10 réalisatrices dont le cinéma a besoin

i-D rend hommage à celles qui brisent les plafonds de verre du cinéma.

par i-D Staff
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10 Mars 2016, 8:50am

Le regard féminin au cinéma, ce n'est pas le simple miroir du regard masculin. Ça n'est pas non plus l'avènement de l'homme-objet à l'écran - très peu de réalisatrices ont emprunté un chemin aussi évident. Donc si ce n'est pas ça, c'est quoi, le regard féminin au cinéma ? En résumé : la présence de la femme - derrière la caméra. Le sujet importe. Les thèmes et les personnages à l'écran n'ont pas forcément à tourner autour de la femme. C'est le simple fait qu'ils soient pensés par des femmes qui change la donne. Comme le disait Ava DuVernay, réalisatrice du film Selma : "Notre présence est un acte politique. Quand une femme fait un film, c'est un acte radical en soi." Pour fêter l'importance et la force d'une perspective cinématographique féminine, voici quelques exemples parmi tant de femmes qui, derrière leur caméra, offrent au cinéma, un autre regard.

Haifaa Al-Mansour

Wadjda est l'histoire d'une jeune fille qui veut acheter un vélo pour faire la course avec un ami. Rien de très radical, à première vue. Le hic, c'est que ça lui est interdit en Arabie Saoudite, où se déroule le récit. Et si avec Wadjda, Haiffa Al-Mansour construit une parole politique édifiante, douce et efficace, le film parvient à mêler traditions locales et stéréotypes occidentaux, de façon à ce que tout le monde écoute et prête attention. C'est le premier film réalisé par une femme en Arabie Saoudite. La réalisatrice a déclaré au Telegraph : "Je voulais avoir une voix qui porte, et je voulais dire quelque chose." Et c'est chose faite.

Ava DuVernay

Voilà qui dit beaucoup des obstacles que Ava DuVernay a du surmonter au long de sa carrière : elle a été la première réalisatrice afro-américaine à remporter le prix de réalisation au festival Sundance pour Middle of Nowhere. Un film qui plante son décor dans le quartier difficile de Compton, Los Angeles, et qui suit le quotidien d'épouses de jeunes prisonniers afro-américains. Et la réalisatrice ne s'arrête pas là : son film Selma a fait de Ana DuVernay la première afro-américaine a être nommée pour un Golden Globes et un Oscar (catégorie Meilleur Film pour cette dernière cérémonie). À venir : un film sur l'ouragan Katrina avec David Oyelowo qui promet déjà un grand succès. 

Claire Denis

Claire Denis est une figure incontournable du cinéma français, en plus d'être une femme qui n'a pas peur des sujets épineux. Depuis ses débuts en 1998 avec Chocolat, ses films abordent les questions de la race, du meurtre et de l'inceste. High Life, son prochain film (en anglais) co-écrit par Zadie Smith, avec Robert Pattinsonn et Mia Goth, rempile et rassure : Denis ne choisit pas la facilité. 

Andrea Arnold

La britannique Andrea Arnold a débuté sa carrière de réalisatrice avec Red Road, un film dans lequel elle dirigeait fermement son objectif vers les hommes. La protagoniste y enregistre les allées et venues d'un homme avec qui elle partage un passif : ils bossaient ensemble et se partageaient la salle de contrôle d'un réseau de surveillance CCTV. Dans Fish Tank, où sa caméra captait le point de vue d'une adolescente en difficulté, Arnold été parvenue à tirer le meilleur de l'actrice Katie Jarvis qui crevait l'écran, époustouflante. Elle a également réalisé quelques épisodes de la série Transparent, avant de franchir un nouveau cap dans American Honey, avec Shia LaBeouf.

Carol Morley

Dans Dreams of a Life, le docu-drama de Carol Morley acclamé par la critique, le corps d'une femme reste durant trois ans, sans vie, dans un appartement de Londres, sans que personne ne le découvre. Une histoire vraie que la réalisatrice a voulu agrémenter de questionnements - spécialement sur sa relation avec les hommes. Dans The Falling, drame qui prend place dans une école pour filles où une vague d'hystérie s'opère, la réalisatrice met en images les changements du corps féminin et leurs impacts psychologiques dévastateurs. Morley nous invite sans cesse à découvrir l'histoire sous un nouveau prisme, à travers un nouveau regard féminin.

Jill Soloway

Jill Soloway a remporté le prix de la meilleure réalisation à Sundance en 2013 pour Afternoon Delights, mais elle a passé la plus gros de sa carrière à écrire et réaliser pour le petit écran. D'abord sur Six Feet Under et maintenant sur sa propre série, Transparent, déjà récompensée. Cela dit, les problématiques qu'elle soulève sont loin d'être petites, elles. La saison 2 de Transparent, qui s'articule autour de la complexité de la vie d'une famille dont le père est devenu transsexuel, a mis l'accent sur les questions de genres et d'identité d'une manière frontale et accessible.

Lena Dunham

Lena Dunham est partout, si bien qu'on en oublie presque le mérite qui lui revient. Elle parvient à imposer une perspective féminine à la télévision, dans Girls, bousculant tous les tabous sur le corps féminin, le sexe, la politique... À côté de ça, elle a été à la fois gracieuse et ouverte lorsque la critique lui reprochait le manque de représentations raciales de la série. Elle a annoncé que la prochaine saison serait la dernière. On attend la suite avec impatience.

Deniz Gamze Ergüven

Dans Mustang, le premier film de Deniz Gamze Ergüven, nommé au Oscars, cinq jeunes filles turques sont le sujet de toutes les rumeurs après un flirt innocent sur les bords de mer avec des garçons du coin. Paniqués par le scandale, leur oncle et leur grand-mère les enferment dans la maison familiale. Les 4 soeurs sont alors prisonnières de leur propre maison. Et elle ne pourront en sortir qu'une fois un mariage arrangé, pour chacune d'entre elles. Au-delà de l'hommage rendu à la femme et à sa condition, Mustang fait état d'urgentes préoccupations.

Céline Sciamma

L'éveil sexuel de trois jeunes parisiennes de quinze ans. Un gosse transgenre de dix ans qui débarque dans le quartier. Quatre françaises d'origine africaine et leur quotidien en banlieue. Avec en tête les sujets de prédilections que Céline Sciamma a su explorer dans Naissance des Pieuvres, Tomboy et Bande de Filles, il nous a semblé impossible de ne pas l'inclure dans cette liste. Et parce que son succès tient autant à sa approche visuelle très personnelle qu'à son talent de narratrice.

Kelly Reichardt

Kelly Reichardt compte parmi les réalisatrices américaines indépendantes les plus excitantes du moment. Mais ne nous croyez pas sur parole. Entendez plutôt Kristen Stewart, un des nombreux grands noms avec qui elle travaillé. "J'adore ses films, déclarait l'actrice à Variety, je pense qu'elle se concentre sur ce que peu d'autres voient." Dans Certain Women, le dernier film de Reidchardt avec Stewart, Michelle Williams et Laura Dern, les vies de trois femmes se croisent et s'entremêlent indirectement. Ce qui est fascinant dans le cinéma de Reidchardt, c'est la durabilité de sa puissance. Reichardt a une façon très personnelle de nous accrocher à son histoire - même après la fin du générique. 

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Texte Colin Crummy

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