Jay porte un haut Calvin Luo. Harnais Bond Hardware.

« j’aime les hommes et alors ? ça ne m'empêchera pas de rapper » - jay boogie

Le MC américain originaire de République Dominicaine diffuse des rythmes ensorcelants, taillés pour résonner sur le parquet des dancefloors.

par Matthew Whitehouse; photos Micaiah Carter
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29 Novembre 2017, 10:57am

Jay porte un haut Calvin Luo. Harnais Bond Hardware.

Cet article a été initialement publié dans le n°350 d'i-D, The Sounding Off Issue, Hiver 2017.

Il est étrange que Jay Boogie ait à clamer sans cesse qu’il n’a « jamais voulu être rappeur » - alors qu’il incarne le hip-hop même. Enfant de Brooklyn, il a dû subir toute sa vie de multiples formes de discriminations, à chaque fois qu'il franchissait le pas de sa porte. « La vie dont on parle dans le hip-hop, c’est la vie que je vis », affirme celui qui excelle dans l’art de brouiller les genres et dont la dernière mixtape, Jesus Loves Me Too, est sortie cet été.

« Les tenues que je porte sont peut-être une manière de me féminiser, mais ça ne change rien. Parce qu’en fait, il me faut encore plus de courage qu'un gangster pour assumer ce que je suis. » Depuis quatre ans, Jay calibre des morceaux pour enflammer les pistes des clubs, en amenant une nouvelle saveur, une autre esthétique et un sacré culot dans l'industrie du hip-hop. Vous avez certainement déjà vu des rappeurs porter des robes, mais en connaissez-vous qui s’habillent de la même façon pour aller faire leurs courses que pour poser dans un magazine ? « Beaucoup d’aspects qui ont intégré la culture hip-hop ces derniers temps ont été infusés par des gens comme moi, avance Jay. Les mêmes choses se sont produites avec les plus grandes divas du R&B et les plus célèbres popstars. C’est le moment pour les rappeurs d’être à leur tour influencés par les vêtements que nous portons. »

Pour Jay, les problèmes surviennent lorsque les artistes enfilent des vêtements mais « n’assument aucune revendication ». Et d’après lui, la musique est une forme d’activisme, une façon de « parler à des gamins de l’Amérique moyenne qui ont 17, 18 ans, de leur dire ‘J'aime les hommes et alors ? Ça ne m'empêchera pas de faire du rap.’ » Dans le futur, il aimerait voir plus d’artistes LGBTQI+ briser l’hétéronormativité qui est de mise dans le monde du hip-hop. Et pour le moment ? « J’essaie juste de donner aux gens quelque chose de divertissant à regarder, quelque chose de fort à écouter et de leur transmettre un peu de courage. »

Il n’a peut-être pas choisi le rap, mais une chose est sûre : sa force est celle d'une arme de poing.

Crédits


Photographie Micaiah Carter

Coiffure et maquillage Wanthy.

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