la mode, diversion apolitique de la terreur

Quinze ans après les attentats du 11 septembre, la Fashion Week de New York nous rappelle que les défilés de mode sont souvent plus profonds que leurs talons hauts.

par Anders Christian Madsen
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12 Septembre 2016, 10:05am

Hier, dimanche, marquait les 15 ans des attentats du 11 septembre. À l'époque, en 2001, les défilés new-yorkais jouissaient de la même énergie que maintenant, et si le monde qui les entoure est loin d'être plus sûr aujourd'hui, la mode est loin d'avoir oublié ou perdu son humanité. « Felipe Oliveira Baptista a trouvé la réponse la plus douce à l'agressivité de notre époque, » pouvait on lire sur les descriptions du défilé Lacoste, un échappatoire salvateur matérialisé en un « match de tennis sur le toit de la Villa Malaparte. » De vêtements tactiles, doux, accueillants. « J'ai commencé à travailler sur cette collection un mois après les attaques de Paris. Je voulais créer quelque chose de rassurant, » expliquait Baptista après le défilé. « Je n'ai pas de propos proprement politique. Je voulais simplement rappeler cette sensation de vacances sans fin, de l'insouciance loin des inquiétudes et des agressions. La paix. Je voulais que les vêtements aient quelque chose d'ouvert et de sincère. Que vous ayez envie de vous envelopper dedans. »

Ces quinze dernières années, les réactions de la mode aux terreurs traversées par le monde ont souvent été pacifiques. En coulisses, les designers vous assurent que leurs défilés tendent à « apporter de la lumière dans des temps obscurs » ou répandre « un message de d'amour et de liberté ». Et cela faisait partie du message de Baptista avec Lacoste. Ça et une proposition honnête dans laquelle il est facile de se reconnaître : l'envie de se cacher de l'horreur. Pas une solution, mais la consolation souvent offerte par la mode. « Cet été a bien montré que l'on avait besoin de ça, de diversions, » continue-t-il, nous rappelant les nombreuses attaques en Europe dont les échos modifient drastiquement le paysage politique d'un continent qui porta fièrement pendant longtemps son socialisme - et particulièrement quand se jouait outre-Atlantique l'Amérique de George W. Bush pendant laquelle les tours tombèrent. Cet été, après l'horreur de Nice, beaucoup de maires du Sud de la France se sont attelés à l'interdiction du burkini sur leurs plages ; les tenues de bains seraient un reflet provocateur d'un islamisme radical. Pour Baptista, « C'est ridicule. Je mets les mêmes vêtements sur les hommes et les femmes - chacun devrait pouvoir porter ce qu'il veut. »

Et s'il y a bien une personne qui souscrit à cette philosophie, c'est Madonna, présente au défilé Alexander Wang avec sa fille Lola Leon. Un retour de faveur, après le cameo de Wang dans le clip Bitch I'm Madonna. Une apparition plutôt rare pour la chanteuse, qui avait l'habitude au début des années 1990 d'assister aux présentations Jean Paul Gaultier. Sans eux deux, sans leur manière de normaliser les débats sur le sexe et le genre il y a 25 ans, la sexualisation des tenues de Wang cette saison n'aurait certainement pas été possible. Et si son message n'avait pas grand chose de politique, le défilé de Wang était clairement le produit d'un monde post-11 septembre, quand le règne de Bush - aujourd'hui positivement libéral, comparé au programme de Trump - divisait plus que jamais l'occident. 

Ça peut parfois paraître trop sentimental, trop tiré par les cheveux, trop forcé, de parler de ces choses et de les lier à la mode. L'acte politique est assez ténu à l'achat d'une robe en laine Lacoste ou d'un short en soie Alexander Wang. Mais le pouvoir et l'activisme de cette industrie multimilliardaire ne devrait pas être sous-estimée pour autant. « Ça ne coûte rien d'essayer, » assure Baptista. « La mode se construit de beaucoup de marginaux, de gens différents, et, lentement mais sûrement, de plus en plus de barrière sont brisées via l'habillement. »

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Texte Anders Christian Madsen

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