jonah hill nous a parlé de culture skate et de masculinité fragile

i-D a rencontré le (nouveau) réalisateur pour discuter de son film « Mid 90's », dont la sortie est prévue le 24 avril en France.

par Joseph Walsh
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15 Avril 2019, 11:40am

Nous sommes en mars quand Jonah Hill nous téléphone depuis Los Angeles. Il vient de réaliser le nouveau clip Vampire Weekend pour le titre Sunflowers dans lequel on aperçoit Jerry Seinfeld. « J’ai envoyé un texto à Jerry, et je lui ai dit : “Tu es un grand fan de Vampire Weekend, n’est-ce pas ? Ça te dit de jouer dans leur prochain clip, ou de venir dîner ?“ Jerry m’a répondu : “Je veux être dans le clip. Jamais je ne choisirais le dîner. Dis-moi où je dois me rendre.“ »

Jonah Hill est bien entouré. Depuis qu'il a interprété le rôle de Seth dans la comédie d’apprentissage Supergrave, Jonah travaille avec les plus grands noms de l'industrie, passant des comédies graveleuses de Judd Apatow à des rôles plus dramatiques, qui lui ont valu deux nominations aux Oscars : la première pour Moneyball, de Bennett Miller, et l’autre pour Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese. Il est, au passage, devenu une sorte d’icône du style jusqu'à devenir une muse pour la marque Palace. On ne compte plus le nombre d’articles et de mystérieux comptes Instagram qui commentent et critiquent son style. New York, sa ville d’adoption, lui consacre même un jour de célébration par an, nommé le Jonah Hill Day.

mid90s film still jonah hill interview

Les gens ont toujours eu du mal à faire la distinction entre les personnages qu'il incarne à l'écran et ce qu'il est dans la vraie vie. Récemment, Jimmy Kimmel a débuté une interview pour la promotion de 90's en déclarant : « Vous sentez bon, ce qui est surprenant. » Derrière ses lunettes de soleil teintées, il était aisé de voir l’irritation de l’acteur. N’est-il pas fatiguant d’être constamment catalogué par Hollywood ? Il se montre diplomate, mais on a comme l’impression que ça ne rend pas la chose plus aisée pour autant. Alors quand son ami de longue date, le réalisateur Spike Jonze, lui a dit : « Il faut que tu fasses un film qui soit vraiment bon pour pouvoir recommencer à zéro », Jonah l'a écouté. Il sait qu’il a un bagage d’acteur lourd de 15 ans à faire oublier – « il faut bien faire ses preuves. »

C’est la raison pour laquelle il a attendu le bon moment pour faire ses débuts en tant que réalisateur. Jonah a amassé plus d’une décennie de savoir, en apprenant auprès de grands réalisateurs tels que Les Frères Coen, Quentin Tarantino, Gus Van Sant, Cary Joji Fukunaga, et le susmentionné Scorsese – pas mal, comme liste de mentors. Mais avec Mid 90's, Jonah a créé un film inspiré de son adolescence, baignée dans la culture skate de Los Angeles. Le film suit l'histoire de Stevie (Sunny Suljic), un jeune garçon coincé entre une mère célibataire qui lutte pour survivre (Katharine Waterston) et une brute épaisse en guise de frère aîné (Lucas Hedges). Il trouve une échappatoire à sa vie familiale lorsqu’un groupe de skateurs plus âgé le prend sous son aile. Le film est d’une innocence rafraîchissante, et bien qu’il ait été comparé au Kids d’Harmony Korine, c’est une réelle bouffée d’oxygène.

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Hill a parfaitement conscience qu’Hollywood a usé et abusé de la culture skate au fil des années. « Mon travail était, avant toute chose, de faire un film que je pourrais présenter à une pièce remplie de skateurs sans qu'ils se sentent dépossédés de leur histoire. » À en juger les réactions survenues dans la communauté du skate après la sortie du film, la mission a été remplie avec succès. Il a même réussi à s’adjoindre les services de Mikey Alfred d’Illegal Civilization, en tant que co-producteur, ainsi que ceux d’Aaron Meza – le directeur photo de Spike Jonze – pour l’aider à recréer les graffitis de l’époque.

Mais il ne s’agissait pas uniquement de reproduire fidèlement la scène skate telle qu'elle était dans les années 1990. « Je voulais retrouver cette masculinité blessée autour de laquelle j’ai grandi, dit-il. Dans ma génération et dans les générations précédentes, nombre de mauvais comportements masculins apparaissaient comme les symptômes d’une incapacité à exprimer sa douleur ou toute autre émotion. » Dans une scène du film, Stevie couche avec une fille. C’est sa première expérience sexuelle, mais la scène montre bien comment ce moment intime est immédiatement entaché par la masculinité abîmée d'une génération. « Sa première expérience sexuelle n’est pas définie par la fille avec laquelle il la vit, mais par le statut que cela lui permet d’acquérir auprès de ses amis après, explique Jonah. On voit que ce gamin est terrifié par cette expérience, mais qu’il comprend immédiatement le respect que cela lui permet d'obtenir auprès de ses amis plus âgés. »

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Jonah voulait montrer que ces jeunes hommes sont incapables d’exprimer leurs émotions de façon saine, et qu’ils ont, à la place, recours à l’agression. Mid 90's est rempli de ces souvenirs parfois douloureux de l’adolescence. Piocher dans les pires souvenirs de sa jeunesse n'a pas été une tâche facile pour Jonah. « Ça a été très douloureux d’essayer de me rappeler ce que je ressentais quand j’étais aussi jeune. C'est une époque où je me sentais jugé en permanence. »

Ça a peut-être été difficile, mais Mid 90's nous prouve que ça en valait la peine. Le film vous replonge – non sans malaise – en pleine adolescence, et Jonah Hill n’a pas peur de vous emmener sur ce terrain. Si 90's est un indicateur fiable quant à la réussite de son prochain film, alors il n’a pas à s’inquiéter. Il semblerait que son image de Seth-de-Supergrave disparaisse doucement. Avant de raccrocher, nous parlons de la façon dont il s'est senti la première fois qu’il s’est rendu sur un plateau de tournage en tant que réalisateur . « Je crois que quand j’ai garé ma voiture devant la maison de Sunny, je me suis dit : “Ça y est, c’est le moment que j’ai attendu toute ma vie.“ »

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

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