tecktonik, néons et nu-rave : mais qu'est-il arrivé aux fluo kids ?

Dix ans après la sortie du premier album des Klaxons, retour sur cette génération d’artistes et de kids habillés au rayon fluo de chez H&M et bercés aux sons énergisants.

par Maxime Delcourt
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28 Mars 2017, 10:30am

Il y a dix ans naissait en Angleterre ce que la postérité a fini par nommer la nu-rave, soit une scène portée par des fluokids, habillés tout de néon et habitués aux clubs comme le Trash ou la Fabric. Dans une interview à Vice l'année dernière, Joe Daniel, à qui l'on doit la création du label Angular Records et l'invention du terme « nu-rave », revenait sur cette euphorie : « Nous apportions quelque chose de nouveau à une scène qui manquait d'inventivité. À l'époque, les mecs de New Cross étaient à fond derrière les groupes de chez Rough Trade - très indie pop et post-punk. L'idée, c'était de se défoncer et de passer du bon temps plutôt que de se battre pour savoir qui portait les jeans les plus serrés. » L'idée est donc un peu similaire à celle défendue en parallèle à New York par la scène dance-punk (LCD Soundsystem, Yeah Yeah Yeahs ou The Rapture), mais en allant encore plus loin dans la débauche, le jeunisme et la mise en avant de groupes purement générationnels.

Parmi eux, il y avait notamment Klaxons, New Young Pony Club, Hadouken!, Does It Offend You, Yeah?, Datarock, Late Of The Pier, dont le premier album a été entièrement produit par Erol Alkan, ou encore CSS, dont faisait partie Ana Rezende Dos Anjos. Aujourd'hui, elle remonte le temps et livre ses impressions sur cette scène : « Je pense que ce mouvement est né d'une envie commune chez beaucoup de jeunes, qui ont fini par se croiser en Europe, que ce soit sur scène ou en festival. C'était un peu comme incarner ce que les enfants étaient à ce moment-là, et c'était étrange. Avec CSS, par exemple, on a été rangés dans cette scène par des magazines comme le NME, alors que l'on n'avait pas l'impression de faire partie d'un mouvement. D'autant que, étant originaires du Brésil, on estimait que l'on n'avait rien à voir avec les autres culturellement. Honnêtement, on se voyait plus comme un groupe d'amis qui se réunissaient à Sao Paulo et avaient la chance de faire le tour du monde pour jouer de la musique. C'était quelque chose de très improbable pour un groupe brésilien qui chante en anglais, et on en était très fier. »

Lorsqu'on lit les interviews des différents acteurs de la nu-rave ça et là, on comprend d'ailleurs que la majorité d'entre eux n'avait pas la sensation de faire partie d'une scène, mais simplement d'être regroupée sous un même terme par des médias friands de ce genre d'effervescence collective. « Ce n'était pas comme à l'époque des punks où tous les groupes avaient le même idéal », poursuit Ana. Avant d'entrer dans le détail : « On n'était qu'une bande de jeunes qui tournions ensemble, comme cette tournée organisée par le NME en 2007 avec Klaxons et The Sunshine Underground. On avait également la même fanbase, et ça a suffi à certains médias pour se réapproprier les groupes et nous enfermer dans le même moule. »

Pourtant, dix ans après la sortie de Fantastic Playroom de New Young Pony Club et Myth Of The Near Future des Klaxons, véritable manifeste de toute cette génération, auréolé d'un Mercury Prize en 2007, force est de constater que tous ces artistes avaient plusieurs points en commun : le goût des couleurs flamboyantes et la science mélodique, celle qui leur a permis de mélanger avec tant d'aisance les codes de l'électro, du grime, de la new-wave et de l'indie-rock. Surtout, Klaxons, Hadouken!, mais aussi Yelle et certaines sorties estampillées Kitsuné en France, ont influencé bien au-delà de la musique. La mode s'en est trouvée contaminée, tant ces fluokids ont contribué à faire les grandes heures de H&M au cours des années 2000, tout en incitant des couturiers comme Cassette Playa, Kim Jones, Nicola Formachetti et Gareth Pugh à s'intéresser à ce phénomène. Un phénomène qui, qu'on le veuille ou non, apparaît plus ou moins en parallèle d'un mouvement comme la tecktonic, porté par des gamins décomplexés, adeptes du pot de gel dans les cheveux, survitaminés aux boissons énergisantes et bercés aux sons d'une culture clubbing de plus en plus mercantile. L'univers télévisuel, lui aussi n'y est pas resté indifférent, tant les fluo kids ont mis en branle, plus ou moins directement, la création de séries comme Misfits et Skins, qui puisent une grande partie de leur BO et de leur esthétique dans cette scène aussi extravagante qu'éphémère.

Ephémère car, au fond, un journaliste du Guardian annonçait dès 2006 que la nu-rave ne serait qu'un « pauvre phénomène jeune, condamné à disparaître rapidement », tandis que Conor McNicholas, rédacteur en chef du NME, notait qu'aucun artiste « ayant été associé à cette scène n'a été capable de composer un deuxième album qui intéresse quelqu'un ». Comme souvent, derrière l'ascension fulgurante de toutes ces entités, tout n'a pas été simple lorsqu'il a fallu confirmer les bons retours, critiques et populaires. Et, forcément, beaucoup se sont plantés : New Young Pony Club a tenté tant bien que mal de se réinventer sous le nom NYPC, Shitdisco s'est séparé peu après la parution de leur deuxième album en 2008, Hadouken! et Does It Offend You, Yeah? n'ont jamais réussi à confirmer la réussite de leur coup d'essai, et Klaxons, malgré deux autres disques intéressants par instants, est peu à peu retombé dans l'oubli.

C'est aussi cela qui rend le parcours de ces différents groupes intéressant, emblématique : leur capacité à déborder des classifications, sans pour autant parvenir à se réinventer une fois la mode passée. La transformation de Samuel Eastgate de Late Of The Pier à travers le projet LA Priest fait ainsi figure d'exception, même si Anna tient à préciser que ses Cansei de Ser Sexy sont toujours dans la course aujourd'hui : « Contrairement à beaucoup, CSS ne s'est jamais séparé et se porte même bien. On a juste pris un peu de recul sur les tournées et les enregistrements d'album. On a passé notre vingtaine sur la route et, maintenant que l'on est tous entrés dans la trentaine, on a décidé de calmer le rythme et de ne plus être actifs constamment, sept jours sur sept, pour se concentrer sur d'autres choses. Mais nous sommes toujours là. »

Pour se justifier, Anna cite la bande-son du documentaire d'Ellen page sur Viceland (Gaycation) ou encore cette reprise de Duran Duran publiée à l'occasion des JO de Rio, mais personne n'est dupe : CSS n'intéresse malheureusement plus grand monde aujourd'hui, tout comme les autres entités de la scène nu-rave, pourtant auteurs en leur temps de tubes aussi énergiques qu'anarchiques. On peut bien sûr penser à Gravity's Rainbow des Klaxons, à Fuck Friend de Bitchee Bitchee Ya Ya Ya ou au remix de Simian par Justice (We Are Your Friends), mais c'est bien Hadouken! qui a défini le mieux les intentions de cette génération à travers le titre de son premier album : Music For An Accelerated Culture.

Credits


Texte : Maxime Delcourt

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