, dont Georges Pompidou avec un troisième ?"il sur le front. C'est la première fois que je montre uniquement des artistes français dans foire, ça me paraissait important pour Internationale.

L'atmosphère du stand en quelques mots ?
C'est vraiment un endroit qui pourrait être un salon : on pourrait y dormir et se laisser bercer par la contemplation des pièces. Et en même temps, y a quelque chose d'assez indéfini dans la matérialité des pièces, une tonalité un peu sombre : ça parle de sommeil, de la mort, et du paranoïaque derrière l'idée de normalité

Ton stand préféré sur la foire ?
En fait, je n'ai pas encore vraiment eu le temps de faire un tour !

Une anecdote sur la réactions des visiteurs ?
Surtout l'enthousiasme général face à la foire. Paris Internationale a créé un contexte de travail que l'on a pas l'habitude de voir à Paris, les choses se font de manière très collégiale, il y a une vraie émulation. C'est ça qui est ressorti à l'ouverture : l'exaltation.

Amedeo Kraupa-Tuskany / Kraupa-Tuskany Zeidler, Berlin (FIAC)

Qu'est-ce que tu présentes ?
On montre quatre artistes : Katja Novitskova, le collectif AIDS 3D, Guan Xiao et Florian Auer. La présentation s'articule autour de la notion du corps recomposé, et de ses différents états de transformation sous l'effet d'un futur infusé de technologie, où le corporel et le virtuel s'entremêlent. Par exemple, le tableau de AIDS 3D représente l'image d'une sculpture de Platon, à laquelle a été superposée le motif de reconnaissance faciale tel qu'il est utilisé pour contrôler les passeports.

L'atmosphère du stand en quelques mots ?
Les différents états de transformation du corps, dans un monde visuellement saturé où les technologies accélèrent notre quotidien.

Ton stand préféré sur la foire ?
J'adore les oeuvres de Rachel Harrison chez Greene Naftali.

Une anecdote sur la réaction des visiteurs ?
Beaucoup d'artistes ont reconnu le tableau de AIDS 3D. Bien qu'il ne date que de 2009, c'est déjà devenu une pièce iconique et historique pour les jeunes artistes, pour qui le collectif a fait figure de précurseur.

Polina Stroganova / Proyectos Monclova, Mexico (Paris Internationale)

Qu'est-ce que tu présentes ?
On montre un dialogue entre deux artistes, le mexicain Martin Soto Climente, avec une série de pièces murales en cuir et une photo, et le français Adrien Missika, qui montre deux reliefs en pierre et le hamac sur lequel je suis assise. Ce sont deux jeunes artistes qui ont à peu près le même âge, et qui ont aussi une carrière institutionnelle très dynamique : Matin Soto Climente prépare un solo-show au Palais de Tokyo en février, et Adrien Missika montre aussi une pièce dans le cadre du hors-les-mur de la FIAC au jardin des Tuileries.

L'atmosphère du stand en quelques mots ?
Relax, tropical, et un peu sexuel ! C'est aussi un endroit où on a envie de s'attarder, ce qui est super pour une foire. Par exemple avec le hamac, qui est à la fois une ?"uvre et un élément fonctionnel. D'ailleurs, j'ai même rajouté une plante, qui n'est évidemment pas une ?"uvre, mais qui souligne l'ambiance de salon.

Ton stand préféré sur la foire ?
J'aime beaucoup celui de notre voisin, la galerie 1857 d'Oslo, et aussi le double espace des galeries Sultana et Praz-Delavallade, qui ont repeint les murs en rose, ça fait aussi très salon.

Une anecdote sur la réaction des visiteurs ?
En fait, c'est la première foire où personne ne m'a posé de questions un peu stupides ! En temps normal, on m'aurait demandé si je suis une ?"uvre ou si c'est moi l'artiste. Ici, tout le monde arrive à faire la part des choses entre ce qui est de l'art et ce qui ne l'est pas, alors que pourtant, on n'est pas dans un contexte de white cube.

Corentin Hamel / New Galerie, Paris (FIAC)

Qu'est-ce que tu présentes ?
Cette année, nous avons choisi de montrer quatre jeunes artistes américains : Sean Raspet, Dora Budor et Jasper Spicero. Ces artistes font partie d'une scène que l'on a communément qualifiée de post-internet. Pour la plupart, ils sont nés après l'avènement d'internet et travaillent sur le statut de l'image et ses modes de circulation. Par exemple, Sean Raspet montre un travail sur l'abstraction, à partir d'une vitre monochrome totalement transparente, mais où, à l'aide d'un filtre réfléchissant collé à l'arrière, est créée une nouvelle surface virtuelle. Il appelle cette série « Texture Maps », comme lorsque l' on travaille à l'ordinateur pour enrober un volume d'une surface.

L'atmosphère du stand en quelques mots ?
Tous ces artistes ont en commun de s'intéresser à l'aller-retour entre l'objet et l'images, et aux modes de circulation de cette dernière à l'ère numérique

Ton stand préféré sur la foire ?
Pour l'instant, je n'ai pas vraiment eu le temps de tout voir, mais il me semble que tout le monde a fait l'effort de présenter de très bonnes pièces, voire des projets complets

Une anecdote sur la réaction des visiteurs ?
Pas encore, on est encore pendant la preview presse et VIP, on verra dimanche à la fin de la foire !

Alexander Hertling / galerie Balice-Hertling Paris (FIAC)

Qu'est-ce que tu présentes ?
D'abord trois nouvelles pièces de Neil Beloufa, qui est aussi nominé pour le prix Marcel Duchamp cette année. Ici, ce sont des oeuvres de lui qui s'installent au mur, qui oscillent entre tableaux et ?"uvres fonctionnelles, puisqu'il y a des prises et des lumières intégrées. On présente aussi les peintures de la jeune artiste française Julie Beaufils, des moulages en toutes sortes de plâtre d'Isabelle Cornaro qu'on montrera en même temps à la galerie, une oeuvre de Gianfranco Pardi des années 70, un artiste italien historique décédé en 2012. Et aussi une peinture de Will Benedict, un collage de Simone Fatal, une artiste elle aussi historique, qui raconte son histoire avec la Syrie,om l'on voit notamment la ville de Palmyre avant sa destruction. Enfin trois scumptures du jeune artsite français Camillle Blatrix, actuellement montré à la Biennale de Lyon. A part la pièce de Gianfranco Pardi, toutes les ?"uvres ont été réalisée en 2015 pour la foire.

L'atmosphère du stand en quelques mots ?
Un ensemble de surfaces sculptées aux textures différentes. Et un mélange des générations qui est représentatif du programme de la galerie, avec aussi une forte présence de la scène française.

Ton stand préféré sur la foire ?
Malheureusement, j'ai pas encore eu le temps de faire un tour

Une anecdote sur la réaction des visiteurs ?
Les premières heures d'ouverture ont été assez agréables, on a eu de vraies discussions. Ici, dans le Salon d'Honneur à l'étage, l'ambiance est plus calme qu'en bas, on a plus de temps pour parler avec les gens. Sinon, on se rend compte que les pièces de Neil Beloufa, qui sont un peu une blague sur le contexte de la foire, où tout le monde cherche une prise pour recharger son iPhone, commencent à être connues, même si le côté fonctionnel de l'oeuvre reste amusant pour beaucoup.

En partenariat avec l'émission Ping Pong, la culture sans limites.

Présentée par Mathilde Serrell et Martin Quenehen
Du lundi au vendredi de 19h à 19h55
Ecoutez et réécoutez l'émission : 

Credits


Texte : Ingrid Luquet-Gad
Photographie : Bertrand Le Pluard