première : cubenx, our fire

À l'occasion de la sortie de son LP Elegiac nous avons rencontré Cubenx du label Infiné, l'architecte sonore qui redéfinit les limites de la techno.

par Micha Barban Dangerfield
|
06 Novembre 2015, 5:10pm

Il est toujours passionnant d'observer les circonvolutions d'un artiste, ses mues et ses métamorphoses dans le temps. Cesar Urbina aka Cubenx se trouve à un instant très précis de son ascension musicale : la sortie de son LP Elegiac marque son entrée dans le temple des sages et se fait l'écrin de plusieurs années de songes, de voyage et d'émotions. Originaire de Mexico, Cubenx n'a jamais tenu en place et ne cesse de sillonner les routes du monde. Un mouvement perpétuel qui lui vaudra une musique ondoyante : "Il m'est toujours difficile de créer dès que je me pose quelque part et m'habitue à un endroit." Cubenx crée des espaces-temps à part, des territoires inexplorés qui ne se figent jamais - tout à son image. Pourtant lorsqu'il crée et pose ses sons, le producteur semble avoir la même précision spatiale que celle d'un architecte : il construit des ambiances et des décors mais encore une fois ne les fixe pas, les laisse évoluer de façon organique. Un ondoiement qu'il revendique même : "Il y a quelque chose de très statique dans la techno, même si j'aime ce genre par-dessus tout. C'est une musique fondée sur une idée de répétition. Moi je veux explorer des rythmes et des sons extrêmement différents et les intégrer ensemble dans un seul morceau."

Son LP se décline en plusieurs volets : à chaque morceau une inspiration, une atmosphère et un monde. "Ma musique repose sur des contrastes. Lorsque j'ai commencé à composer cet album, je me trouvais dans un endroit un peu dark et froid, et pourtant ma musique en est sortie très printanière et plutôt légère comme pour le titre Flaneur. À l'inverse, lorsque j'étais dans la campagne allemande, tout était très paisible et j'ai composé le titre Roßbach qui est presque belliqueux et sonne comme une bataille." Démiurge à ses heures perdues, Cubenx du haut de ses platines, rééquilibre l'ordre cosmique des choses et impose une mesure - la sienne.

On approprie souvent au sentimentalisme une certaine mélancolie mais si la techno de Cubenx paraît si "soulful" c'est que l'artiste défait les codes d'une techno stricte, presque machiniste et se tourne vers un futur (toujours électronique) plus "libre". Lorsqu'il composait au Mexique, le musicien se passionnait pour des rythmes très industriels mais depuis qu'il a pris la route, sa musique vogue ailleurs et partout. Se nourrit. "Le sentimentalisme présent dans ma musique vient de mon statut de perpétuel expatrié. Je ne suis ancré nulle part. Je vis un peu seul dans le monde que j'ai créé avec ma musique, déclare-t-il avant d'ajouter. Je trouve que le public français est très réceptif à ce genre d'intensité émotionnelle, c'est un truc qui fait partie de votre héritage. Votre approche de la musique peut être très orchestrale avec des artistes comme Air ou Jean-Michal Jarre." Mais Cubenx ne sacralise pas la musique pour autant. Lorsqu'il parle de ses inspirations, l'artiste dit emprunter autant à la pop qu'à des genres réputés plus pointus. "J'en ai eu marre de me tourner vers le passé et je voulais me focaliser sur le présent. Il se passe des choses incroyables dans la pop et c'est une source d'inspiration infinie. Parfois j'écoute la radio, je n'ai aucune idée de qui chante mais je me dis 'wow, il faut je travaille un beat dans le genre pour mon prochain morceau'."

La techno a cette aura impénétrable qui fait d'elle une sorte de forteresse. Il est parfois très dur de l'aborder sans se sentir à côté et un grand nombre de puristes ne se privent pas de le rappeler. Ce qu'il y a de brillant chez Cubenx c'est qu'il redessine ses remparts pour en faire un espace ouvert en y intégrant des sentiments extrêmement humains. Un échange qui diffère d'une techno pure et froide. À l'inverse de cet univers fermé, Cubenx nous ouvre grand les portes, et on s'y sent bien. 

Credits


Texte : Micha Barban Dangerfield
Photographie : Alexia Cayre

Tagged:
InFiné
cubenx
elegiac
cesar urbina