le monde est fou de molly, nous aussi

À 18 ans, Molly Bair a tout d'une grande. Rencontre avec une mannequin hors du commun.

par Matthew Whitehouse
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13 Avril 2016, 12:10pm

Molly porte un top Chloé.

Top Chloé.

Veste DKNY. jean Red Valentino.

Blazer Christopher Kane. Col-roulé John Smedley.

Veste Vintage Sir Jac from Rokit. T-shirt et jupe AG Jeans. Collants Emilio Cavallini.

Blazer Christopher Kane. Col-roulé John Smedley. Leggings Roberto Cavalli. Chaussettes The Sock Shop.

On pourrait débattre des heures de ce qui fait ou non une bonne mannequin. Molly Bair, 18 ans, démarche assurée et regard fier, a beaucoup à en dire. Du haut de ses jeunes années, son parcours est déjà démesurément tracé. Pour son premier shoot i-D, dans le nord ouest de Londres, Molly a pris un Uber avec nous. Quand on lui a demandé, en plein bouchon, si on pouvait mettre en marche le dictaphone pour l'interview, elle a seulement répondu, impassible : "Bah comme vous voulez. Je dirai rien de moins que ce que je fais là." Née à Philadelphie en 1997, Molly Bair n'a rien de la mannequin facile qu'on voit partout. Ado, elle adorait les cours ("j'ai toujours adoré apprendre, donc j'étais très attentive en cour"), mais s'est toujours sentie un peu à part. du fait de sa très grande taille. D'où son intérêt grandissant pour toutes sortes de sports. "J'étais du genre sportive aux yeux des autres'', explique-t-elle. "Je faisais plein de sports. J'avais ma petite bande de potes et pas mal d'ennemis. Comme tout le monde, finalement." Éternel garçon dans l'âme, Molly ne s'était jamais intéressée à la mode. Jusqu'à ce qu'une certaine personne de l'agence Elite new-yorkaise, la repère et l'approche dans une brocante en 2014 pour lui proposer de s'engager dans le mannequinat. Y avait-elle déjà pensé ? Jamais. Le minois de Molly, traits fins, plein d'expressivité, surprenant dans sa complexe beauté, l'a poussé tout en haut de l'échelle de l'industrie. À l'image, Molly sait tirer la gueule, renfrognée, ou exhiber sa douceur éthérée au monde, parfois sur un seul et même défilé. Comme un caméléon prêt à s'échapper de toute emprise, son visage change au gré de ses humeurs. "J'imagine que je dois bien refléter cette vibe d'alien-ragondin-démon-lutin-gremlins," avouait-elle à CNN dans une interview donnée l'année dernière. Si son physique déroge à la règle des canons classiques, Molly aimerait ne pas avoir à se justifier en permanence sur sa plastique qui dérange. "Plus les gens m'en parlent, plus ils me font sentir que je suis vilaine ou pas aux normes. C'est bon, ça va, j'ai compris. On peut passer à autre chose maintenant, non ?"

Ranger Molly dans la case anti-mannequin la desservirait franchement. Elle représente tout ce qu'une mannequin peut être en 2016. Cool, détachée, humble, drôle. Comme Cara, Edie ou Binx avant elle, Molly " refuse de prendre tout ça au sérieux. C'est que des fringues. Elles ne définissent en rien ce que vous êtes''. Molly cite Proenza Schouler, Alexander Wang et Marc Jacobs - les créateurs pour lesquels elle aime poser. Côté mannequin, Molly penche pour Julia Nobis et Saskia de Brauw. ''Elles ont une vraie attitude, ont posé pour les meilleurs éditos et les plus belles campagnes. Elles n'ont pas qu'un corps, elles ont un œil." Malgré son jeune âge, Molly est pleinement consciente des vents qui s'abattent, en ce moment, sur l'industrie de la mode. ''Tout est en train de changer", confie-t-elle avec assurance. "Les créateurs, les stylistes, les directeurs de casting, veulent du changement. Aujourd'hui, chaque marque a son mot à dire et sa propre identité." À l'image des canons de beauté qui évoluent.

"La beauté, c'est une question de confiance en soi et seulement ça, affirme-t-elle. Notre société nous oblige parfois à nous fondre dans un moule, c'est justement tout ce qu'il ne faut pas faire. Affirme-toi, plus que n'importe qui !" Et si le mannequinat ne l'avait pas trouvée ? Molly réfléchit un instant. "J'irais probablement à l'école. Je ne sais pas. Je m'attendais tellement à tout sauf ça dans ma vie…" Plus tard, Molly aimerait s'engager dans la lutte contre le réchauffement climatique et suit des cours de sciences-politiques sur internet. "J'ai toujours été très engagée politiquement, confirme-t-elle. Je suis hyper excitée d'aller voter pour mes 18 ans cette année, ce sera la première fois." Brillante, hyper sincère, Molly passe le reste de l'interview à débattre des failles du système politique américain (elle a un penchant pour Bernie, of course). Elle aimerait que sa popularité lui permette de faire changer un peu les mentalités : "Je parlerais de l'environnement, j'essaierais d'inciter les gens à prendre soin de leur planète". Si le mannequinat ne s'arrêtera pas demain, Molly ne compte pas pour autant s'arrêter de penser à autre chose. ''Bien sûr, je vais continuer à bosser dur. Mais si le vent tourne et que ma carrière en pâtit, je vais pas me morfondre ou arrêter de vivre, conclut-elle. Je reprendrai le chemin de l'école et renouerai avec ma vie normale." On ne sait pas trop pourquoi, mais on a l'impression qu'avec elle, quoiqu'elle fasse, la vie sera tout sauf normale. 

Credits


Photographie Letty Schmiterlow 
Stylisme Max Clark 
Texte Matthew Whitehouse
Hair Kiyoko Odo using Bumble and bumble
Make-up Ciara O'Shea at LGA Management using YSL Beauté 
Production Julie Velut at Artistry London 
Photography assistance Yi Chen, Scott Gallagher
Styling assistance Bojana Kozarevic, Louis Prier-Tisdall
Model Molly Bair at Elite London
Printed by Luke at Touch

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