qui es-tu, lorelle rayner ?

Il y a des mannequins qui portent des vêtements, et des filles qui inspirent des artistes. Lorelle fait partie de la deuxième catégorie. Nous avons rencontré la mannequin cabine de Nicolas Ghesquière.

par Tess Lochanski
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15 Octobre 2015, 5:50pm

Lorelle Rayner ressemble au futur. Ou au présent. Ou aux deux en même temps. Gracieuse comme une femme, espiègle comme un mec, l'anglaise de 23 ans est à l'image du monde tel qu'il est en train de se dessiner : décloisonné, hybride et optimiste. Une fille à l'inquiétante étrangeté qui semble faite pour habiter dans la cinquième dimension inventée par Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton. Nous l'avons shootée à la sortie du dernier défilé printemps été 2016, dans la nature domestiquée du jardin d'acclimatation, pas très loin des biches. Pas très loin de Nicolas non plus. Rencontre.

Comment as-tu commencé ta carrière de mannequin et ton travail avec Vuitton ?
J'ai commencé à 14 ans mais j'étais encore à l'école donc j'essayais de ne pas prendre tout ça trop au sérieux. Je n'ai jamais laissé tomber mes études ; ma mère a mis un point d'honneur à ce que j'assure mes arrières. Un jour, à Londres, un type est venu me voir. Il venait d'une agence de mannequin parisienne et m'a demandé si je voulais partir à Paris. Moi j'habitais Essex (une petite ville hyper populaire) et j'étais prête à tout pour m'enfuir. Deux jours après notre rencontre, j'étais dans un train pour la France. Je me suis dit : "Tant pis, si je dois ruiner ma vie autant le faire à 21 ans." J'ai enchainé quelques jobs puis je suis allée à New-York mais j'étais un peu perdue là-bas. Un jour, mon booker à Paris m'a appelé et m'a dit : "Saute dans un avion, tu as décroché une exclu mondiale avec Vuitton." 

Tu es la mannequin cabine de Nicolas - il crée ses vêtements directement sur toi. Savais-tu en signant ce contrat que tu aurais cette chance ?Non je pensais que mon contrat s'arrêterait au défilé mais ils m'ont gardé pour la préparation des collections. Je pense qu'ils ont apprécié je ne me comporte pas comme une diva. Je n'oublie jamais d'où je viens : d'une toute petite ville. J'essaye de rester humble et reconnaissante pour tout ce qu'il m'arrive. Vuitton est devenu une famille pour moi. On travaille dur, on fait beaucoup d'heures, ce n'est pas le job le plus simple au monde. Après la première collection (j'étais censée n'en faire qu'une), Nicolas est venu me voir, m'a demandé de rester et m'a dit "nous t'aimons beaucoup et tu nous as beaucoup inspiré". Entendre de tels mots sortir de la bouche d'un homme comme lui, c'était vraiment incroyable.

Penses-tu répondre à leur vision de la féminité ?
Oui j'ai un air un peu androgyne, garçon manqué. Tout en étant sexy. Je suis une femme avant tout, j'ai 23 ans - ce qui est déjà assez âgé pour l'industrie de la mode. Mais du coup, je sais quels vêtements me vont, comment me tenir : je sais ce que je veux. Quand Nicolas me fait porter une pièce magnifique, il voit que je suis super excitée. Je suis créative, j'aime m'investir dans le processus artistique. On va souvent en repérages ensemble, où trainer dans des boutiques vintage. J'essaie des trucs, on rigole, c'est cool.

Qu'as-tu pensé de cette dernière collection ? Comment la décrirais-tu ?
Cette collection est très différente des autres, très surprenante. Elle a jailli de nulle part et elle est magnifique - tellement différente de tout ce qui s'est fait jusque là. Elle n'est plus imprégnée de cette touche seventies que l'on ressasse depuis un moment. Elle reflète quelque chose de futuriste tout en reprenant de grands classiques. Tout le monde était très ému après le show. C'était très contemporain, présent. Pas de nostalgie : c'est une création ex-nihilo.

Tu as commencé pour la collection Automne Hiver 2015, au moment où se déployait la vision de Nicolas Ghesquière...
C'était génial d'arriver à ce moment là. Il est incroyable. J'étais terrorisée en allant au casting, je ne savais pas à quoi m'attendre, j'allais rencontrer les plus grands. Nicolas est la personne la plus humble que je connaisse. Il est toujours reconnaissant et très souriant. C'est tellement important de sentir que son travail est apprécié et c'est quelque chose qu'il m'a toujours fait sentir. Et puis il gère sa maison à merveille. Pendant les shows, tout le monde a une mission précise et avance ensemble. Les retoucheuses chargées des derniers détails juste avant qu'on se lance sur le podium sont toujours extrêmement émues, elles ont souvent la larme à l'oeil. C'est très beau de pouvoir assister à ça.

Vous avez l'air d'être une vraie petite famille. Tu te sens bien entourée ?
Ils ont toujours été d'un soutien remarquable. Un jour, nous étions en plein bouclage de collection, tout le monde travaillait d'arrache-pied et je devais enfiler une sous-robe sur laquelle ils allaient épingler des pièces. Mais j'étais si crevée, j'ai fini par arracher ce truc, j'ai craqué. Je suis rentrée chez moi, j'étais extrêmement gênée. Quelques minutes plus tard, quelqu'un a sonné à la porte. Ils m'avaient envoyé un masseur. Le paradis ! Nicolas a toujours été très compréhensif et rassurant. Il ne m'en a jamais voulu.

Maintenant que ton contrat d'exclusivité prend fin, comment te sens-tu?
C'est très bizarre. J'ai consacré ces derniers temps de ma vie à Vuitton. C'est extrêmement bizarre de me lever le matin et de ne plus aller au studio retrouver tout le monde. Je me sens un peu comme un labrador perdu ! Mais je pense qu'il est temps d'explorer d'autres choses, voir ce qu'il m'attend. Il faut savoir lâcher prise, laisser les opportunités se présenter.

Des projets ?
Oui, mon copain et moi avons prévu quelques trucs. J'ai commencé à apprendre la basse il y a un an. Il est un musicien et producteur, il fait de la photo aussi. J'aimerais bien m'y mettre. Je vais avoir pas mal de temps libre et c'est très important de mener des projets perso à côté de sa vie professionnelle. Et puis le seul moment où j'arrive à éteindre mon cerveau, c'est en jouant de la basse. 

Credits


Texte : Tess Lochanski
Photographie : Fanny Latour-Lambert
Stylisme : Audrey Taillée
Mannequin : Lorelle Rayner chez The Face Paris
Lorelle est habillée en Louis Vuitton, collection Printemps Été 2016

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