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      cinéma Micha Barban-Dangerfield 23 février 2017

      oulaya et les garçons, les espoirs du cinéma sont sur i-D

      Demain soir, le cinéma français sacrera ses ouailles. Parmi elles, i-D a déjà choisi ses protégés. Ils ont pris la pose et nous ont parlé de leurs rêves et de leurs (vrais) espoirs. La cérémonie sera diffusée en clair sur Canal + à 20h30. On a hâte. Très hâte.

      Corentin porte un t-shirt Sacaï, une veste Tilt vintage. Oulaya porte un diadème et un body Chanel, un pantalon Hermès et une ceinture Etudes. Kacey porte un sweatshirt Ami, une ceinture Hood By Air et un pantalon Lemaire

      Tout comme i-D, le cinéma français élit chaque année ses kids, ses favoris, ses nouveaux protégés. Solennellement, il passe le flambeau aux nouvelles générations - à ses rejetons - et leur promet un avenir radieux. Oulaya, Quentin, Kasey, Damien, Jonas et Niels : l'air angélique ou la gueule cassée, ils ont plus ou moins le même âge mais ce qu'ils partagent avant tout est leur capacité à prouver une immense sensibilité, une humilité aussi, que rien ne semble pouvoir pervertir. Voilà quelque temps, quelques années pour certains, qu'ils incarnent le monde à l'écran, sa magie absurde et sa beauté confuse. Vendredi 24 février, sous le regard bienveillant de leurs aînés, l'un d'entre eux sera sacré Révélation de l'année. Mais au fond, leurs conquêtes sont déjà de loin entamées. Pour fêter ça, ils ont accepté de prendre la pose pour i-D et de confier leurs désirs, leurs craintes et leurs ambitions. 

      Corentin Fila, nommé dans Quand on a 17 ans d'André Téchiné

      Corentin porte une écharpe Etudes, une veste sans manche Ami et un pantalon Margiela

      Qu'est-ce que ça te fait de faire partie des révélations cette année ?
      C'est super cool. Je suis assez fier.

      C'est une reconnaissance agréable pour un jeune acteur non ?
      Oui c'est super, mais il faut avoir conscience que ces trucs-là ne sont pas forcément justes. Au final c'est surtout très bien pour ta carrière.

      Où se trouve le juste selon toi ?
      En fait c'est une question de légitimité. D'immenses acteurs ne seront jamais présents aux César ou aux Molières alors qu'ils sont peut-être plus grands que tout le monde artistiquement.

      Tu as été nommé avec ton ami Kacey Mottet Klein, qu'est-ce que ça fait d'être avec lui ?
      C'est génial. On est vraiment très très proches. On s'est retrouvés pendant de longs mois tous les deux. On a vécu des moments très forts ensemble. Aujourd'hui c'est comme un petit frère pour moi.

      Qu'est-ce que tu as appris grâce à ce film ?
      J'ai beaucoup appris sur la confiance - donner sa confiance et croire en la confiance de quelqu'un. André Téchiné m'en a beaucoup donné et c'était très puissant de voir son regard évoluer. Quand une personne te fait comprendre que tu es formidable ça te donne beaucoup de confiance en toi.

      Est-ce que tu penses que la jeunesse a besoin de se regarder sur grand écran et de se comprendre elle-même à travers le cinéma ?
      Je pense que c'est très important. Par rapport à ce film, j'ai beaucoup de retours mais je ne sais pas vraiment quoi répondre, je ne me sens pas vraiment légitime. Je pense que la jeunesse à besoin de ça, mais toute l'humanité en a aussi besoin. Le cinéma est fait pour se rendre compte que les choses que l'on croit lointaines sont en réalité centrales. On y voit des choses réelles, des choses parfois rassurantes, parfois inquiétantes.

      Y'a-t-il un film qui t'a bouleversé ?
      Il y en a plein. Pour l'esthétique et la poésie je suis fan des films de Jim Jarmusch, comme Permanent Vacation par exemple. Mais un de mes films préférés c'est Last Days de Gus Van Sant, je m'en suis un petit peu inspiré pour jouer dans Quand on a 17 ans. Dans ce film la solitude est magnifiquement représentée, la vraie solitude, celle qui arrive avant la mort. Le fait que la caméra soit loin de l'acteur alors que dans le film on a vraiment l'impression d'être avec lui, d'être témoin de sa solitude, je trouve ça très poétique.

      Te souviens-tu de ta première émotion au cinéma ?
      Le Roi et l'Oiseau, c'était génial. Bambi aussi. Ce qui est très beau dans Le Roi et l'Oiseau c'est que le message est beaucoup plus complexe que ce qu'on comprend en tant qu'enfant mais on parvient à retenir ce message malgré tout. Tous les enfants devraient regarder Le Roi et l'Oiseau.

      Que penses-tu de la vie d'acteur ?
      C'est très bizarre. J'ai très peur de devenir acteur, je me pose beaucoup de questions et j'ai un gros problème avec l'égocentrisme. Tout le monde l'est mais je pense que le métier d'acteur nécessite cet égocentrisme et j'ai beaucoup de mal à l'accepter. Quand on est sur un plateau de cinéma l'attention que l'on reçoit est très agréable, on a l'impression d'être le centre du monde, mais c'est un peu de la merde en fait. Les gens qui me fascinent le plus sont ceux qui ont une vraie humilité et qui se posent des questions plus générales, des gens moins égocentriques. J'adore jouer mais je ne suis pas vraiment passionné par tout ce qu'il y a autour.

      C'est difficile d'avoir 17 ans en 2017 selon toi ?
      Je pense que c'est difficile d'avoir 17 ans en 2017 mais je pense que c'est aussi très intéressant. On dit souvent que certaines époques sont bénéfiques aux talents, certaines époques ont vu naître de grands écrivains, de grands musiciens, de grands cinéastes. Aujourd'hui nous vivons une époque qui ronronne un peu, il se passe des choses difficiles dans le monde, mais je sens que quelque chose est sur le point de se passer. En allant à Athènes je suis tombé amoureux du pays, la crise a été si soudaine, tous les gens sont militants et il y a une émulation artistique incroyable. S'il se passait la même chose en France ça pourrait être intéressant. Les jeunes de 17 ans peuvent s'intéresser à différentes causes, il y a des choses à faire. Il peut se passer quelque chose.

      Corentin porte un béret Larose, un pendentif Kenzo, une veste Ami, un sweatshirt Gap, un pantalon et des chaussures Maison Margiela et un bracelet Etudes 


      Damien Bonnard nommé dans Rester Vertical d'Alain Guiraudie

      Damien porte une veste, un pantalon Prada et un t-shirt Sacaï

      Que représente le fait de faire partie des révélations pour toi ?
      Ça veut déjà dire que des gens ont estimé que mon travail n'était pas trop mauvais. C'est une marque de soutien et d'encouragement. C'est quelque chose de bien.

      Comment es-tu rentré dans le cinéma ?
      J'y suis venu progressivement. J'ai eu le désir d'en faire il y a environ 10 ans, j'ai fait de la figuration pendant deux ans, puis j'ai eu une silhouette, puis une silhouette parlante, un petit rôle et ainsi de suite. Je suis passé par toutes les étapes. J'avais besoin d'apprendre, je me suis donc formé à travers la pratique. J'apprends encore tous les jours, je travaille toutes les semaines avec ma coach Karine Nuris pour explorer des endroits où on ne m'attend pas. J'essaie d'ajouter des cordes à mon arc.

      Comment s'est passé le tournage de Rester Vertical ?
      C'était assez facile, on était bien ensemble (avec l'équipe), tout le monde allait dans le même sens. Alain est quelqu'un de très simple, on était toujours dans le jeu, dans le plaisir, dans la joie, un peu comme des enfants. Il n'y a jamais eu de moments douloureux. Même si certaines scènes du film peuvent paraître difficiles, tout a été très simple pour nous.

      Il y a aussi une part de magie dans ce film, penses-tu qu'on a besoin de fantastique en ce moment ?
      Oui, je pense qu'on a besoin de revenir aux contes. Ce film est un conte. Je pense que ça fait du bien même si les choses très réalistes me plaisent beaucoup aussi. C'est bien de faire des trucs un peu plus fous.

      Quel regard portes-tu sur le cinéma français en 2017 ?
      Je pense que le cinéma français est plutôt pas mal. Peut-être qu'il pourrait être un peu plus fou aussi. Je pense qu'il est peut-être un peu timide, on pourrait prendre plus de risques.

      Y a-t-il un film qui a changé ta façon de penser le cinéma ?
      Il y en a beaucoup. Sunset Boulevard est un très beau film. Les films de John Cassavetes comme Minnie and Moskowitz qui est une super comédie. Under the Skin avec Scarlett Johansson est super, j'aime bien ce genre de cinéma aussi. Il y a dans tous ces films une vraie patte artistique dans la mise en scène et dans la recherche de l'image. Je viens des beaux-arts donc cela me touche particulièrement.

      As-tu des rêves pour cette année 2017 ?
      Je rêve qu'on trouve un très bon distributeur pour un film américain que j'ai tourné l'été dernier et qui va être complètement fou. Je l'ai fait avec un jeune réalisateur, Nathan Silver. On a bossé avec un super chef opérateur, Sean Price Williams. On a fait ce film avec Lindsay Burdge, Esther Garrel, Jacques Nolot et plein d'autres, et ils cherchent aujourd'hui un distributeur en France. Sinon j'aimerais beaucoup travailler avec Leos Carax. Mais je n'ai pas beaucoup de rêves, quand j'ai envie de quelque chose j'essaie de le faire. Par exemple j'avais vraiment envie de travailler avec Polanski et il y a un mois j'ai passé un coup de fil à son premier assistant parce que je savais qu'ils tournaient et qu'ils recherchaient un acteur, et finalement Polanski m'a choisi.

      Est-ce que tu penses que le cinéma peut faire du bien ? Aider à rester vertical ?
      Complètement. Ça peut faire rêver, faire réfléchir sur la vie. Certains films nous nourrissent.

      Que devrions-nous retenir de Léo dans Rester Vertical ?
      Il faudrait retenir ce qu'il recherche en permanence, même si ça n'est pas dit dans le film : un état proche de celui que l'on doit avoir lorsqu'on vient au monde et que l'on perd petit à petit. J'ai l'impression que certains jours on ressent un plaisir d'être vivant, d'être avec les personnes que l'on fréquente etc. Et Léo cherche cela, peut-être sans le savoir.

      Oulaya Amamra, nommée pour son rôle dans Divines d'Uda Benyamina

      Oulaya porte une brassière Paco Rabanne, une jupe Off-white, des chaussures Loewe, un collier personnel et un collier Aurélie Bidermann et des bagues Tiffany & Co

      Comment tu te sens aujourd'hui ?
      Je me sens forte, je me dis que cette année a été assez folklorique, avec des très hauts et des très bas. Mais je suis contente. Ça été tellement dur de convaincre ma sœur de me faire tourner, d'entrer dans ce personnage. Aujourd'hui, je suis hyper fière d'avoir eu accès à cette reconnaissance. Les César, c'est quand même quelque chose d'assez fou !

      Divines, qu'est-ce qu'il veut dire selon toi ?
      C'est un film humaniste, sur des gens qui sont mis sur le côté de la société. C'est un cri de guerre, de rage, de toute cette jeunesse à qui on ne donne pas assez la parole. Ça a d'autant plus d'impact aujourd'hui. Ce film, c'est la parole rendue à cette jeunesse, à ceux et celles comme Dounia qui ont besoin de dignité, de reconnaissance et n'ont pas d'autres choix que de les trouver dans l'argent. Ce film interroge. François Hollande l'a vu et en sortant du film il a dit : « Y'a du boulot ». Et je suis assez émue qu'il dise ça. En 2017 encore, en France, certains enfants vivent sans eau, sans toit, sans école. On ne s'en rend pas assez compte.

      Qu'est-ce que Divines dit de ta génération ?
      C'est une génération en quête de reconnaissance, en quête d'un père spirituel. C'est un film qui montre à quel point l'argent, l'aspect matériel des choses peut emmener les gens à faire n'importe quoi. C'est triste et vrai.

      Te souviens-tu de ta première émotion cinéma ?
      Isabelle Adjani dans La Reine Margot. Elle est tellement éblouissante. Elle m'a bouleversée. Et Le Malade Imaginaire de la Comédie Française que j'ai vu à l'âge de 9 ans. C'est ce qui m'a décidé à en faire ma vie. C'était le théâtre avant le cinéma, donc. Deux univers qui sont différents mais tout aussi intenses : dans le théâtre, j'aime la proximité avec le public et le fait d'être dans le moment présent. Juste ça. La sincérité doit être la même, qu'on soit sur scène ou sur un plateau.

      Tu es patiente, non ?
      Je dis tout le temps que je ne fais pas ce métier pour réussir mais parce que c'est ma passion. Si ça réussit tant mieux, si ça ne réussit pas, je continuerai quand même. J'ai envie et besoin de prendre ce temps pour progresser. Après ces trois ans, je serai libre de pouvoir tout jouer. Avec le Conservatoire, j'achète cette liberté. Je pars du principe que chaque art a une base. J'ai fait de la danse classique, qui à mon sens, est la base de toutes les danses. Le théâtre, c'est pareil. J'ai besoin de me confronter aux grands textes, aux grands metteurs en scène, de confronter les sens, les mots. Et le Conservatoire, c'est trois ans durant lesquels je peux me tromper, me perdre, essayer, venir avec un personnage, un autre.

      Est-ce que tu as un rêve ?
      Plein. Entrer à la Comédie Française. Et pouvoir tourner avec les metteurs en scène que j'adore : Haneke, Scorsese, Park Chan-wook…

      Si tu pouvais souhaiter quelque chose au monde ?
      De se réunir. L'union fait la force. À plusieurs, nous avons fait la Révolution Française. Redevenons unis comme en 1789.

      Tu es fière de faire partie de cette nouvelle génération d'acteurs ?
      Oui, grave. Parce qu'ils ont tous du clito.

      Jonas Bloquet, nominé pour son rôle dans Elle de Paul Verhoeven 

      Jonas porte un trench Maison Margiela et un sweatshirt à capuche Kitsuné

      Qu'est-ce que ça représente pour toi, de faire partie des Révélations ?
      Un plaisir, une satisfaction. Une belle surprise !

      Ça veut dire quoi « Révélation »?
      « Révéler au grand jour » ?

      Comment s'est faite ta rencontre avec le cinéma ?
      Il y a presque 10 ans, à l'occasion d'un casting sauvage pour un long-métrage. J'ai été pris pour le premier rôle du film. J'avais 15 ans, j'ai raté deux mois d'école pour être traité comme un petit prince. C'était beau et insouciant. Aujourd'hui c'est mon métier. La pression et les plans séquences sont plus intenses !

      Quel est ton meilleur souvenir sur le tournage de Elle ?
      Le travail avec Paul Verhoeven. Les quelques scènes en tête à tête avec Isabelle Huppert… Sa manière d'être sur un plateau, sa préparation, tout était inédit pour moi. Elle est dans sa bulle à elle et n'en sort jamais - si ce n'est pour aller au théâtre en dehors des horaires de tournage. C'est comme si elle sortait du monde quand elle prépare son rôle. Et ma rencontre avec Alice Isaaz, parce c'est une fille et une comédienne super.

      Qu'est-ce que tu as appris ?
      Je pense que j'ai progressé et appris beaucoup de choses sur le métier d'acteur. Paul Verhoeven est une personne qu'on regarde avec des grands yeux d'enfants. Il a 80 balais, il ne fait jamais la sieste, il est toujours en forme, souriant et calme. C'est un homme génial.

      Quelle a été ta première émotion liée au cinéma ?
      Lorsque ma mère a vu le premier film dans lequel j'ai tourné. C'était la fin de sa vie, je voulais absolument qu'elle le voie. Et elle l'a vu.

      Si tu pouvais diner avec un grand acteur ou réalisateur, ce serait qui ?
      Tom Hardy, je me ferais une bonne bouffe avec lui. Si je pouvais choisir un réalisateur, ce serait David Fincher. Je lui poserais 10 000 questions : comment il travaille avec les comédiens, quelle méthode il suit, le nombre de prises qu'il prend… J'aimerais comprendre ce qui se passe dans sa tête pour qu'il en ressorte des films aussi parfaits, avec des acteurs irréprochables.

      Est-ce que tu as un rêve ?
      Mon rêve absolu est de vivre de ce que j'aime. De cinéma, donc.

      Quels sont tes projets en ce moment ?
      Passer mois à Los Angeles pour voyager et faire quelques castings… Et ensuite, ce sera le calme plat.

      Niels Schneider, nommé pour son rôle dans Diamant Noir d'Arthur Harari

      Niels porte une veste Dries Van Noten

      Ça te fait quoi de faire partie des Révélations ?
      Je suis très content. Je suis fier du film que j'ai joué et content du travail qu'on a fait ensemble avec Arthur pour donner vie à ce personnage. C'est un sentiment que j'ai eu pendant tout le tournage. Après, une fois le film terminé, j'ai du mal à me regarder - me voir m'empêche de cueillir le film. Je n'ai jamais pu me voir à l'écran mais je suis satisfait du travail accompli, du tournage, du processus en amont. Le reste appartient à Arthur et je lui fais pleinement confiance.

      Tu te sens proche des autres nommés aux Révélations des César ?
      On se connaît depuis peu de temps en réalité. On a réalisé un petit clip ensemble avec Valérie Donzelli, dans lequel on joue au foot. C'est chouette parce qu'on s'est rapprochés, c'est un événement qui crée des liens. On n'est pas une bande mais dans chaque génération, des amitiés se tissent et ce qui change le cinéma, c'est l'écriture, un désir, une vision d'un réalisateur. Nous, on ne fait qu'exécuter, même avec toute l'inventivité du monde.

      Quel regard tu portes sur le cinéma français, aujourd'hui ?
      J'ai grandi au Québec et j'ai toujours développé ma cinéphilie avec le cinéma français. Les Truffaut, Carax, la Nouvelle Vague… C'est un territoire d'audace et d'expérimentation pour le cinéma, un pays où les genres cohabitent. On parle toujours de la Grande famille du cinéma français mais je n'imagine pas à la même table Dany Boom, Desplechin et Leos Carax. En revanche, il y a la place pour ces personnalités très différentes dans le cinéma. Je trouve les critiques durs, méchants parfois, mais c'est une relation assez saine au final.

      Quel est le rôle qui t'a le plus marqué jusqu'ici ?
      Le rôle de Diamant Noir est celui qui m'a le plus marqué. C'est un rôle complexe dans sa morale, extrêmement chargé et très loin de moi. Je me sentais accompagné par un très grand cinéaste dans ce processus. Arthur a une envie de cinéma qui ne ressemble à rien de ce qu'on connaît. C'est à la fois un héritier du cinéma d'auteur français, de Pialat, Rohmer et Renoir, naturaliste. Mais c'est également un grand formaliste, qui a un style, tout sauf clinquant ou publicitaire. Son esthétique colle à son récit. Il est atypique et singulier et parvient à faire un cinéma qui est à la fois populaire et personnel. Sa lecture est très simple au premier abord, c 'est un film de casse et de revanche. Mais en son sein, il parvient à faire foisonner les idées universelles et les histoires personnelles.

      Tu as une formation théâtrale. Comment approches-tu ces deux mondes, le cinéma et le théâtre ?
      Le théâtre permet de mettre les mains dans le cambouis, d'aller plus en profondeur. Au cinéma, c'est plus difficile d'essayer, d'être mauvais, de prendre des risques. Au cinéma, tout va plus vite, le temps coute cher et on hésite à prendre des risques. Le fait que le théâtre ne soit pas entrecoupé de scènes, de séquences permet une plus grande liberté.

      Est-ce qu'il y a un film qui a changé ta perception du monde ou du cinéma ?
      Chaque film qui t'émeut provoque en toi une transformation, un changement, un renversement de perception. C'est ça l'émotion je pense. Et de nombreux films m'ont changé : surtout ceux de John Cassavetts : Opening Night, Husbands.

      Qu'est-ce que tu souhaites au monde en ce moment ?
      On vit un tel climat de peur, de repli sur soi en ce moment, que je lui souhaite plus d'ouverture, de tolérance et une mémoire de ce qui s'est produit dans le passé. Hier je regardais le débat entre Marine Le Pen et Najat Vallaud-Belkacem et j'ai lu les commentaires sous la vidéo. Les commentaires étaient terrifiants. L'élection de Trump aux États-Unis a délié les langues en France. Mais je pense que quand tout va mal, il faut rester intègre, se souvenir de ses principes et rester fort même si on prend des coups moralement et physiquement. Il ne faut pas se soumettre ni tomber dans le piège du populisme de Marine Le Pen même s'il est séduisant. Il faut qu'on vote pour quelqu'un comme Mélenchon, qui a vraiment envie d'aider les Français.

      Tu penses que le cinéma peut apaiser les consciences ?
      Le cinéma a le pouvoir de faire passer des messages très puissants par l'émotion, justement. Je pense au cinéma de propagande mais pas que. Tout cinéma est engagé, utile. J'ai fait des films qui ne sont pas, au premier abord, très politiques, comme Les Rencontres d'Après Minuit ou Belle Dormant mais qui, malgré eux, portent un regard différent, unique, singulier sur le monde. Et en ce sens, ces films sont extrêmement politiques et utiles. Le cinéma c'est comme la littérature, c'est un territoire assez vaste pour englober et faire voir une multitude de visions - d'autant plus nécessaires en temps de crise, où le besoin et l'envie de rêver sont plus forts. 

      Kacey Mottet Klein, nommé pour son rôle dans Quand on a 17 ans d'André Téchiné

      Kacey porte un t-shirt J.W.Anderson, un pantalon Lemaire et des chaussures Maison Margiela

      Qu'est-ce que ça te fait de faire partie des révélations cette année ?
      C'est une reconnaissance. On fait partie d'un petit groupe de personnes reconnues parmi les jeunes acteurs, en plus je suis entouré de collègues sympathiques et d'amis donc c'est génial.

      Tu as une filmographie assez impressionnante pour ton âge, comment le vis-tu ?
      Je baigne dans ce milieu depuis très jeune, je ne me rends malheureusement pas toujours compte de la chance que j'ai. J'ai rapidement acquis une certaine notoriété en Suisse et j'ai parfois été maladroit. Aujourd'hui ça fait 11 ans que j'ai commencé, j'ai tourné dans de magnifiques films, j'ai arrêté l'école assez jeune et je n'ai rien connu d'autre que le cinéma. Le fait de ne pas avoir connu autre chose que le cinéma m'angoisse un peu parfois. J'aimerais bien savoir ce que c'est d'avoir une vie difficile. J'ai tellement de chance. Et même si le cinéma me permet d'incarner d'autres vies, j'aimerais bien être parfois dans l'incertitude, comme certains de mes amis.

      Qu'est-ce que tu as appris grâce au film d'André Téchiné ?
      Je pense avoir découvert la part de féminité que j'ai en moi. Avoir vécu cette expérience m'a été très bénéfique. Je me suis rendu compte de ma sensibilité. Alain nous a appris beaucoup de choses et il a été très touchant en essayant de se mettre à notre place. Il a essayé de se mettre à notre niveau. Il nous a écoutés. Ce film est d'ailleurs très moderne, sans entrer dans les clichés de la jeunesse.

      Y a-t-il un rôle qui t'a bouleversé ?
      À partir de L'Enfant d'En-Haut je me suis dit que je voulais faire du cinéma. Et j'ai récemment tourné dans un film de Marc Dugain qui s'appelle L'échange des Princesses avec Anna-Maria Bartholomé, Lambert Wilson et Olivier Gourmet, un film d'époque dans lequel j'incarne Don Luis d'Espagne le fils de Philippe V et c'était génial. J'ai adoré jouer dans des costumes avec des perruques. Ça change ta façon de te tenir etc.

      Rêves-tu de jouer dans un certain film ou avec certains acteurs ?
      J'admire certains cinéastes oui, j'aime beaucoup Xavier Dolan. Je n'ai pas une très grande culture cinématographique, j'essaie de m'éloigner de ce milieu lorsque je suis seul chez moi. Sinon j'aimerais beaucoup jouer dans des blockbusters, dans des films grand public. Juste une fois pour voir ce que c'est. Découvrir d'autres façons de travailler.

      Qu'est-ce que ça te fait d'être nommé avec Corentin ?
      C'est la cerise sur le gâteau. Je trouve ça génial, lorsque j'ai su que j'y étais je n'étais pas sûr que Corentin y soit et j'en suis vraiment très heureux. Ça prouve que notre duo a bien fonctionné.

      Est-ce que tu souhaites quelque chose au monde ?
      Le respect de la nature. Il est très important de se rendre compte que nous sommes misérables comparé à ce que la nature peut nous offrir. Il faudrait que les gens se rendent compte de cela et que tout le monde fasse un petit effort.

      Kacey porte un t-shirt, une chaine du styliste. 

      Corentin porte un sweatshirt à capuche Gap et Kacey porte une veste Niuku

      Cet article vous est présenté par CANAL +, qui diffusera en clair la cérémonie des Cesar 2017, le 24 février 2017 à 21h00.

      Crédits

      Texte : Micha Barban-Dangerfield

      Photographe : Lasse Dearman 

      Styliste : Xenia May Settel

      Assistante Styliste : Sandra Gonzalez

      Coiffeur : Rimi Ura 

      Makeup : Aya Fujita pour Nars Cosmetics

      Production : Mayli Grouchka 

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      Tags:cinéma, séries mode, mode, acteurs, césar, canal +, oulaya amamra, niels schneider, jonas bloquet, damien bonnard, corentin fila, kacey mottet, cérémonie des césar

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