Image tirée du film Heureux comme Lazzaro d'Alice Rohrwacher

9 films réalisés par des femmes à voir absolument

Si les Oscars semblent avoir oublié que les femmes réalisent des films, ce n’est – heureusement pour vous – pas notre cas.

par Molly Gillis
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12 Février 2019, 10:45am

Image tirée du film Heureux comme Lazzaro d'Alice Rohrwacher

La toute première cérémonie des Oscars eut lieu en 1929. Près de 90 ans plus tard, seules cinq femmes ont été nominées dans la catégorie « Meilleur Réalisateur ». Numériquement, cela signifie qu’au total, sur les 455 réalisateurs nominés, seuls cinq étaient des femmes. La seule à avoir gagné étant Kathryn Bigelow en 2010 pour Démineurs. Les nominations 2019 pour les Oscars sont tombées il y a peu, et elles sont en parfaite cohérence avec le passé – nombre de réalisatrices nominées : zéro. Quels que soient vos sentiments par rapport aux Oscars, ces nominations sont représentatives de la façon dont la culture mainstream perçoit les femmes. Pour ce qui est des réalisatrices, elles sont donc, cette année, inexistantes. Et pourtant, la production féminine est indéniable, les films existent, et ils sont nombreux à être géniaux. Quelques minutes après avoir découvert la liste des nominés, j’ai spontanément listé des films réalisés par des femmes sortis en 2018, des films qui m’ont touchée. Ce ne sont en aucun cas des films parfaits, mais tous s’avèrent mieux notés sur Rotten Tomatoes que le prétendant aux 5 Oscars Bohemian Rhapsody. Mathématiquement, ça ne passe pas. De quoi nous donner envie de hurler les noms des talentueuses réalisatrices dont les films ont émaillé l’année passée.

The Rider


Chloé Zhao est la remarquable réalisatrice à l'origine de The Rider – l’histoire vraie d’un dénommé Brady Jandreau – un jeune cavalier de rodéo, qui se voit contraint d’abandonner sa passion suite à un traumatisme crânien. Pour ce film qui brouille les frontières entre documentaire et récit d'une main de maître, Chloé Zaho a travaillé principalement avec des non-acteurs. Les plans épiques où des chevaux sauvages cavalent dans les prairies du Dakota succèdent à des scènes d'une intimité bouleversante - de quoi briser instantanément nos cœurs et transformer l'écran en paysage époustouflant. Oh, et elle a aussi écrit le film. Le travail de Chloé Zaho place la barre très haut, et je ne suis probablement pas la seule à le penser, puisqu’elle va prochainement réaliser un film Marvel.

Private Life


Le film est réalisé (et écrit) par Tamara Jenkins, qui aurait tout aussi bien pu avoir inventé le terme « dramédie ». Private Life est l’histoire d’un couple new-yorkais vieillissant, qui tente désespérément d’avoir un enfant. Avec une Kathryn Hahn féroce et un Paul Giamatti très anxieux, le film réussit à faire rire en dépit de la gravité de sujet qu'il aborde - la parentalité une quête existentielle qui en fait oublier toutes les autres. Présenté à Sundance et au New York Film Festival, le film a directement atterri dans les rayonnages de Netflix.

Heureux comme Lazzaro

Bijou de réalisme magique, Heureux comme Lazzaro est un songe enchanté, imprimé dans une pellicule poussiéreuse, où l’agressivité du capitalisme se heurte à la candeur désarmante de Lazzaro, un « homme bon » comme on a perdu l’habitude d’en croiser. Histoire d'humanité sur fond de lutte des classes, le film d'Alice Rohrwacher a été nominé pour la Palme d’Or à Cannes, mais est reparti avec un Prix du Scénario. Bonne nouvelle : son petit chef-d'oeuvre est désormais visible sur Netflix.

Leave No Trace


Debra Granik est une réalisatrice patiente. Il lui aura fallu huit ans pour revenir avec Leave No Trace après Winter’s Bone, le film qui avait permis de révéler Jennifer Lawrence. Debra a commencé dans le monde du documentaire, et ça se voit dans ses films – elle étudie soigneusement ses sujets, c’est sans doute la raison pour laquelle son cinéma déborde d’authenticité. Leave No Trace est l’histoire d’un père vétéran, qui gère son stress post-traumatique en vivant avec sa fille, loin de tout, dans des parcs au nord-ouest du Pacifique. Puissante exploration d'une middle class prise entre le rêve américain et sa dure réalité, le film vous apprendra - aussi - quelques techniques de survie.

L'amour flou

Après 10 ans de vie commune, Romane et Philippe se séparent. Si la passion n'est plus là, leur amour est lui, intact. Dès lors, comment s'organiser pour que chacun puisse vivre sa vie comme il l'entend sans que les deux enfants qu'ils ont élevé ensemble n'en subissent les conséquences ? C'est tout l'enjeu de ce faux documentaire, déclaration d'amour au bordel sentimental d'un couple qui refuse de se laisser dicter comment s'aimer. Réalisé par Romane Bohringer, L'amour flou est nommé aux César dans la catégorie Meilleur Premier film. Et on croise les doigts.

Come As You Are

Desiree Akhavan est une réalisatrice iranienne queer. Son adaptation du roman Come As You Are raconte le quotidien d’un centre de thérapie de conversion dans l’Etat de New York. Mais attention, il n'est pas question ici de reconversion professionnelle, mais sexuelle, puisque le but de ce drôle d'établissement est de soigner les tendances homosexuelles de ses résidents. Bien que l’homophobie n’ait rien de particulièrement tordant, Desiree infuse dans le sujet son sens de l’humour à la fois bienveillant et ironique. Notons que la talentueuse Ashley Connor, fantastique directrice de la photographie, a tourné ce film et collaboré à Madeline’s Madeline - un drame américain dont on attend la date de sortie française avec impatience.

High Life


Attachez vos ceintures pour High Life, le dernier film réalisé par Claire Denis. Le pitch ? Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de transformer leur peine en mission très spéciale : devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Pour couronner le tout, on retrouve Robert Pattinson, Juliette Binoche et André 3000 au casting. En mêlant questionnements astrophysiques et réflexions existentielles, Claire Denis creuse le sillon qui l'a lancée - un chemin où l'humanité côtoie la métaphysique, tout près de la voie lactée.

Cassandro the Exotico

« On dit que je suis un leader, on m’appelle le Liberace de la Lucha Libre, la reine des Exoticos mais j’ai traversé pas mal d’épreuves, j’ai été poignardé, tabassé, blessé. On m’a fermé beaucoup de portes à cause de mon orientation sexuelle, parce que j’étais étiqueté gay et Exotico. Au début, ils ne voulaient même pas me donner la chance d’apprécier mon travail sur le ring, mais quand ils me voyaient ils étaient sidérés.» Ainsi commence le documentaire de Marie Losier, fresque intime et sidérante autour de la vie d'un catcheur gay forcé de ranger ses gants au placard après une carrière hallucinante. Avec une infinie pudeur, Marie Losier filme ce corps à l'aube de la retraite, fragile et explosif à la fois. Et délivre, au passage, une leçon de courage à toutes les conquêtes de soi.

Pupille

Réalisé par Jeanne Herry, Pupille est cette année l’unique film réalisé par une femme à être nommé aux César dans les catégories « Meilleur film » et « Meilleur réalisateur », et l’un des titres les plus récurrents avec des mentions dans les catégories « Meilleur acteur », « Meilleur actrice » ou « Musique originale ». Pour son deuxième long-métrage, qui met en scène Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain et Élodie Bouchez, Jeanne Herry suit le parcours de Théo, enfant né sous X, pupille de l’État, dont la procédure d’adoption voit s'entrechoquer les choix des adultes qui l’entourent. Celui d’une mère biologique qui ne veut pas le garder, celui d’une femme au chemin de vie douloureux, prête à adopter, et l’amour grandissant des membres des services sociaux qui s’occupent de lui entre-temps.

Cet article a été initialement publié sur i-D US et mis à jour par la rédaction d'i-D France.

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