le futur de l'amitié aura lieu en dehors des réseaux sociaux

Mais les utiliseront pour se retrouver. Pas mal l'avenir, non ?

par Jane Helpern
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27 Novembre 2015, 1:30pm

Photography Petra Collins for Me and You

La foudre s'abat sur les réseaux sociaux. Dernier chapitre en date : l'adolescente Essena O'Neill dont les révélations et la remise en cause de la supercherie d'Instagram l'ont conduit à créer "un forum collaboratif pour ceux qui veulent parler DU VRAI MONDE." Que vous croyiez à son mouvement IRL (pour "In Real Life", dans la vraie vie, ndt) ou que vous le voyiez comme une énième supercherie, l'épisode O'Neill, bien que controversé, révèle à quel point la génération Z est en passe de s'éloigner de la toile pour se retrouver dans la vraie vie. 

Depuis dix ans, la plupart de nos interactions se produisent à travers l'écran de notre ordinateur ou de notre smartphone. Nous twittons, textons, postons, bloggons, instagramons, likons, snappons et scrollons. Des carrières et des personnalités ont vu le jour (et sont mortes) sans avoir mis un pied dehors, dans le monde réel. Maintenant que les réseaux sociaux sont devenus de véritables prothèses de nous-mêmes et que nous pouvons à notre gré transformer et brusquer la réalité, la jeunesse cherche aujourd'hui à revenir au monde réel et part à la recherche de l'authenticité.

Squad a déjà soulevé plus de 1,7 millions de dollars et se propose d'aider les hommes et femmes à accroitre leur cercle d'amis et atteindre leurs #SquadGoals. L'application connecte des groupes d'amis à d'autres groupes d'amis via Instagram. Son PDG Adam Liebman explique que l'application est conçue pour imiter la manière dont on rencontre de vrais amis dans la vie. "Nous voulions concevoir une app pour que les gens se retrouvent, passent du bon temps et rencontrent de nouvelles personnes lorsqu'ils se sentent suffisamment en confiance."

Liebman nous avoue que l'utilisation de Squad s'étend sur plusieurs domaines, jusqu'aux fans de sports en quête de compagnons pour regarder le match. "Nous avons un gros pourcentage d'utilisateurs qui se rencontrent dans la vraie vie", enchaîne Liebam. Les êtres humains sont des créatures sociables et Squad est un vecteur de rencontres."

Selon un récent sondage, un chiffre croissant de jeunes adultes (18 à 29 ans) sont célibataires et vivent seul, un chiffre qui est passé de 52% en 2004 à 64% en 2014. Aujourd'hui le "co-living" anglais ou colocation entre inconnus prend tout son sens : conçu comme une "solution possible pour la génération Z" par un récent article du magazine The Atlantic, ces "dortoirs pour adultes" creusent le sillon du co-working qu'on a vu fleurir partout en France et à l'étranger ces dernières années. Sauf qu'ils vont plus loin en installant des cuisines équipées, des chambres, des salles de bains avec pièces communes pour jouer, cuisiner et communiquer.

Commonspace, une nouvelle communauté basée à Syracuse aux Etats-Unis explique sur son site: "Nous sommes tous des êtres sociables et les meilleures versions de nous-mêmes se déploient lorsque nous sommes en groupe." "La génération Z cherche désormais une nouvelle manière de communiquer, nous assure Troy Evans, le fondateur du réseau social et du lieu. De l'exode des grandes villes vers les banlieues à la montée de l'auto-entrepreneuriat et de la freelance, qui travaillent seuls, à la remise en question du système politique et capitaliste de l'occident jusqu'aux réseaux sociaux, tout nous a petit à petit éloigné de nos semblables et empêché les échanges en face à face."

L'ambition d'Evan ? Parvenir à recréer du lien dans une société transfusée au virtuel. On pourrait presque parler d'une utopie : en associant le design, la technologie et la culture, Commonspace incite les gens à renouer avec l'espace urbain et interagir mutuellement et naturellement avec les autres. Ce genre d'initiatives fleurissent un peu partout. À Boston et New York avec Krash (la startup propose des résidences où sont nées plus de 200 compagnies) Podshare à Los Angeles (un espace où les jeunes peuvent se retrouver, échanger, travailler et même se faire tatouer), Purehouse à Brooklyn (auto-proclamé "nouvel état pour la génération Z" et le fer-de-lance berlinois R50 Baugruppen où l'on peut vivre aux côtés de ses semblables dans des espaces conçus et aménagés pour la vie à plusieurs) . Bref, ces initiatives sont de véritables lieux de vie et réunissent des communautés : tous offrent des opportunités à tous les prix et permettent aux gens de se re-sociabiliser dans un monde de plus en plus fermé et individualiste.

La vie en groupe reste une option difficilement envisageable pour certains. Elle nécessite, dans certains de ces endroits, de lâcher son téléphone ou carrément de le couper pendant un diner entre colocataires. Elle incite aussi les gens à prendre son téléphone pour appeler se amis, plutôt que de leur envoyer un message impersonnel. Allie, directrice marketing pour une grande marque de chaussettes à Los Angeles, se prépare à partir en Colombie avec quelques collègues. Là-bas, ils seront escortés par un photographe recruté par El Camino Travel dont la mission est de promouvoir des expériences authentiques pour ceux qui veulent oublier leur téléphone à la maison et vivre l'instant présent. Le photographe délivrera aux voyageurs des photos qu'ils pourrant partager directement sur les réseaux sociaux. "Pour être sûr de vivre son expérience personnelle jusqu'au bout, sans se soucier d'obtenir le cliché Instagram parfait" raconte Allie.

Rien de tout ça ne diabolise le rôle essentiel des réseaux sociaux dans nos vies. Mais peut-être doit-on considérer leur impact lorsqu'ils sont utilisés pour renouer du lien social et recréer des interactions. Pas pour les remplacer. 

Credits


Texte : Jane Helpern
Photographie : Instagram @lilyrose_depp

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