koffee : « le talent, c’est bien – le courage, c’est encore mieux »

La jamaïcaine de 19 ans et plus belle promesse du reggae est en couverture du nouveau i-D.

par Hazel Ong et Frankie Dunn
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25 Novembre 2019, 9:52am

Cet article é été initialement publié dans le n°358 d'i-D, The Get Up Stand Up Issue, Hiver 2019.

Attendez, mais c’est quoi ce son entraînant qui fait son petit bout de chemin à travers le globe ? Facile, c’est Koffee. À seulement 19 ans, la jeune femme – née Mikayla Simpson à Spanish Town en Jamaïque – est devenue un visage familier des festivals comme des charts. Elle est également entrée dans l’histoire au printemps en devenant la plus jeune artiste à décrocher le haut du Billboard’s Reggae Chart avec son premier EP, Rapture. Dans le single qui l’y a propulsé – « Toast », une production de Major Lazer - Koffee célèbre sa courte mais incroyable trajectoire musicale aux quatre coins de sa ville natale, pour un clip qui réunit aujourd’hui plus de 80 millions de vues. Ont suivi des collaborations avec Ed Sheeran, Justin Bieber et Chronixx, et deux imparables tubes de l’été : « Throne » et « Rapture », en featuring avec Govana. Et ce n’est que le début, une amitié avec Rihanna serait en train de naître et, de toute manière, Koffee est en mission. Elle est simple : propager son optimisme auprès de la jeunesse – celle d’aujourd’hui, celle de demain.

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Salut Koffee ! Tu as eu une année extraordinaire. Qu’est-ce que tu en gardes ?
J’essaye de prendre les choses comme elles arrivent, l’une après l’autre. Ma mère me guide dans tout ça, et Dieu aussi. Il faut rester concentré sur les bonnes choses, tout le temps.

Parle-nous de ta mère.
C’est une mère célibataire, elle m’a super bien élevée. J’ai été éduquée à l’église, aussi, dans l’esprit de Dieu, et de la Bible.

C’est comment de grandir à Spanish Town ?
C’était assez calme. Ce n’est pas l’ambiance de grande ville, c’est assez petit., assez simple, terre à terre. Mais ça peut parfois être très animé, et il y fait très chaud. Ce qui me manque le plus quand je ne suis pas en Jamaïque, c’est la température. Je déteste le froid.

Tu pensais que « Toast » allait être un tel tube ?
J’étais très nerveuse à ce sujet. Jusque-là, je faisais du reggae plutôt traditionnel, et « Toast » est très différent de ça en termes de production. Je ne savais pas si mon pays allait accepter que je fasse quelque chose de légèrement plus pop.

Ça a évidemment été le cas. Le morceau parle du fait d’être reconnaissant. De quoi es-tu reconnaissante ?
Ma trajectoire. J’ai eu de telles opportunités, je ne peux qu’être reconnaissante. La musique s’est présentée à moi comme une chance, et c’est une bénédiction.

Quelle a été cette trajectoire, justement ?
Quand j’avais 14 ans, j’étais très influencée par des artistes comme Protoje et Chronixx, alors j’ai commencé à écrire des paroles. Je me voyais plus comme une compositrice que comme une performeuse, mais quand j’ai eu la chance de me produire pour la première fois, j’ai eu comme un élan de confiance, l’impression que, peut-être, cette voie était pour moi. C’est de là que je me suis construite.

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Qu’est-ce que tu voulais faire avant ça ?
Je voulais devenir pharmacienne, donc j’étudiais les sciences. Je prenais l’école très au sérieux.

Comment ta mère a-t-elle pris ta décision de faire de la musique ?
Elle a été immédiatement très fière de moi. Elle n’a jamais douté de moi. Elle vient à tous les concerts auxquels elle peut assister. Elle est d’un grand soutien.

Le Reggae et le dancehall ont gagné une popularité mondiale aujourd’hui. Dans quelle mesure ces genres t’ont-ils inspirée ?
Eh bien, le reggae au départ, c’est une méditation consciente, des gens qui chantent la réalité de leur vie, ce que c’est que d’être Jamaïcain. Le reggae a les pieds sur terre, ça raconte le quotidien. J’ai 19 ans, donc j’essaye d’écouter mes pairs, de m’inspirer, de comprendre ce qui les inspire, eux, et de faire une musique en laquelle ils peuvent se reconnaître.

En tant que jeune artiste femme, tu peux parfois apparaître comme une anomalie.
En Jamaïque, les parents insistent sur l’importance d’aller à l’église et à l’école. Ce n’est pas facile d’échapper à ce schéma. Pour commencer, il faut avoir le courage et la volonté d’en sortir. Le talent, c’est un bon début, mais le plus important c’est le courage. Le reggae et le dancehall sont largement dominés par des hommes, alors il y a toujours cette peur de l’échec quand tu es une femme ; c’est sûrement plus facile de devenir médecin ou avocate. C’est compliqué, mais je reste positive, et je fais ce que mon environnement m’autorise.

Qu’attends-tu de toi-même, avec tout ça en tête ?
De rester positive, spirituelle, et d’être un bon exemple pour ma jeunesse. D’inspirer les gens, aussi. Comme Bob Marley – il était très positif sur sa vie, très influent, incontournable. J’essaye de m’inspirer de sa pureté, de la manière qu’il avait de prendre ses propres expériences, son environnement et de faire en sorte que le monde entier s’y reconnaisse.

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Tu as grandi en écoutant du Bob Marley ?
Comme tout le monde en Jamaïque. C’est un trésor national.

Rihanna est fan de Koffee, c’est plutôt cool…
Moi aussi, je suis fan de Rihanna !

Vous avez travaillé ensemble ?
On a amorcé quelques trucs, oui. Je pense que ça arrivera dans un futur proche, mais je ne peux rien vraiment confirmer pour l’instant.

On a hâte ! Tu aimerais représenter la Jamaïque comme elle représente la Barbade ?
J’aimerais mettre la Jamaïque en lumière, de la façon la plus forte et positive.

Avant de te lancer dans la musique, tu avais déjà pensé à quitter la Jamaïque ?
J’adore la Jamaïque. C’est un endroit bourré de créativité et je ne me vois pas vivre autre part. Les artistes jamaïcains mettent toujours un point d’honneur à avoir d’abord un impact dans leur propre pays, pour faire vivre la scène locale. Elle est bouillonnante, tout le monde y donne son maximum. Il y a de quoi être fier.

Tu as évoqué Chronixx et Protoje – tu les considères comme tes mentors ?
Je les admire. J’admire leur âme, leur esprit, leur trajectoire.

Qu’est-ce que tu peux nous dire de ton nouveau single « W. » avec Gunna ? Il est incroyable.
Ça sort en novembre. On l’a enregistré à L.A. Généralement j’enregistre mes morceaux à l’avance… Je trouve un beat, je rentre chez moi, je l’écoute et j’écris quelque chose. Là, tout s’est fait en studio. J’ai écouté le beat et les paroles sont venues naturellement, sur place. On avait un couplet vide et on s’est dit ‘Ok, appelons Gunna !’ J’ai été soufflée par ce qu’il a fait.

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Tu travailles également sur ton premier album ?
Je ne suis là-dedans que depuis deux ans, tout est nouveau pour moi. Maintenant j’ai le soutien et l’environnement propices à créer quelque chose très librement, alors je prends mon temps. Je veux que ce soit parfait.

Comment arrives-tu à garder une inspiration fraîche ?
Quand je voyage – et je voyage beaucoup en ce moment – j’essaye d’expérimenter des choses différentes, de saisir ce qu’il y a d’unique dans chaque culture. Ça continue de m’inspirer. Quand tu es mis face à des endroits uniques, tu te retrouves avec des idées uniques.

Tu penses parfois à ta vie dans 10 ans ?
J’aimerais inspirer la jeunesse jamaïcaine. J’aimerais vraiment créer ma propre école, pour les jeunes artistes. Essayer de rendre ce qu’on m’a donné. Lancer un mouvement. J’étais toujours eu un peu de mal, côté scolaire. Je n’étais pas nulle, mais pas aussi bonne que je l’aurais pu. J’ai comblé ce potentiel avec ma créativité, et j’ai eu la chance que ça marche. J’ai transformé mes échecs en réussite. Mon talent m’a formé, et m’a trouvé.

Quel conseil aimerais-tu donner ?
Crois en toi, reste fidèle à toi-même, et travaille beaucoup. Reste positif et constant. Et ne t’arrête jamais de travailler. Tu ne sais jamais où ça te mènera.

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Crédits


Photographie Mario Sorrenti
Stylisme Alastair McKimm

Coiffure Duffy, Streeters.
Maquillage Nadia Braz, avec Anastasia Beverly Hills.
Manucure Honey, Exposure, avec Marc Jacobs Beauty
Enamored Hi-Shine Nail Lacquer in Blacquer.
Lumière Lars Beaulieu.
Assistance photographie Kotaro Kawashima et Javier Villegas.
Assistance stylisme Madison Matusich et Milton Dixon III.
Assistance coiffure Lukas Tralmer.
Production Katie Fash.
Castingr Samuel Ellis Scheinmann pour DMCASTING.

Interview Hazel Ong
Texte Frankie Dunn

Koffee porte des vêtemens Telfar SS20 et ses propres bijoux.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.

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