Photographie Piczo

la mode sait aussi être sereine et lucide

Nous avons parlé de notre génération avec le designer français Etienne Deroeux.

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nov. 3 2015, 3:40pm

Photographie Piczo

Etienne Deroeux s'exprime avec délicatesse et clarté. Le jeune créateur français passé par La Cambre et Peter Pilotto à Londres, parmi les finalistes du dernier prix de L'ANDAM, a le goût des choses bien faites. Ses phrases sont précises et scandées et comme un écho à son travail - rarement dans l'emphase.

Ses pièces ont pour fondation "le mouvement et la liberté", ceux d'une jeunesse qui bouge et qui a fait du minimalisme son mot d'ordre. Pourquoi le minimalisme ? Parce qu'il colle parfaitement à nos aspirations de tous les jours. "Contrairement à nos parents, me dit Etienne, nous avons compris très jeunes qu'il fallait qu'on s'adapte, à tout prix. On est déjà assez contraints dans la vie de tous les jours, et le vêtement ne doit pas nous opprimer." Ses pièces n'ont de politique que leur refus de l'ostentatoire, du baroque et des paillettes.

Photographie Amit Israeli

Peu étonnant de l'entendre évoquer Brancusi ou l'abstraction américaine, de Kooning ou Ad Reinhardt. Le contexte d'après-guerre le séduit. Il ne retient pas le pessimisme de cette génération mais plutôt sa faculté à s'adapter dans un paysage de crise. "Le vêtement doit provoquer une émotion aux gens, ils doit tisser des liens avec nos histoires personnelles." La recherche du minimalisme c'est donc, aux yeux d'Etienne, la volonté de s'adapter à un monde globalisé et en perpétuel mouvement. Les silhouettes qu'il dessine n'ont pas d'âge, elles sont faites pour des femmes "indépendantes, actives, urbaines": un vestiaire de jour atemporel qui crée des ponts avec ses collections passées. 

Le designer emprunte autant à l'art des années 1960 qu'au streetwear américain. L'expressionnisme abstrait se retrouve par ailleurs dans sa nouvelle collection, véritable manifeste qui signe un retour aux fondamentaux : coupes droites et monochromes in-your-face côtoient les rayures sculpturales - un peu comme les colonnes sans fin de Brancusi. Un sportswear modernisé à la française fier de sa droiture qui s'inscrit dans l'air du temps et s'adresse à notre génération plus qu'il ne parle pour lui. 

Photographie Amit Israeli

"Mes vêtements ont un discours, une histoire. Mais ils ne s''embarrassent pas de logo et n'ont pas la prétention de dicter une pensée." La mode selon Deroeux c'est finalement moins la quête effrénée du cool qu'un système et un ordre d'idées, "Ce qui importe c'est le design pas le designer." Des vêtements qui pensent sans donner d'ordre, c'est peut-être ce qu'on attendait de la mode. 

Photographie Amit Israeli

Etienne Deroeux

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Crédits campagne : 
Photographe – Piczo
Stylisme – Helena Tejedor
Hair – Kota Suizu
Make up – Lucy Bridge
Crédits lookbook:
Photographe – Amit Israeli
Stylisme – Helena Tejedor