on est presque passés à côté de ces 10 tubes de janet jackson

L’histoire des icônes de la pop se raconte toujours mieux dans les interlignes. Celle de Janet Jackson ne déroge pas à la règle, tant sa discographie est parsemée de pépites méconnues. La preuve par 10.

par Maxime Delcourt
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17 Octobre 2018, 9:17am

Janet Jackson a toujours aimé les collaborations, plus ou moins pertinentes : ces trois dernières décennies, on l'a notamment vue aux côtés de Busta Rhymes, de Shaggy, de Ja Rule ou encore de son frère, Michael. Lorsqu'on l'a vue resurgir en août dernier avec Daddy Yankee sur le morceau « Made For Now », on s'en est étonné. D'abord parce qu'on croyait ce dernier définitivement perdu dans le tourbillon des années 2000, mais aussi parce que le morceau - disons – le franchement – est une déception. Un titre daté et une mélodie opportuniste, trop proche des rythmes caribéens et africains actuellement en vogue au sein de la pop music. Le public, lui, semble mieux comprendre la démarche d’une artiste qui a finalement souvent revendiqué ses connexions avec le continent africain et qui ne demande aujourd’hui qu’à étendre son univers.

Cet univers, Janet Jackson le développe et le met en son depuis 1982, à travers des albums qui servent désormais de points de repère (Janet, Control ou encore The Velvet Rope, dont on vous racontait l’importance ici même) et tout un tas de tubes, mythiques pour certains, à redécouvrir pour d’autres. Ce sont ces derniers qui intéressent aujourd’hui, ceux qui, malgré leur manque d’impact chez le grand public, témoignent des désirs d’expérimentations d’une artiste qui, jusqu’au début des années 2000, avant d’être injustement rangée aux côtés de ces divas vieillissantes et dépassées par leur époque, considérait le R&B autrement et emportait à chaque album un peu plus de monde.

« Love And My Best Friend »

Bien avant de collaborer avec le gratin du hip-hop et du R&B (Kanye West, Q-Tip, J. Cole) et de s'affirmer en tant qu'artiste à part entière, Janet Jackson sortait un premier album en 1982, marchant encore dans les pas de son grand-frère. À l’époque, beaucoup de critiques ne manquent d’ailleurs pas de le lui faire remarquer. Mais est-ce vraiment un problème quand on sait que ces connexions musicales ont donné au monde un titre aussi beau et épuré que « Love And My Best Friend », hautement inspiré par l’univers de Michael, période Ben ? Réponse : non ! Même si A&M Records n'en fera jamais un véritable single...

« He Doesn’t Know I’m Alive »

Avouons-le, peu de titres de Janet Jackson semblent a priori aussi anti-sexy, que ce soit à cause de l'étonnant solo de saxo en introduction, du texte extrêmement naïf ou de l'éternel statut du morceau, condamné à n'être que la face B de l’immense « What Have You Done For Me Lately ». C’est oublier un peu vite la puissance fédératrice de « He Doesn’t Know I’m Alive » et de sa mélodie qui transpire les années 1980 et les comédies romantiques de l’époque. Vous savez, ces moments où les personnages principaux enchaînent les situations main dans la main (un tour sur la grande roue, une séance de shopping, une balade à Central Park où l’on se roule inévitablement dans l’herbe parce qu’on est heureux, etc.) dans une succession de scènes légères et dépourvues de paroles ?

« Diamonds »

Quand on pense à la carrière de Janet Jackson, on oublie souvent de rappeler la puissance de ce single de 1987, soit pile entre la sortie de Control et celle de Rhythm Nation 1814. À l'époque, « Diamonds », à l'origine enregistré pour un quatre titres du trompettiste Herb Alpert ( Keep Your Eye On Me), rencontre pourtant un franc succès, se hissant au sommet des charts R&B/Hip-Hop et à la cinquième place du Billboard Hot 100. Impossible de comprendre ce qui a poussé Janet Jackson à n’interpréter cette chanson en live qu’en 2011, et le public européen à ne pas plébisciter davantage ce « Diamonds » qui orchestre un redoutable ménage à trois entre une pop typiquement eighties, des solos de trompette faussement kitschs et la fièvre de nuits passées sur le dancefloor.

« State Of The World »

En 1989, il y a définitivement quelque chose de pourri au royaume de l’Oncle Sam. Rhythm Nation 1814 ne parle que de ça : de racisme, d’inégalités sociales, d’addiction et de pauvreté. À l’image de « State Of The World », huitième single de l’album, donc nettement moins connu que « Miss You Much » ou la chanson-titre, qui évoque ici le problème des sans-abri et la façon dont ils sont considérés par les médias télévisés. « On regardait BET, MTV... et on mettait CNN et il y avait toujours des drames, précisait à l’époque le producteur Jimmy Jam dans une interview à Jet. Il n'y avait jamais de bonnes nouvelles, que des mauvaises nouvelles ». On comprend dès lors pourquoi « State Of The World » est précédé de l' Interlude T.V. et est introduit par différents bruits de sirène avant de délivrer un message socialement engagé, optimiste ( « Ils ne peuvent pas perdre espoir maintenant/Tirons-les de cette tempête ensemble »). Le tout, porté par un groove à faire trémousser les jambes de n'importe quel membre du parti Républicain.

« The Best Things In Life Are Free »

Au début des années 1990, Janet Jackson vient de signer un contrat de 32 millions de dollars avec Virgin Records et peut donc légitimement tout se permettre. Plutôt que de se lancer corps perdu dans l'enregistrement de Janet, elle demande ainsi à ses producteurs, Jimmy Jam et Terry Lewis, de lui produire un morceau pour le film Mo'Money, où l'on retrouve également MC Lyte, Public Enemy et Big Daddy Kane. En résulte donc « The Best Things In Life Are Free », interprété aux côtés de Luther Vandross, autre grand nom du R&B dans les eighties, et soutenu par des rythmes jungles et des beats house qui n'auront pas manqué d'inspirer Timbaland au moment d’entamer ses innovations musicales pour Aaliyah et Missy Elliott au milieu des années 1990.

« Any Time, Any Place »

Quand un morceau n’est que le cinquième single d’un album et qu’il a besoin d’un remix de R’Kelly pour connaître un vrai coup de boost, ce n’est jamais bon signe… « Any Time, Any Place » joue toutefois dans une catégorie différente. D'abord parce que nous sommes en 1993 et qu’à l’époque Janet Jackson enchaîne les albums de haute volée, portés par des tubes imparables, capables d'être adoptés par le grand public comme des hymnes ouvertement exubérants et flamboyants. Mais aussi parce que R’Kelly est alors une immense star, couronnée de succès et prête à faire d’Aaliyah la nouvelle reine du R&B. Sept ans après avoir chanté les mérites de l’abstinence sur « Let’s Wait Awhile », l’Américaine fait donc de ce « Any Time, Any Place » une ode aux relations sexuelles en public : « I don’t give a damn what they think, I want you now », chante-t-elle à un moment, de cette voix lancinante que D’Angelo et Maxwell ont probablement écouté pendant des heures.

« Empty »

On passe à côté de Janet Jackson si on ne perçoit pas, derrière ses refrains attrapes-cœurs et ses mélodies faussement légères, un sens complexe de l’architecture sonore. « Empty », par exemple, n'est pas qu'une énième ballade romantique issue de l’album The Velvet Rope (1997). C'est un morceau où Janet Jackson anticipe avec une quinzaine d'années d'avance les relations sentimentales de l'ère Tinder ( « I think about people whose only connection to other people is through a computer. I wonder what kind of reality that creates, and what kind of romantic frustrations it produces »), qui séduit par une construction mélodique progressive toute en nuances, s’inscrivant aussi bien dans l’héritage des musiques électroniques que dans celui du R&B et du trip-top, et superpose différents types de sons au fil du morceau : des cloches, des chœurs qui s’harmonisent peu à peu ou encore ce fabuleux beat 2-Step qui s’installe à moitié du titre.

« Come On Get Up »

Lors du All For You Tour entre 2001 et 2002, Janet Jackson ouvrait systématiquement ses concerts avec « Come On Get Up », et ce n’est sans doute pas un hasard, tant ce cinquième single d’ All For You renoue avec ce qu'elle faisait de mieux une décennie plus tôt. À savoir cet étonnant mélange de dance et de pop, ces harmonies de voix qui se déploient dans les refrains avec intensité et ces cassures rythmiques qui ont tant marqué l’histoire - du R&B et des musiques électroniques, tout du moins. On regrette simplement l’absence de clip officiel pour ce single, laissé un peu de côté par Virgin…

« Just a Little While »

Sorti le 2 février 2004, soit le lendemain du Nipplegate, « Just a Little While » ne parvient même pas à entrer dans le top 40. Un comble quand on sait qu'il était censé accompagner la sortie de Damita Jo et que Janet Jackson avait systématiquement placé ses différents singles dans les sommets du Billboard depuis 1984... Heureusement, les charts ne veulent pas dire grand-chose quand il s’agit de juger la qualité d’un morceau – sinon, chaque album de Drake serait un chef-d’œuvre et ceux d’Hamza de simples copies de son modèle américain. Bien que sous-estimé (le clip, où Janet Jackson porte plus ou moins la même tenue que lors de sa performance au Super Bowl, n’a même pas été diffusé aux États-Unis…), « Just a Little While » n’en reste pas moins l’un de ses meilleurs morceaux des années 2000. L’un des plus rock en tout cas, avec ce riff de guitare qui accompagne la mélodie tout du long et esquive le piège de la démesure.

« Make Me »

Depuis le début des années 1980, Janet Jackson a eu l’intelligence d’accompagner (voire d’anticiper) les innovations musicales avec une régularité qui l'a rendue extrêmement attachante. D’autant que, contrairement à bon nombre de divas, elle n’a jamais donné l’impression de s’auto-citer paresseusement. L’aura des artistes qui traversent le temps est sans doute à ce prix-là… En 2009, pourtant, l’Américaine n’excite plus les oreilles du monde entier. En manque d’inspiration, elle sort un deuxième best-of et l’agrémente de quelques inédits. Un aveu d’impuissance ? Plutôt une riche idée quand on tend l'oreille devant « Make Me », écrit pour une bonne partie aux côtés des Nile Rodgers et Bernard Edwards de Chic. Quelques années avant Daft Punk (« Get Lucky »), Bruno Mars (« Uptown Funk » ou encore Justin Timberlake (« Can’t Stop The Feeling »), Janet Jackson remet donc le disco au goût du jour le temps d’un morceau up-tempo, publié quelques semaines après la mort de son frère, dont elle sample ici l’un de ses plus grands succès « Don't Stop 'Til You Get Enough ».

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