le dictionnaire de la mode américaine, de a à z

Du blue jean de la côte Ouest au streetwear d'Harlem et de Twin Peaks à MTV : la mode made in USA n'a pas fini de faire rêver le monde.

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juil. 6 2016, 1:35pm

A comme Avedon : Dans les années 1960, alors qu'il était photographe pour Vogue sous la direction de Diana Vreeland, Richard Avedon a eu l'occasion de faire des portraits magnifiques de nombreux leaders de la défense des droits civiques. Mais peut-être que ses travaux les plus marquants ne concernent ni la mode ni la politique. En 1979, Avedon sillonnait foires, rodéos, mines de charbon, champs de pétrole, prisons et abattoirs pour trouver les sujets qui composeront In American West, un portrait fort, perspicace et persistant du cœur de l'Amérique.

B comme le Bombers : Si cette veste est devenue l'incontournable des skinheads britanniques des années 1970 et des disciples de Raf Simons, le bombers est bel et bien un totem américain. Au début des années 1950, un bond technologique permettait aux pilotes de l'US Air Force de voler à des altitudes plus élevées et dans des avions plus légers et aérodynamiques - une veste chaude en nylon adaptée était conçue dans la foulée.

C comme Coming to America : Comédie culte des années 1980. Même la tenue McDonald's du personnage principal, Prince Akeem, est magnifique. Tout autant que les costards taillés au millimètre que Eddy Murphy et Arsenio Hall troquent pour des vestes 100% new-yorkaises aux couleurs des équipes de sport locales, oversized et recouvertes de pin's.

D comme Denim : Bon, les premiers jeans étaient faits en Italie, mais quoi de plus américain qu'un bon jean bleu ? Une pièce qui fait partie de l'uniforme américain depuis la fin du 19ème siècle, moment où Jacob Davis produisait les premiers pantalons de travail en tandem avec la compagnie qui lui avait vendu la masse de denim : Levi Strauss. Dans les années 1890, 20 ans après avoir engagé Davis pour superviser la production, la compagnie créer son premier jean 501 - une pièce à la popularité tenace, qui est encore l'une des pièces de vêtements les plus vendues au monde.

E comme Elvis Presley : Pas le King pour rien. Toutes les tenues portées par la légende sont iconiques, chacune à leur manière : de ses pantalons chevillés aux vestes de costards roses, en passant par les chemises hawaiiennes et ses incontournables combinaisons étincelantes. Quand Opening Ceremony a conçu sa capsule commémorative, la marque a requis les services du photographe Jamie Hawkesworth. Il a parcouru Graceland et les environs de Memphis pour photographier la collection portée sur des locaux, rendant un hommage vibrant à l'infini héritage d'Elvis.

Photographie Alain Dejean

F comme Face off : L'historique Bataille de Versailles de 1973 a fini de diviser les designers français - Yves Saint Laurent, Hubert de Givenchy, Emanuel Ungaro, Pierre Cardin et Christian Dior - et leurs contemporains américains : Halston, Oscar de la Renta, Bill Blass, Stephen Burrows et Anne Klein (alors accompagnée de son assistante Donna Karan). La fameuse nuit est synonyme de victoire éclatante de la mode américaine, particulièrement dans sa diversité - Sur les trente mannequins de la Team America, dix étaient de couleur, ce qui est malheureusement plus que ce que l'on voit sur certains podiums aujourd'hui. Les photos de l'événement, de feu Bill Cunningham, sont exposées au Savannah College of Art & Design jusqu'au 21 août.

G comme Greasers : Sodapop et Ponyboy (les héros d'OutsidersI), les vertus de la gomina, Marlon Brando, les motos, le rockabilly, Rebel Without a Cause, les Chuck Taylors, Crybaby… : le style greaser est un des plus iconique et emblématique de la jeunesse tribale américaine. Ces bad boys américains, né du mauvais côté de la fortune, faisait fi de l'ethnicité et composent un témoignage vibrant des divisions culturelles et de classes de l'Amérique.

H comme Hip-hop : En mélangeant la soul, le funk et des nouveaux beats innovants agrémentés de paroles sur leur vie de rue, on imagine difficilement que les kids du South Bronx des années 1970 aient anticipé l'impact titanesque qu'ils allaient avoir sur la musique et la mode mondiale. Le genre ne cesse de se réinventer, donnant sans cesse naissance à des sonorités régionales bien distinctes et des styles spécifique d'avant-garde. Le style cuir/papa biker de Grandmaster & The Furious Five, les adidas de Run-DMC, la West Coast en tenue de travail et la East Coast en Coogi - la mode doit plus qu'on ne peut en citer à la diversité et l'énergie de la culture hip-hop.

Photographie Daniel Jackson, Stylisme Alastair McKimm

I comme Irradier : Qu'ont Slick Rick, Madonna, Mr. T et les gangs de bikers en commun ? Le bling-bling. Les Américains adorent briller.

J comme Jackie O : l'ancienne première dame s'est durablement imposée comme une icône de la mode américaine, malgré son affection marquée pour les créateurs français comme Christian Dior et Givenchy. Entre les années 1950 et 1970, son style est passé des complets droits et bien taillés et chapeaux méticuleusement posés aux pantalons larges, foulards Hermès et autres lunettes de soleil parfaitement rondes - faisant de Mme Kennedy Onassis un symbole éternel du style, de la Maison Blanche à West Hampton.

K comme Karlheinz Weinberger : Le livre Rebel Youth, du photographe autodidacte suisse, n'immortalise pas les adolescents américains évoluant dans la turbulence des années 1960. Non, ses adolescents sont suisses. Les portraits sombres et sexy de Weinberger ont une dimension anthropologique en ce qu'ils documentent la sous-culture « Habstalker », celle de jeunes désillusionnés qui revisitent la pop culture et l'iconographie américaine pour créer leurs propres codes. Résultat : des vestes bouffantes en jean, faites-maison et ces incroyables (et surdimensionnées) boucles de ceinture à la Elvis. Sans surprise, John Waters adore.

L comme Les filles de Laurel Canyon : Connu comme l'épicentre des contre-cultures américaines dans les sixties, ce quartier créatif de LA a donné naissance au folk éthéré outre-Atlantique. Joni Mitchell, The Mamas and the Papas, The Eagles, Joan Didion, Crosby, Stills, Nash, et Young en sont les saints patrons. L'un des tubes les plus célèbres de Mitchell Ladies of the Canyon, n'est pas qu'un vibrant hommage à la Mecque musicale américaine. C'est également une ode au style vestimentaire qu'elle a popularisé : épais tricots, jupes à fleurs et dentelle délicate assortie de bijoux talismans.

M comme My : Adidas, Calvins, MTV — La jeunesse américaine (mais la Française nourrie à Pimp My Ride et affublée de culottes à bande élastique) soit de quoi on parle.

N comme Natifs : La grande majorité de la mode américaine s'est construite sur les cendres de l'héritage laissé par les Amérindiens. Les imprimés, le bleach, le patronage, tout avait déjà été fait par ceux qui sont nés sur les terres américaines. Si la diversité de la mode repose sur le mix d'influences et la valorisation des cultures, peu de créateurs ont l'humilité de rendre hommage aux Amérindiens autrement qu'en empruntant. L'appropriation culturelle n'a pas de limites.

O commeOfficial Preppy Handbook : Lorsqu'il a débarqué en1980, ce guide de savoir-vivre dopé au second degré était à destination des WASP (les protestants anglo-saxons blancs) dont les éditeurs décortiquaient les obsessions vestimentaires. Tout y passait : des polos roses Lacoste au preppy LL Bean. Une leçon d'auto-flagellation made in America.

P comme Pop Patriote : Qui aurait cru que Britney Spears ferait un jour la couv de l'inimitable Rolling Stones ou que Miley Cyrus arborerait la tenue de cow-girl qu'on aurait cru sortie de la penderie de la country-star dolly Parton ? Personne. Pas plus prévisible, son total-look en jean aux MTV Unplugged aura rendu ses lettres de noblesses à Levi's.

Q comme Queen Bee: Les Américains ont dit fuck à la monarchie. Mais ont gardé un certain penchant pour les paillettes, l'ostentatoire et la royauté tant chéris par Louis XIV. Lil Kim et Beyoncé, reconverties en reines du dancefloor ont prêté allégeance à Chanel. Plein de fois. Peut-être un peu trop. Ok vraiment trop.

R comme Ralph Lauren : On lui doit, entre autres, les costumes les plus mémorables d'Annie Hall. Kanye West, lui, surnomme le créateur "daddy," Et son impact monumental sur la jeunesse n'est plus à prouver depuis qu'un street gang se balade dans les rues de New York sapé en total Ralph. Le créateur, né de parents Biélorusses immigrés dans le Bronx des années 1940 a façonné la mode américaine de plusieurs décennies.

Photographie Mitchell Sams

S comme Saint Laurent sur la West Coast : L'hommage d'Hedi Slimane à la culture californienne aura uni les vestes de motard, les vestes en suédine, les bombers satinés aux imprimés palmiers, le jean bleaché et les motifs inspirés du légendaire Billy Al Bengston. Le créateur a même casté des musiciens locaux pour arpenter son podium pour son dernier défilé printemps/été : les jumeaux sexy de The Garden, la fratrie de SWMRSou encore le chanteur de Slow Hollows, Austin Feinstein.

T comme Twin Peaks : Ou l'ultime incarnation visuelle de l'amour de David Lynch pour la mode. Qui d'autre, mieux que David Lynch, aurait pu sublimer le style fifties avec autant de finesse ? Avec une batterie de cardigans à imprimés douteux, jupes écossaises et chaussures de bowling ? Qu'elle sorte pour fumer une clope entre deux cours ou qu'elle se trémousse sur OneEyed Jack, Audrey a toujours ce brin d'insolence et de désinvolture que ses tenues subliment. Sans oublier le total look bowling du samedi soir. Un indémodable classique outre-Atlantique.

U comme Uptown : Harlem est probablement l'endroit le plus dans l'air du temps d'Amérique. Si vous en doutez encore, demandez à Dapper Dan,Harvey Stein,Jack Garafelo,Matt Jones, ouA$AP Rocky ce qu'ils doivent à leur quartier natal.

V comme Vlone : En parlant du loup d'Harlem, A$AP vient de lancer sa marque de streetwear, Vlone, à qui l'on promet un succès sans faille. Pourquoi ? Parce que le sportswear américain n'a jamais été aussi désirable. Les sweats Champion sur le podium de Vetements, les gants de baseball signés Margiela ou les désormais ubiquistes paires de All Star - designées, à l'origine, pour l'équipe nationale de basketball. Bref, on doit tous quelque chose au streetwear américain.

W comme White T-shirt : Des marins embarqués dans la Seconde Guerre Mondiale à Marlon Brando dans Un Train Nommé Désir, du clip iconique de Bruce Springsteen pourBorn in the USA aux t-shirts oversized de Dem Franchize Boyz, rien ne détrône l'indétrônable t-shirt blanc. Simple mais terriblement efficace.

X comme Xpress Yourself : L'incontournable tube de Madonna en 1989 portait sur les relations humaines mais rien n'empêche d'y voir un clin d'œil à l'impact unique et monumental de la superstar sur la mode américaine. L'inégalable Material Girl aura poussé les teens, du New Hampshire au Nevada, à dévaliser les malls du quartier à la recherche d'autant de néons, plastique, grillage et métal possible. Depuis, la Madone n'a cessé de se réinventer - la mode avec elle.

Y comme Yeezy : Ok, la team de Kanye est internationale (Joe McKenna et Katharine Hamnett sont British, l'artiste Vanessa Beecroft Italienne). Il n'empêche, son inspiration en chef est on ne peut plus Américaine : elle s'appelle Gap. "Parfois je dis des trucs comme, je veux être le nouveau directeur créatif de Gap. Mais je dois reconnaître que j'admire énormément le talent créatif de Gap. Plus précisément celui de Mickey Drexler," confiait la superstar qui, comme tout américain qui se respecte, a fait ses armes au lycée en bossant pour la marque de basiques iconique.

Z comme Zoot Suit : Les silhouettes oversized des zazous nous paraissent un peu désuètes aujourd'hui, en 2016 : pantalon taille haute ultra-large et épaulettes monumentales ont un gout de vintage irrésistible. Mais surtout, l'histoire des zoot suits nous donne une idée des problématiques raciales qui touchaient l'Amérique dans les fourties. Cette tenue, criarde et exubérante, était l'apanage des pachucos et se doublait d'une revendication identitaire. La mode n'a jamais été aussi politique qu'à cette époque, pour la jeunesse mexicaine.

Credits


Texte : Emily Manning