petit guide pratique pour devenir kate bush

Avant de commencer, il faudra vous munir d'une robe rouge à volants, d'un demi-mètre de fil de fer et d'une bonne poignée de champis.

par Micha Barban Dangerfield
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06 Septembre 2019, 3:11pm

« Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Ou un arbre ? Non c’est une ‘bouche’ ». Kate Bush est sur le point de jouer sur le plateau d'une émission télé vintage et les présentateurs jouent aux devinettes. Ce préambule, presque anodin, signale en réalité à quel point il sera toujours difficile de décrire cette banshee britannique, elle et son aura nitescente, sa voix qui perce le cœur et sa grâce, allumée.

Kate Bush n’est pas vraiment née à l’été 1958 : elle a atterri. Et tous les ans, pour fêter cet avènement, des centaines de fans se réunissent aux quatre coins du monde pour participer à ce qui ressemble en tout point à un sacrement. Dans de longues robes rouges, une fleur plantée dans les cheveux, ils reprennent à l’unisson (pour le meilleur et pour le pire) la chorégraphie du morceau qui fait encore toute la légende de l’artiste, « Wuthering Heights », et tentent, en vain, de combler un vide. Car Kate Bush se fait rare. Très rare. Mais son mythe demeure intact. Après une éclipse de 12 ans, l’icône recluse est réapparue sur scène en 2014, avant de s’effacer à nouveau, abandonnant derrière elle des dizaines de milliers de fans avec pour seule consolation ses albums devenus reliques.

Pour faciliter le sevrage (vous reprendrez bien un shot de Bushutex ?), un nouveau succédané vient de faire son apparition sur les écrans français : un documentaire de 52 minutes retraçant l’ascension de la star, ses visions et ses éclipses. Un film réalisé par Claire Laborey à découvrir en streaming sur Arte jusqu’au 11 novembre. Et comme nous fans invétérés savons pertinemment que l’effet de substitution a peu de chances de durer, nous vous avons préparé un petit guide pratique (non certifié sans danger) pour faire de votre vie un conte à la Kate Bush.

Mets la main sur Dave Gilmour, coûte que coûte.
Une simple recherche Google suffira. « Where does David Gilmour lives » et hop, vous voilà embarqué dans un Ryanair de dernière minute pour Brighton. Un bus vous mènera ensuite jusqu’à la petite ville de Wisborough Green à la périphérie de laquelle se trouverait, selon les rumeurs, la ferme de Gilmour (voici les horaires, ne me remerciez pas). Attention, cette première étape de notre guide est cruciale (contenez votre excitation, évitez la gard’av,) car c’est en rencontrant le guitariste et chanteur de Pink Floyd que Kate Bush s’est révélée au monde entier. Elle n’a que 14 ans lorsque Gilmour se laisse transporter par sa voix juvénile, encore indemne, et décide d’en faire son chemin de croix. C’est grâce à lui que la chanteuse signe chez EMI Records en 1974. Elle n’a alors que 16 ans.

Militez pour les perroquets sud-américains
Sur la pochette de son album Never For Ever sorti en 1980, Kate Bush apparaît en Noé moderne dans les coups de crayon de l’illustrateur Nick Price, laissant échapper de sa robe des animaux et créatures en tout genre. À l’époque, Kate Bush écrit dans une lettre accompagnant l’opus « ces chauves-souris et ces colombes semblant gelées en plein vol descendent en flèche sur l’album et sur votre chaîne hi-fi. C’est à vous de les ramener à la vie. » Challenge accepted, reconstruisons, nous aussi, une grande Arche. Compte tenu du nombre de mètres carrés que nous offrent les cages à poules parisiennes que l’on appelle communément « appartements », la meilleure solution est d’opter pour une seule cause animale (hormis les animaux qui peuplent la Mégafaune). Et sachant que John Lyndon, le chanteur des Sex Pistols, a composé pour Bush une chanson dénonçant l’exportation illégale des perroquets sud-américains, on vous conseille donc de préférer ce volatile éclatant. Voilààààààà.

Relisez toute l’œuvre d’Emily Brontë
Fan de contes et de légendes, Kate Bush a très vite déclaré son admiration pour l’œuvre d’Emily Brontë, avec qui elle partage sa date d’anniversaire. De sa lecture des Hauts de Hurlevent, elle retient une image qui la hante : celle du spectre de Catherine Earnshaw à la fenêtre de Heathcliff durant une nuit de tempête. C’est précisément de ce passage du roman que s’est inspirée la chanteuse pour son titre « Wuthering Heights ». Après sa sortie, en quelques jours à peine, le disque atteint le sommet des charts faisant de Kate Bush la première femme auteure-compositrice à se faire une place en haut des hit-parades européens.

Fabriquez un micro flottant. Démerdez-vous, faites-le.
Vous ne le saviez peut-être pas mais Kate Bush est aussi à l'origine du premier micro flottant. En préparant sa première, et ce qui restera pour longtemps son unique tournée, la chanteuse cherche à être mobile sur scène pour dégainer tout un ensemble de gestes chorégraphiés plus étranges les uns que les autres. Il lui faut donc de l’amplitude, de l’espace et surtout garder les mains libres. Lui vient alors l’idée d’accrocher un petit micro au bout d’un fil de fer lui-même épinglé à ses cheveux. Tadaaaam : l’accessoire préféré de Mylène Farmer est né en 1979, soit dix ans pile poil avant sa première tournée. Tout est lié je vous dis.

Adoptez le look « cartomancienne »
Des robes de mousseline rouge profond, des broderies florales, des volants (plein) et des manches à godets, la garde-robe de Kate Bush se compose de tous les apparats d’une cartomancienne. On pourrait même créer un jeu de Tarot à son effigie. En 1985, sous l’objectif de son frère John Carder Bush, la chanteuse prend des airs d’Oracle, étendue sur un parterre mauve iridescent, des étoiles dans les cheveux. Cette image, on la retrouve en couverture de son cinquième opus Hounds of Love – album magique qui signe la résurrection musicale de Bush après la déception qu’a suscité son précédent. Une fée ne meurt jamais.

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Rejoignez les rassemblements de fans annuels
Chaque année, le 30 juillet précisément, des milliers de fans se réunissent à Sydney, Berlin ou Dubin pour célébrer l’anniversaire de Kate Bush. Tous vêtus d’un pastiche du costume iconique qu’elle arbore dans le clip « Wuthering Heights », ils exécutent, avec la grâce que leur ont accordée les anges – très inégale, donc – la célèbre chorégraphie du clip. Une occasion parfaite pour vous entraîner à incarner votre idole. Jusqu’ici, aucun rassemblement n’a été organisé en France mais sachez que nous sponsoriserons tout volontaire. Qu’il-elle se présente !

Prenez des cours de mime
Kate Bush n’a pas seulement marqué l’histoire de sa voix qui pique les âmes mais aussi grâce à son sens chorégraphique hyper (hyper) pointu. Mi-chamanique mi-lysergique, sa gestuelle incomparable est inspirée de Lindsay Kemp, un mime de tendance abstraite et professeur de danse d’un certain David Bowie, que Kate Bash a toujours admiré avec passion. Les yeux écarquillés, la bouche éculée et le corps convulsionné, les mimiques de Kate Bush dérangent autant qu’elles fascinent. Pour voir la vie en Kate Bush, il va falloir vous y coller et poursuivre l’éveil corporel entamé par la chanteuse. Ouvrez grand la bouche, écartez les bras jusqu’au bout des doigts, tirez la langue et montez dans les aigus. Oui, voilà, vous y êtes presque.

Cassez la gueule aux paparazzis
Depuis son tout premier album, les hommes de l’industrie musicale (une écrasante majorité numérique) ont souvent tenté d’hyper-sexualiser le corps de Kate Bush et cherché, tétons pointant vers le ciel, à en exposer un maximum les lignes. Ce n’est qu’après quelques années que Kate Bush est parvenue à reprendre le contrôle de son image, troquant ses justaucorps des premiers jours pour des robes à volants. Hyper pointilleuse et un tantinet control-freak, en se retirant doucement du devant de la scène, l’artiste a exprimé le vœu de rester maîtresse de son image et limiter sa présence dans les médias – double souhait auquel un paparazzi n’a pas daigné se soumettre un beau jour de 1991. Kate Bush lui aurait donc répondu par un fracassant coup de pied au cul. S’il arrive un jour qu’un inconnu vous prenne en photo par mégarde en trébuchant à la sortie de la piscine de Noisy, ne montez pas trop vite dans les tours. On ne devient pas Kate Bush en un jour.

Commandez un vieux synthé Fairlight sur Ebay (ne vous faites pas arnaquer).
1980. L’ami de longue date de Kate Bush, Peter Gabriel, revient d’Australie les bras lestés d’un tout nouvel instrument : un synthétiseur échantillonneur Fairlight CMI. Il ne le sait peut être pas encore mais c’est une révolution technologique qu’il tient là, entre ses mains. L’instrument peut enregistrer n’importe quel son et le sampler à la guise de son utilisateur dans des échos proto-techno. En le découvrant, Kate Bush tombe immédiatement sous le charme et s’en empare pour la première fois pour enregistrer les bruits de verres brisés qui ponctuent le titre « Babooshka ». Une curiosité expérimentale qui lui vaudra ensuite le surnom de « sorcière du son ».

Créez le manque. Cultivez la légende. Disparaissez tous les quatre ans.
La règle est simple et l’effet, radical : disparaissez dans la nature à intervalle régulier. La carrière de Kate Bush est ponctuée de longs moments d’absence durant lesquelles la chanteuse s’est retirée du monde pour profiter de sa famille et enregistrer des albums chelous. À son retour sur scène en 2014 pour une tournée éclaire, après 12 ans d’absence totale, Kate Bush a interdit à ses spectateurs de photographier ou filmer ses shows. Il n’en reste aujourd’hui aucune image. Vous l'avez compris, pour faire de votre vie un remake de celle de Kate Bush, quittez Instagram, résistez aux clapotis des flashs, adoptez une attitude discrète et faites vous désirer. Comme ça :

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