après la candeur, avant la violence : l'adolescence des kids danois

La photographe Stefanie Moshammer a trainé avec huit adolescents de Copenhague. Entre deux photos, ils lui ont confié leurs peurs, leurs angoisses et leurs pensées sur l'avenir. Rencontre.

par Emily Manning
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01 Mars 2016, 8:50am

En ce moment, Stefanie Moshammer affronte les 40° Celsius de Rio de Janeiro et passe ses journées à photographier la vie de ses habitants. Mais avant de s'intéresser à l'Amérique du Sud, c'est à la jeunesse danoise que la photographe a dédié sa série Young Gods. ''J'ai rencontré huit garçons de Copenhague, au Danemark. Quand je les ai photographiés, le plus jeune avait 17 ans, le plus vieux 23. Je les les ai rencontrés la nuit. L'un d'eux s'est assis à côté de moi, il soufflait dans des ballons d'hélium. Il était d'un calme inquiétant en apparence, ce qui contrastait violemment avec son tempérament de feu. Il s'appelle Mathias, il avait 19 ans à l'époque. Il vivait la vie à fond, sans jamais penser au lendemain. Libre dans tous les excès.''

Avec i-D, la photographe revient sur ses rencontres avec ces jeunes danois, dans leurs chambres ou dans les bars de Copenhague.

Quelle était l'idée derrière ta série, Young Gods ?
Tout le monde grandit. Et certaines choses, à l'adolescence, prennent une importance démesurée : la soif de découverte, le questionnement de sa propre identité, l'envie de se laisser porter. Young Gods est un témoignage sur la jeune génération masculine danoise et une recherche iconographique sur l'adolescence. C'est une série qui laisse transparaître, je l'espère, ces questions et ces tâtonnements, d'un point de vue extérieur, celui d'une femme photographe. Tous ces garçons sont en quête d'identité, ils cherchent à savoir qui ils sont réellement. 

Les adolescents t'ont-ils fait confiance tout de suite ? Ont-ils été réticents à poser devant l'objectif ?
Je n'ai jamais eu besoin de les convaincre. J'ai d'ailleurs tissé de vrais liens d'amitié avec certains d'entre eux. Parfois, j'avais plus l'impression d'endosser le rôle d'une psychologue. J'ai toujours été fascinée par l'être humain, son aura. Ces ados ont quelque chose d'angélique même si leur innocence s'étiole au fur et à mesure qu'ils deviennent adultes. 

Quelles sont leurs passions ? Leurs peurs et leurs angoisses ?
Tout ce qu'ils expérimentent en ce moment est de l'ordre de l'émotion. Chacun a ses petites habitudes, ses rituels. Certains d'entre eux ont quitté l'école, d'autres bossent déjà, très jeunes. Mais tous ont une joie et une envie de vivre débordantes. À travers mon objectif, leurs émotions contradictoires et leur fureur transparaissent. Ils portent en eux l'expression de la liberté, la soif d'aventure et leur peur de grandir. C'est ce qui les rend si faibles et si forts à la fois. 

En plus de tes photos, la série inclue des feuilles de papier griffonnées au stylo. L'une d'entre elles ressemble à un manifeste punk, on y lit ''fuck the system, fuck the police…'' par exemple. Pourquoi avoir inclus ces textes ?
Je leur ai demandé de coucher sur le papier leurs émotions du moment. ''Fuck the system, fuck the police'' a été écrit par Lukas - c'est le plus anarchiste des kids que j'ai photographié. Il m'a dit qu'il avait déjà eu pas mal de problèmes avec la police, qu'ils l'avaient mis à terre une fois et cassé son poignet. C'était en quelque sorte sa réponse à la société. William, lui, a juste écrit "Love, Hate, Anger". C'est un garçon hyper sensible, probablement le plus vulnérable de la bande. Sa copine venait tout juste de le quitter. C'était sa dernière phrase. "Amour, haine, colère". Aussi simples que sincères, ces trois mots reflètent son chagrin amoureux. Celui qu'on a tous vécu un jour. 

On est tous rattrapés, un jour ou l'autre, par notre adolescence, non ?
L'adolescence, c'est le temps de l'expérience. On se perd, on s'en fout, on s'aime, on se déteste. À quel autre instant de nos vies peut-on s'oublier à ce point ? Ne penser qu'à soi ? Plus on grandit, plus on doit répondre à des attentes extérieures, plus on se fond dans le moule de la société. Aujourd'hui, plus personne n'a le droit de "perdre" son temps à se chercher. Il n'y a pas d'espace pour le vide, ni l'oisiveté. Je pense qu'on souhaite tous, à un moment ou à un autre de nos vies, revenir en arrière, à ce temps de l'adolescence et de l'oubli. 

@ Stefanie Moshammer

Credits


Texte : Emily Manning
Photographie : Stefanie Moshammer

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