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les 10 meilleurs films de 2015

i-D a dressé sa liste (complètement subjective) des films qui ont marqué et fait 2015, de Youth à Tangerine.

par i-D France
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23 Décembre 2015, 1:35pm

Bryan Adams and George Harvey 

1. Tangerine
C'est l'histoire d'Alexandra et Sin-Dee, deux afro-américaines transgenres et travailleuses du sexe embarquées dans un plan machiavélique pour se venger de l'amoureux de Sin-Dee qui l'a trompé à Noël. Si le réalisateur blanc, cis-genre, s'empare d'un sujet brûlant et controversé, son approche des femmes du Red District de Los Angeles est extrêmement touchante et drôle - Tangerine a d'ailleurs remporté les éloges de la critique et de communauté LGBT. Réjouissez-vous, il sortira en salles le 30 décembre. 

2. Mia Madre 
On parle beaucoup des jeunes ici. On parle beaucoup moins de nos vieux. Comme s'ils n'existaient plus. Comme si la canicule de 2003 et l'horreur qu'elle avait révélée - on les avait vraiment oubliés - n'avaient pas non plus eu lieu. L'Italie aime ses vieux. Un peu trop diront certains. Sages tutélaires, ils structurent le noyau familial. C'est ce qu'explore sans pathos mais avec une délicatesse inouïe Nanni Moretti dans Mia Madre. Dans le film, le réalisateur raconte (presque) sa propre histoire : celle de la lente mort de sa mère survenue pendant le tournage d'Habemus Papam. Sauf qu'il a choisi une femme, l'incroyable Margerita Buy, pour l'incarner et qu'il s'est lui même relégué au rang de frère taiseux et vertueux. Avec son habituelle classe, aussi fébrile que délicate et cette retenue grise du nord de l'Italie, Nanni Moretti raconte, l'air de rien, la vie et la mort, sa banalité et son obscénité.

3. Trois Souvenirs de ma Jeunesse
L'adage dit qu'on n'oublie jamais son premier amour. Arnaud Desplechin nous oblige à y croire : en replongeant dans ses souvenirs de jeunesse, Paul retrace son histoire avec Esther, son premier et unique amour du lycée. Jamais l'adolescence n'a été aussi belle qu'ici et là-bas, entre le Roubaix triste et l'URSS glaciale des années 1980. A travers cette épopée sublime qui susurre des mots d'amour à la vie, les kids s'ennuient, s'embrassent, se déchirent et rêvent de partir loin. Mais surtout, Trois Souvenirs de ma Jeunesse est l'histoire de nos plus belles promesses : celles qu'on s'est faites ados, une vodka orange à la main, alors qu'on se foutait de tout - sauf de l'amour. 

4. Mad Max: Fury Road
George Miller a pris un quart de siècle pour relancer la machine qui l'avait rendu célèbre - mais attention, Mad Max n'est pas qu'une célébration de la violence. Tom Hardy entre en scène au volant de sa Ford, le personnage qu'interprète Charlize Theron parvient à imposer sa vision féministe dans un film qu'on aurait pourtant dit "100% testostérone". Bon, il y a aussi du sang et du gros death metal. C'est le blockbuster de notre été certes, mais c'est aussi la projection de notre addiction à la violence. 

5. Youth 
Encore une fois, oui, l'Italie aime ses vieux. Et leur tendre nostalgie aussi. Youth contemple la jeunesse depuis les yeux ridés de deux amis octogénaires, partis vivre leur vieillesse et leur déclin dans un centre de repos perdu en Suisse. L'un est compositeur déserteur, l'autre, un réalisateur en panne, obsédé par l'écriture de son film-testament. Paolo Sorrentino, ici réalisateur démiurge, tire les ficelles d'un spectacle à la fois cynique, farfelu et extrêmement touchant. Le film contraint nécessairement son spectateur à un état de contemplation et n'en déplaise à la critique - nous, on adore. Sorrentino fait parader les corps et dévoile toute leur vénusté que ce soit dans le creux d'une ride ou le long des courbes parfaites d'une miss univers inclassable. Une quasi non-histoire qui n'a qu'un seul mot d'ordre : le Beau.

6. Mon Roi 
Parce qu'on a rarement vu une critique aussi ouvertement et unanimement misogyne, en France et ailleurs - ça veut dire quoi exactement "mise en scène au forceps" ? Parce qu'à cette occasion, on a jamais autant exploré le champ lexical de l'hystérie (et rien que ça, ça fait rentrer direct le film dans notre top 10). À quand une critique du dernier Scorsese à la sauce phallus ? Mon Roi raconte une histoire d'amour, l'histoire d'un "connard" et d'une "hystérique". Cliché ? Oui. Ceux qui ont pu entendre au-delà des "vagissements" comprendront que nous, public et critiques, avons enfoncé les portes ouvertes. Pas le film. Et à Maïwenn de se régaler de nous voir tous tomber dans le panneau comme des ânes. Enfin, c'est pas grave, ça doit juste être un truc de meuf. Pire, un film de meufs. Allez, bisous les garçons.

7. Amy
Ceux qui ont aimé et pleuré Amy sont allés la voir le coeur lourd. Le documentaire d'Asif Kapadia ne s'attarde ni sur ses problèmes de drogue, ni sur son passé sulfureux. A la place, il dresse un portrait remarquable de cette musicienne hors-norme. La prouesse de nouer l'intime à l'universel sans jamais toucher le voyeurisme doit être saluée. Après une nomination aux Oscars, les mots du manager d'Amy Winehouse, Nick Shymansky pour i-D: prennent tout leur sens : 'Tous ceux qui font partie de l'entourage d'Amy font partie du club des looseurs. Moi y compris. On est tous perdus.' Amy est ce qui nous permet de mettre des mots sur notre perte à tous : celle d'une très très grande artiste.

8. Mustang 
Mustang narre la schizophrénie d'une Turquie contemporaine dont le conservatisme social étouffe une jeunesse assoiffée de liberté. Un hiatus existentiel (et si réel !) que l'on découvre à travers le regard de Lela, la petite douzaine. Dans le nord du pays, cinq soeurs - plus belles les unes que les autres - vivent sous la coupe de leur oncle irascible et de leur grand-mère résignée qui ne rêve que d'une chose, les marier - pour mieux les libérer. Au fur et à mesure que les murs s'élèvent autour de leur maison, leur innocence, elle, s'éteint et renonce. La réalisatrice Deniz Gamze Ergüven n'expose pour autant jamais la cruauté des générations anciennes qui étranglent leur progéniture. En fait, elle nous rappelle simplement à quel point la liberté est chose précieuse et nous pousse, avec ces jeunes soeurs, à rêver de tangente.

9. Pauline S'arrache
Qu'est ce qu'elle crie Pauline! Dans cet étrange documentaire signé Émilie Brasivoine, on suit les aventures de Pauline, sa demie-soeur, dont elle a filmé les moindres (et nombreux) soubresauts pendant trois ans. Vieux films de famille sur VHS ou vidéos Iphone peu importe, tout est bon pour capturer la tornade. Un film en secousses qui essaie de tout recoller et de tout mettre bout à bout, comme on recolle une histoire d'amour pour la faire tenir debout. En l'occurence, celle d'Emilie Brasivoine pour sa famille.

10. The Tribe
Pour comprendre The Tribe, quelques notions d'ukrainien s'imposent. L'ouverture brillante de Myroslav Slaboshpytskiy laisse entrevoir un dialogue sans paroles où les sous-titres sont quasi-inexistants. Pourtant, la beauté est là : dans notre faculté en tant que spectateur à jouer les détectives dans un pensionnat pour sourds-muets où les étudiants forment un gang mafieux et proxénète. La caméra de Slaboshpytskiy se déplace de chambre en chambre, là où la violence et le sexe se passent en silence. Le langage du corps ne pouvait pas être plus éloquent ni plus à propos qu'aujourd'hui. 

Credits


Photographie : Trois Souvenirs de ma Jeunesse, A. Desplechin

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