tirée d'affaire, nan goldin entre en guerre contre le lobby des opiacés

Dernière cible en date : les mécènes du Guggenheim.

par Andrea Nkom
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12 Février 2019, 9:15am

Image via Instagram

« 400 000 dead » « Shame on Sackler. » « Take down their names. » C’est avec ces banderoles sans équivoque que la photographe américaine Nan Goldin s’est rendue au musée Guggenheim samedi dernier, afin d’y lancer un florilège de tracts indignés, accompagnée de son collectif P.A.I.N. (Pain Addiction Intervention Now).

Son but ? Alerter l'opinion sur la crise des opiacés qui fait rage aux États-Unis, cause plus de morts que les armes à feu et trouve des complices dans à peu près toutes les sphères d'influence de la société américaine. Produites en laboratoire, les opioïdes sont des drogues tout à fait légales qui, en dépit de leur fort potentiel addictif, peuvent vous être délivrées en pharmacie - pourvu que vous ayez une ordonnance. Elle-même touchée par un problème d'addiction, Nan Goldin entend compromettre les institutions artistiques tirant leurs financements de labos impliqués dans le commerce des opiacés. Parmi elles, on retrouve - oh suprise - le Guggenheim, dans lequel a eu lieu l'action.

« J'AI SURVECU À LA CRISE DES OPIACES. J'y ai échappé de peu. Je suis sortie de mes ténèbres pour revenir dans le monde, lancée à toute vitesse. J'étais isolée, mais j'ai réalisé que je n'étais pas seule. Quand j'en ai eu fini avec mon traitement, je me suis plongée dans les rapports comptabilisant les décès causés par ma drogue, l'OxyContin, écrivait l'artiste en préambule d'une lettre ouverte publiée par Artforum en janvier 2018. J’ai lancé un groupe, P.A.I.N. (Prescription Addiction Intervention Now), afin qu’ils prennent leurs responsabilités. Pour qu’ils nous écoutent, nous allons viser leur philanthropie. Ils ont blanchi leur argent tâché de sang dans les halls des musées et des universités du monde entier. Nous exigeons que les Sackler et Purdue Pharma utilisent leur fortune pour financer des traitements contre l’addiction et des mesures préventives. Il n’y a pas de temps à perdre », poursuit l'artiste américaine.

Visée par le collectif P.A.I.N., la famille Sackler est à la fois propriétaire de Purdue Pharma, qui produit l’OxyContin – l’une des drogues légales les plus meurtrières de cette épidémie d’opioïdes – mais aussi un important mécène du Guggenheim : une aile du musée, le Centre Sackler pour l’Éducation des Arts, porte d’ailleurs le nom de ses généreux bienfaiteurs. Les activistes n’en sont pas à leur coup d’essai, puisqu’ils ont déjà mené des actions similaires contre les musées d’art d’Harvard, mais aussi tout récemment contre le Metropolitan Museum of Art (lui aussi pourvu de son aile Sackler). Daniel Weiss, président de cette dernière institution, a réagi : « La famille Sackler est liée au Met depuis plus d'un demi-siècle. Cette famille est un vaste groupe qui s'est élargi, dont le soutien au Met a débuté bien avant la crise des opioïdes. » Dans la même déclaration, le musée a cependant annoncé vouloir revoir sa politique d'acceptation des donations.

Alors qu'environ 130 Américains décèdent chaque jour d’une overdose, le collectif P.A.I.N. se montre plus déterminé que jamais. Nan Goldin achève d’ailleurs sa lettre par une phrase prononcée par Arthur Sackler à l’intention de ses enfants : « Nous voulons quitter le monde dans un meilleur état que lorsque nous y sommes arrivés. » La route est longue.

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