c'est lundi, défoulez-vous avec rendez-vous et leur mixtape pour i-D

Le quatuor français sort un nouvel EP, Distance et nous offre une mixtape en exclusivité. L'occasion de parler de rock, de romantisme et d'adolescence.

par Micha Barban Dangerfield
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06 Juin 2016, 11:05am

Le rock semble vivre une seconde vague punk, un peu moins "no future" que dans son passé sûrement. De plus en plus de groupes recrachent les intonations fâchées et les rythmes brutaux du genre le plus irrévérencieux de tous les temps. On n'est pas obligés d'y voir un culte passéiste ou une forme de nostalgie mais peut être une simple envie de gueuler et de se défouler. À Paris, le groupe Rendez-Vous renoue avec l'énergie hormique et sale-gosse de tout ce qui touche au punk, post-punk, ou à la cold-wave. Noisey nous les avait présentés il y a un moment avec leurs clips bagarreurs The Others et Distance. Dans le premier, des tours tombent sous le coup des dynamites tandis que dans le second, un nouvel an part en vrille et en sang. Un truc un peu violent donc mais Elliot, Maxime, Francis et Simon savent aussi faire preuve de romantisme. Un peu à l'image d'un rock eighties schizophrène - que le groupe déploie dans Wicked Game - ou d'un skinhead édenté et amoché tendant une rose à sa dulcinée. Rendez-Vous sort un nouvel EP, Distance. Un opus froid et entrainant dans lequel Françis pousse une voix d'ado vénère sur des guitares et des synthés coldeux. Pour fêter ça, le groupe livre une mixtape en exclusivité sur i-D - un petit tour d'horizon de leur bibliothèque musicale. On a donc rencontré le quatuor pour parler de bagarre, de romantisme et de leurs idoles d'adolescence.

Comment est-ce que vous avez commencé à faire de la musique ensemble, tous les 4 ?
Elliot : En gros je faisais du son avec un mec, qui m'a très vite parlé de Francis. Il m'a dit qu'il faisait des trucs cools et qu'on pourrait faire des trucs ensemble. Francis et moi, on a grave accroché tous les deux, musicalement. Au bout d'un an passé tous les deux, on avait déjà balancé quelques sons sur internet ensemble.

Francis : Moi je connaissais Simon et Max, ils nous ont très vite rejoints, assez naturellement.

Vous aviez tous le même univers musical avant de vous retrouver ?
Elliot : On avait les mêmes gouts, les mêmes aspirations.

Maxime : On avait des trucs en commun, on n'écoutait pas tous la même musique mais on s'est tous retrouvés autour d'un intérêt commun.

Elliot : On a continué dans cette vague post-punk qui nous plait à tous les quatre, de manière assez instinctive.

On vous situe souvent à la charnière entre post-punk et cold wave. Vous, vous en dîtes quoi ?
Simon : On est à la charnière justement !

Maxime : Notre son est plutôt post-punk quand même. Et en même temps, on fait pas vraiment de la coldwave ou je sais pas quoi. On essaie de mélanger ces différentes influences qui créent un univers singulier. Notre son, quoi.

Francis : On emprunte peut-être sans s'en rendre compte à différentes scènes mais de manière générale, c'est assez instinctif comme son.

Maxime : Je pense que c'est une résultante de ce qu'on est tous les 4. On se met pas de barrière.

On retrouve toutes ces influences dans vos clips (the others, distance). Vous avez une esthétique visuelle très singulière, aussi.
Maxime : Carrément. On imagine le groupe et aujourd'hui un artiste ou un groupe comme un projet global. C'est encore plus poussé pour un groupe de rock, de véhiculer une énergie par le visuel.

Simon : On aime bien imaginer un univers visuel qui nous ressemble.

La plupart présente des images d'archives incroyables…
Elliot : Des footages, oui. C'est Francis, la plupart du temps qui monte les clips. On essaie de mixer différents types d'images.

Maxime : Distance, par exemple, rassemble des images assez récentes, pour contrebalancer avec l'esthétique VHS et 1980 qu'on voit tout le temps en ce moment.

Elliot : On n'a pas envie non plus de s'inscrire dans une esthétique qui véhicule un message passéiste. Ça passe aussi bien par le son que par l'image. On voulait avoir un truc assez neuf. Si on récupère des images du passé, c'est aussi parce qu'on aime bien contrôler un peu les images qu'on transmet au public. Choisir en amont certaines images, ça nous permet d'assurer une cohérence visuelle et de créer un truc dans lequel on se retrouve tous. On n'est pas réals, on serait incapables de réaliser un clip de A à Z ensemble. Enfin, on aimerait bien le faire mais bon. On a déjà essayé mais c'était un gros fail… Il faut pas le dire.

Maxime : C'est plus simple pour nous de travailler sur une base pré-existante qu'on modèle nous-mêmes.

Simon : En même temps, on aimerait vraiment faire un vrai clip avec des vrais trucs qu'on fait nous, avec un réalisateur, main dans la main. Bientôt.

Vous faites des clips très coup de poing, à l'image de votre musique qui prône une esthétique assez violente…
Maxime : Notre musique est assez violente oui. Mais pas forcément en fait. Donna, c'est le premier clip qu'on a fait et il est hyper romantique. Si tu te penches sur les footages, en effet, y'a un beat à 180 bpm et des mecs hyper flippants. En fait, c'est le track le plus pop qu'on ait fait. Parce qu'on aimait bien l'idée du décalage : entre ces mecs hyper mignons et une mélodie pop un peu flippante. Et les mecs dans le clip deviennent tout gentils.

C'est un paradoxe assez proche de l'état d'esprit des eighties…
Simon : On a ce truc un peu mélancolique, romantique. Même si y'a une connotation un peu cheesy dans ce mot, ''mélancolique'', qu'on n'aime pas trop. On a aussi ce truc un peu gothique.

Elliot : Simon nous a fait remarquer que chaque clip avait un thème, que ça faisait comme un triptyque à la fin. Les gens, ça a tendance à les énerver, 4 minutes sur un même thème, ça a tendance à les saouler.

Maxime : les immeubles qui s'écroulent ou les bastons de rue, nous, ça nous touche, ça raconte une histoire. On aime bien que ça impacte.

Elliot : Très joli terme de publicitaire, ça… Impacte.

Est-ce que vous avez l'impression de délivrer un message politique ou engagé à travers cette violence ?
Elliot : Y'a pas de message politique. C'est juste, je pense qu'on vit dans un monde assez anxiogène et violent, donc c'est à l'image de ce monde. Mais ce n'est pas calculé ni conscientisé. On s'est jamais dit qu'on voulait délivrer un message. On le subit, comme tout le monde.

Maxime : Y'a un côté exutoire aussi, dans la musique.

Simon : On aime bien les trucs qui nous font peur, qui sont agressifs, qui dérangent. Dans Distance, on pourrait croire que c'est de la violence gratuite, au premier abord. Mais y'a une réflexion derrière, dans les paroles, l'ambiance, qui fait réfléchir.

D'ailleurs, dans Distance, elle se passe où cette baston ?
Françis : C'est à Austin, c'est un nouvel an qui dérape où tout le monde s'est foutu sur la gueule. Ce qui est assez ouf, c'est que t'as l'impression que c'est une mise en scène. C'est bien filmé. On n'en sait pas beaucoup plus.

C'était qui vos idoles respectives, quand vous étiez ados ?
Simon : Francis, il kiffait grave le punk ! On faisait pas mal de skate avec Max et Francis, quand on était ados et on a découvert trop de musique comme ça, beaucoup de punk, des trucs plus nineties, grungy. J'ai écouté du gros punk, du rock. Mais j'avais pas de groupe phare. Enfin, si, quand même, y'avait Sonic Youth.

Elliot : Moi ma plus grosse claque, c'est David Bowie. Il a complètement changé ma vision de la masculinité. À 15 ans j'étais un petit mec hyper macho. Ma mère m'avait montré un concert de Bowie. Ça m'a complètement fait changer d'avis. Je me suis dit qu'on pouvait porter des pantalons à paillettes, être un mec et être classe.

Francis : Moi c'était les Ramones. Quand je me suis rendu compte qu'on pouvait faire de la musique avec deux accords, ça a un peu révolutionné ma façon d'appréhender la musique. Je me suis dit ''Hey, moi aussi j'peux le faire''.

Est-ce que vous avez l'impression que le punk est en train de vivre un second souffle en 2016 ?
Simon : Non.

Maxime : Nous, on est sensibles à l'esthétique et l'énergie punk, mais on n'a pas l'impression d'en faire partie, de ce mouvement. On n'est pas du tout 'no future'.

Elliot : On n'est pas dans le passé, on aime bien casser les codes. C'est tout.

Maxime : Y'a plein de groupes punk qu'on déteste, que je trouve personnellement nul. Je pense qu'on prend ce qu'on aime, dans tous les genres de musiques. C'est internet qui nous a donné cette possibilité. Faire des concerts, des tournées, défendre notre disque sur scène.

C'est quoi la suite ?
Francis : la suite logique, ce serait un album. Et puis continuer à jouer, même si on est plus dans la compo. À la base, on était tous dans nos chambres à composer plein de trucs. La scène, on l'a apprise sur le tas. La liberté que t'as en studio, créer, quand un morceau prend naissance, nous, ça nous touche et ça nous définit au moins autant que le live.

Maxime : Même plus.

Rendez-Vous sera en concert au festival Wheels and Waves à Biarritz le 11 juin, au petit Bain à Paris le 24 juin, à Nuit du Voyage la 1er juin à Nantes. Retrouvez toutes les dates du groupe ici .

Credits


Texte : Micha Barban-Dangerfield
Photographie : Pierre-Ange Carlotti

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