au pied des tours bétonnées de la serbie post-communiste

Pour son nouveau livre, Blokovi - Novi Beograd, la photographe Lola Paprocka a documenté l'architecture brutaliste du New Belgrade et ses habitants.

par Lula Ososki
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17 Mai 2016, 11:00am

Après avoir quitté la Pologne il y a 13 ans, la photographe Lola Paprocka - installée à Londres - est retournée documenter son pays d'origine et sort aujourd'hui un nouveau livre sur l'architecture brutaliste de Belgrade. Dans Blokovi - Novi Beograd, Paprocka appréhende le sujet en tant qu'étrangère "nostalgique", s'attaquant à l'architecture et à l'exercice du portrait : deux thèmes pour un même fil narratif illustrant le quotidien dans les blocs de Belgrade. La veille de son exposition et de la sortie de son bouquin, on est allés discuter avec Lola de son expérience et du processus créatif derrière Blokovi - Novi Beograd. 

Parle-nous de ton nouveau livre, Blokovi - Novi Beograd…
Blokovi est une série de photos qui visite les blocs d'immeubles de New Belgrade et leurs résidents. Elle a été prise en août 2015, majoritairement en moyen format. Le livre est publié chez Palm. J'annonce sa sortie et j'expose le 19 mai à la galerie 71A, à Londres !

Pourquoi as-tu choisi de te concentrer sur ces blocs de Belgrade ?
Blokovi est un projet sur lequel j'ai travaillé avec mon amie Mima Bulj. On a toutes les deux des passés similaires ; nous avons grandi en Europe de l'Est. Mima m'a proposé d'explorer cette connexion et d'essayer de capturer notre terre natale en tant qu'étrangères cette fois-ci, empruntes de nostalgie. J'étais déjà retournée photographier l'architecture polonaise ces dernières années et si vous êtes intéressés par le brutalisme, il n'y pas meilleur endroit que New Belgrade !

Où iras-tu photographier ensuite ?
J'ai décidé de me concentrer davantage sur la Pologne, avec un style plus documentaire et me concentrer sur le format portrait. C'est une série que j'ai entamé il y a quelques temps, mais après avoir finalisé Novi Beograd en Serbie, j'ai décidé d'y retourner et de photographier tout le projet en moyen format. Vu que j'ai quitté la Pologne il y a de ça 13 ans et que je prends mes nouvelles racines en Angleterre, j'y retourne moins fréquemment. Mon partenaire (Pani Paul) et moi avons tous deux imprimé des livres en Pologne. Du coup on y est allés pas mal de fois l'année passée. Ça m'a donné envie de revisiter mon pays d'origine. Le pays a tellement changé depuis que je suis partie que je ressens le besoin de le connaître, de le réapprendre, comme si je retombais sur un vieil ami.

Tu penses que le fait de grandir en Pologne a influencé ton travail ?
Je pense qu'il est quasiment impossible de ne pas être influencé par ton passé et ton environnement. J'y ai passé toute mon enfance, pour en partir à la fin de l'adolescence. J'imagine que c'est à ce moment qu'est né mon obsession pour l'architecture brutaliste. Le fait de tomber sur une architecture similaire à Londres - le Barbican, par exemple - éveille chez moi une nostalgie assez puissante.

Dans le livre, les images de bâtiments sont accolées aux portraits de ceux qui y vivent. C'était quelque chose que tu avais prévu de faire où tu as eu l'idée sur place, naturellement ?
Il n'y a pas toujours de lien entre ma manière de photographier l'architecture et mes portraits. Je photographie simplement autant que possible en essayant de tirer le meilleur de mes situations et mes interactions. À part si j'ai une image très précise à l'esprit, la curation vient généralement plus tard, quand j'ai le temps de prendre du recul sur la sélection dans son entièreté et de penser au ton et au déroulé du livre.

La politique a un impact sur ton travail ?
J'ai pris en photo pas mal de symboles "hyper commerciaux", comme le bâtiment Coca-Cola, la virgule Nike en béton et les tours Zepter (Genex). Il n'y avait aucun engagement intentionnel. C'est juste une partie de l'architecture de New Belgrade et toute interprétation incombe au spectateur. 

Tu penses qu'il est important d'établir une relation avec les gens que tu photographies ?
C'est primordial selon moi et c'est quelque chose d'assez nouveau dans ma photo. Ça ne fait que deux ans que je me suis vraiment mise au portrait. Je suis convaincue qu'on a de meilleurs résultats avec ses sujets s'ils sont bien au fait et à l'aise avec tout le processus. Ça peut devenir compliqué si on ne parle pas la même langue, mais c'est aussi drôle et assez excitant d'interagir avec des étrangers. J'étais d'abord très timide et mal à l'aise, mais j'ai gagné en confiance après avoir constaté l'enthousiasme de certaines personnes.

Que veux-tu que les gens retiennent de tes photos ?
C'est une question super dure. Je ne pense pas avoir de mission particulière. J'apprends encore beaucoup de choses à chaque projet et j'essaye de comprendre ce qu'ils signifient pour moi, donc c'est dur à dire. Redemandez-moi dans 10 ans !

Le lancement du livre Blokovi - Novi Beograd (et l'exposition qui l'accompagne) se tiendra le 19 mai à la galerie 71A, à Londres.  

Credits


Texte Lula Ososki
Photographie Lola Paprocka

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