violences policières : l'onu compare la france au soudan

« Nous demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d'usage excessif de la force. »

par Marion Raynaud Lacroix
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20 Mars 2019, 10:10am

Si la Marche pour le climat semblait être l'évènement majeur de ce week-end, les chaînes d'infos en continu lui ont préféré l'image du Fouquet's embrasé en marge de l'acte XVIII des gilets jaunes. Lieu symbolique, c'est dans cet établissement situé sur l'avenue des Champs-Elysées que Nicolas Sarkozy savourait, le 6 mai 2007, sa victoire aux élections présidentielles. Tout près de cette image venait se poser celle de kiosques et de boutiques saccagées et puis encore d'autres - les mêmes depuis 4 mois - celle d'un face-à-face sous tension entre des forces de l'ordre sur le qui-vive et une poignée de révoltés.

Alors que le gouvernement reconnaissait un maintien de l'ordre dysfonctionnel et que le secrétaire général du syndicat Unsa Police mettaient en cause « ceux qui ont décidé que ça se passe comme ça et qui n'ont pas donné les instructions » pour empêcher la casse, l'exécutif s'est une nouvelle fois distingué par son inquiétante fermeté. Mardi, le ministre Christophe Castaner a en effet décidé de bannir les manifestations de certains lieux de rassemblements symboliques. Les Champs Elysées pour Paris, la place Pey-Berland à Bordeaux et celle du Capitole à Toulouse. De leur côté, les policiers ont été autorisés à aller au « contact » avec les émeutiers à la demande des syndicats de police, malgré le risque de blessures graves. Hier, devant les députés, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a affirmé que « pour l'avenir et dès samedi prochain, nous [partirons] du principe que ces rassemblements sont des rassemblements d'émeutiers qui ne visent qu'à causer des troubles ». Une manière de dire qu'à partir de maintenant, manifestant égale casseur.

Ces mesures interviennent une semaine après l'adoption de la loi anti-casseurs par le Parlement –dont les interdictions préventives de manifester, les fouilles et le délit de dissimulation de visage sont dans le viseur de nombreuses associations dénonçant « un coup très dur au droit de manifester pacifiquement en France ». Pendant ce temps, le nombre de manifestants blessés ne fait qu'augmenter. Le journaliste indépendant David Dufresne en est à son 549ème signalement de violences policières, un travail dans lequel il relève que le problème des violences policières ne date pas d'hier, mais qu'il a tout bonnement élargi son champ d'action : « les violences policières aujourd’hui en ville existent depuis des années en banlieue ».

Invitée sur le plateau de France 2, la députée Clémentine Autain a dénoncé une réponse gouvernementale ne faisant qu'accroître la violence, rappelant que la France déploie « l’un des dispositifs les plus sécuritaires de toute l’Europe », pointant du doigt les LBD 40 et les grenades GLI-F4 qui ont arraché la main à 5 manifestants et dont l'usage est banni par tous les pays européens - à l'exception de la France.

Un peu plus tôt dans le mois, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme - dont la mission consiste à veiller au respect et à la promotion des droits humains sur le plan international - épinglait la France dans son rapport annuel. Aux côtés du Soudan, du Zimbabwe, de Haïti ou du Venezuela, le gouvernement français était pointé du doigt pour sa réaction à la crise des gilets jaunes. Victime de la dictature Pinochet et Haute-commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet a déclaré « Nous encourageons le gouvernement [français] à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d'usage excessif de la force ».

« Le problème c’est que vous avez un tout petit noyau qui a décidé de venir casser et de s’en prendre à la police physiquement. Mais vous avez aussi de très nombreux manifestants qui viennent pacifiquement et qui sont amalgamés : or, l’État doit assurer le droit de manifester pacifiquement », notait Clémentine Autain. Et de pointer la distorsion dans le traitement médiatique réservé aux boutiques saccagées sur les Champs-Élysées au détriment d'une Marche pour le Climat, interrogeant le « sens de nos sociétés » de manière plus fondamentale qu'un Grand Débat de plus en plus cosmétique. « On ne couvre pas le bruit du tambour en jouant du pipeau. »

Article mis à jour : Aujourd'hui, nous apprenions que plusieurs milliers de soldats seraient mobilisés pour l'Acte XIX des gilets jaunes à Paris. Une présence qui divise jusque dans les rangs des militaires, affirmant n'avoir ni les armes, ni la formation requise pour assumer ce rôle. Interrogé par France Info, le général Bruno Le Ray a assuré que les militaires pourraient « aller jusqu'à l'ouverture du feu (...) si leur vie est menacée ou celle des personnes qu'ils défendent ».

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