de paris à osaka, le rappeur beamer est partout chez lui

Le rappeur franco-japonais du Summum Klan sort aujourd'hui le clip de « Hometown », tourné à Osaka, et extrait de sa première mixtape solo sortie fin janvier.

par Antoine Mbemba
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05 Février 2018, 10:47am

Le Japon est une destination fascinante, rêvée, fantasmée par beaucoup. Pour certains rappeurs français, c’est même devenu une obsession, qu’on essayait déjà de saisir il y a quelque temps, et qui continue de servir de décor aux clips les plus fous. « Il y a un côté très intéressant dans la culture japonaise, explique Beamer, rappeur du Summum Klan. Dans le rap on cherche toujours les trucs matrixés. Et je pense que le Japon fait partie des lieux matrixés du monde. » Et lui peut le dire, ce franco-japonais connaît Osaka comme sa poche, en saisit les rues aussi bien qu’il navigue son 19 ème arrondissement de Paris. Cette influence japonaise, elle infuse toute la première mixtape de Beamer, Homeboy, sortie fin janvier. « Je n’ai jamais vu un rappeur qui soit vraiment au courant du Japon, c’est pour ça que j’essaye d’apporter ma touche. J’avais envie de montrer que je venais de là-bas. Il y a des sons dans ma tape où je parle en japonais. »

C’est justement le cas de « Hometown », dont le clip a justement été tourné à Osaka. « J’y vais depuis que je suis tout petit. Je ne voulais pas faire un clip touristique, mais juste faire comme si je tournais dans mon quartier, à Paris. » Une approche qui colle au refrain, logiquement rappé en japonais, où Beamer assure « Posé sur Amemura, comme sur Paris 19. » Amemura, c’est le quartier préféré de Beamer à Osaka, « le quartier hip-hop, où les gens sont très ouverts, et où il y a des endroits dédiés à cette culture-là. » Une exception bienvenue, dans un pays où le rap reste encore une culture très underground, « pas comme en France, où c’est LA musique d’aujourd’hui. On dit que les rappeurs font du rock, mais c’est surtout les rockeurs qui font du rap aujourd’hui ! »

L’underground, Beamer connaît. Cest le royaume du Summum Klan, dont il partage les rangs avec Jmk$, dont on vous parlait il y a peu, et qui sort une mixtape ce mois-ci. À l’heure où le rap français explose, Beamer comme Jmk$ s’imposent une ligne un peu alternative, une exigence DIY et une liberté créative qui réjouit les oreilles des diggers de Soundcloud et des curieux de l’underground français. « De manière générale, la place qu’a pris le rap dans la musique, c’est une bonne chose. C’est le style le plus bankable et ça ouvre plus d’opportunités pour les rappeurs qui veulent se lancer comme nous. Après, on veut rester underground, faire notre son, tout faire nous-mêmes. Mais, même s’il y a beaucoup de choses que je n’aime pas dans le rap aujourd’hui, plus il y a de variété, mieux c’est. » La variété de Beamer, elle sort de sa chambre, des inspirations sortie de son home-studio « à 5h du matin », et du Japon. Un grand écart géographique, une évidence artistique.

Tourner à Osaka, ce n’est pas une posture, c’est « le résultat d’un voyage. Une manière de ramener un souvenir. Le morceau Hometown, je l’ai fait avec un producteur de Marseille, Buddhakriss, de Just Music beats. C’est lui qui m’avait contacté pour produire un son d’influence japonaise. J’ai estimé que c’était un bon morceau à mettre en image là-bas. » La mixtape de Beamer, c’est un peu ça : des logiques spontanées, un travail de 7-8 mois au fil des inspirations et des intrus qu’il recevait, quand il ne les produisait pas lui-même. « Je voulais faire une sorte de portfolio où je montre toutes mes capacités en termes de rap, de chant, de mixage, de prod etc. » Et montrer, parler, rapper un Japon que beaucoup aiment mais peu connaissent. Un Japon que Beamer aime pour son côté fou mais « organisé », son activité 24h/24, ce quartier hip-hop où, « les gens qui sont dans ce délire y sont à 100%, avec des dégaines de mecs de New York des années 1990 », surtout pas pour sa législation (« si tu veux bédave au Japon, t’es hors-la-loi de ouf, tu vas faire trois semaines de prison pour un micro-joint ») mais avant tout pour « la bouffe ». Nous, on est content d’avoir un ambassadeur japonais dans le 19 ème (et inversement) qui sait de quoi il parle. Et on s’imagine déjà un featuring avec un rappeur d’Osaka. « C’est carrément prévu. J’espère que ça se fera cette année. » En attendant, on va réécouter Homeboy.

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