la pop serait-elle obsédée par les armes à feu ?

En 2015 pas moins de 355 fusillades ont éclaté aux Etats-Unis. Pourquoi Lana Del Rey ou Taylor Swift (et la pop en général) glamourisent les armes automatiques dans leurs récents clips ? Une petite mise au point s'impose.

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14 Décembre 2015, 6:13pm

En 2015 et selon plusieurs études, il y a plus eu plus de tueries armées aux Etats-Unis que de jours dans l'année.

On évoque 353 tueries de masses en Amérique du Nord depuis le début de l'année (et par ''masse'' on entend meurtre dans lequel plus de trois personnes sont blessées ou tuées). Et ces statistiques ne sont qu'un aperçu microscopique du pouvoir de destruction des armes à feu Outre-Atlantique : chaque année, elles tuent environ 33000 personnes par an - plus personne ne peut ignorer la dérive meurtrière du port d'arme. 

Alors pourquoi les plus gros hits de 2015 - la musique qu'on aime et ces clips qu'on partage des millions de fois, qu'on googlise, tweete et retweete - restent des clips essentiellement ultra-violents où les armes à feu sont mises en scène ?

La semaine dernière, MTV partageait un extrait en avant-première du clip In The Night de The Weeknd. On pouvait y contempler une balle de pistolet parcourir l'écran en slow-motion. Une semaine après la tuerie de San Bernardino et deux jours seulement après que le New York Times publie sa une sur la folie des armes à feu, s'extasier devant une balle n'était pas donné à tout le monde. En tout cas pas à moi. Billboard a écrit, ''à en juger, tout est dans l'action, on nous prédit une bonne dose de sang, de flingues et de terreur sur six minutes de clip. ''

Le clip, donc, révélé en intégralité ce week-end, est un condensé de déshabillés sexy, de gangsters, de dollars qui volent et qu'on flambe, d'Abel Tesfaye et de pistolets chargés. La strip-teaseuse qu'interprète Bella Hadid porte une arme de point et tire sur un homme - rien que ça. 

Que les flingues racontent une histoire est une chose. Le fait qu'ils glorifient et glamourisent la violence en est une autre. Le clip, réalisé par BRTHR a l'étoffe d'un film en termes de production. Hyper esthétique, on se croirait dans un film d'action des années 1980. Et comme dans tous les films de cette époque, l'arme est fétichisée. La caméra s'attarde sur chaque élément du pistolet, l'arrose d'une lumière rouge flash et en guise de scène finale, Bella Hadid finit par tuer Tesfaye d'une balle dans le crâne. Portés par des truands en costumes trois pièces, les pistolets font partie intégrante de l'esthétique du clip : il est sexy et rend le flingue désirable, aussi - ce qu'ils ne sont pas. Vraiment.

Mais ne jetons pas la pierre à The Weeknd, ce ne sont pas les seuls à faire cette analogie. La jeune et belle et pétillante et féministe Taylor Swift et sa bande avaient en main un véritable arsenal d'armes à feux pour le clip de Bad Blood. Comme dans celui de Tesfaye, Le style Taylor s'imprègne de l'esthétique chère aux films d'action. Il a aujourd'hui atteint les 650 millions de vues sur YouTube. Et si Taylor Swift en appelle à l'émancipation féminine et justifie le port d'arme par le biais de la cause féministe, difficile de distinguer les revendications politiques sous la pluie des balles. Porter une arme et la brandir n'est pas un acte politique, c'est un acte offensif et agressif.

A propos du clip de Taylor, Miley Cyrus déclarait dans une interview en Septembre dernier, ''je ne comprends pas pourquoi la violence doit faire acte de vengeance. Est-ce que c'est vraiment un bon exemple à donner ? Et c'est moi qui donne le mauvais exemple en me baladant seins nus ? Je ne pense que les seins soient pires que les flingues.''

Que dire du clip de Lana Del Rey High by the Beach, dans lequel la chanteuse explose un hélicoptère à l'aide d'un bazooka presque aussi gros qu'elle ? Il a été vu plus de 35 millions de fois. Que Lana soit dans une villa à Malibu en bord de mer, qu'elle porte un déshabillé turquoise pour exterminer son adversaire et qu'il s'agisse de paparazzis ne rend pas l'acte moins dangereux. Une chose est sûre, la vague californienne mélancolique sur laquelle surfe Lana depuis ses débuts dans la musique glamourise la violence à main armée. Tout a déjà été dit sur la violence des jeux vidéos, pourquoi refuse-t-on de voir celle que nous offrent les clips en libre accès et dont les vedettes ne sont plus des Lara Croft rêvées mais de vrais musiciens que la jeunesse et l'adolescence idolâtrent ?

Aujourd'hui, plus que jamais depuis la triste vague des événements tragiques et tandis que nous nous abreuvons de la violence des médias, le message que délivrent les musiciens a des conséquences sans précédent sur l'imaginaire de leur public. Aujourd'hui, Amy Schumer, Obama mais aussi Julianne Moore ou Spike Lee se sont associés dans une vidéo pour lever le voile sur la violence dans les clips et inviter la législation américaine à repenser les lois en matière de port d'arme. Si l'industrie de la musique continue de glamouriser les armes à feu alors que le monde est en flammes, peut-être est-il tant de reconsidérer la violence dans les clips ou au moins, de ne pas sous-estimer leur impact à l'heure de l'ultra-violence. 

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Capture de "Bad Blood" via YouTube