10 films tellement nuls qu'ils sont géniaux

Des effets spéciaux en carton, un jeu d'acteur au placard et deux lignes de scénario... Voici notre top 10 des nanars les plus stupides, les plus beaux et les plus intemporels jamais réalisés.

par Rob Hill
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18 Juillet 2017, 7:55am

Cet article a originellement été publié sur i-D UK

Généralement, on juge un film « mauvais » quand il est gênant de mièvrerie, de stupidité, d'acteurs à la rue, de réalisation au tractopelle ou de tout ça à la fois. Certains films cochant certaines de ces cases deviennent pourtant nos plaisirs coupables. C'est Road House, ou Grease, dont on saisit aussi bien la cohérence narrative que leur (gros) lot d'inepties et dont on finit par aimer l'émotion outrancière, l'écriture foireuse, les retournements de situations improbables, et tous leurs ratages non-intentionnels qui font finalement leur charme. Un cran en dessous de ces titres mainstream adorés en cachette (ou assumés en rougissant), on trouve les films mauvais, très mauvais, si mauvais qu'ils en deviennent succulents. Les « bons nanars ». Ces films qui transcendent la nullité pour pénétrer avec force dans le temple du culte. Ces films à choyer, puisqu'ils sont des perles au milieu d'un océan de (vrais) mauvais films au triptyque indéfendable : frustrants, déprimant, ennuyeux. Roger Elbert aurait dit un jour : « C'est dur d'expliquer pourquoi on s'amuse autant à regarder certains mauvais films. » Et c'est ça, la clé. « Certains » mauvais films. Il faut trouver le bon genre de mauvais films : ces « bons nanars ». En voilà déjà dix.

Delta Force 2 (1990)
On commence avec un film au budget raisonnable et à l'équipe technique à peu près capable. De quoi classer Delta Force 2 dans la catégorie des « bons » mauvais films. Le titre est un concentré de chauvinisme, comme les studios de seconde zone américains savaient en faire dans les années 1980. Ici, c'est Chuck Norris, tout seul avec ses gros bras, qui déclare la guerre au trafic de drogue (international). Et Chuck Norris est prêt à tout arriver à ses fins : piétiner la souveraineté nationale, le protocole militaire et l'intelligence du spectateur. On s'amuse finalement plus des visions politiques douteuses et de la débilité du film que de sa réalisation bâclée.

Things (1989)
Restons sur ce concept de réalisation bâclée pour évoquer Things, film d'horreur canadien au budget proche de zéro, qui raconte les mésaventures de trois hommes coincés dans une cabane avec une compagnie de petits monstres. Sans en dire beaucoup plus, actons que si Delta Force 2 est un nanar à usage récréationnel, Things n'est destiné qu'à des yeux experts et préparés.

Godzilla vs Mechagodzilla (1974)
C'est dur à croire, mais à l'époque, ce film était un véritable coup de poker méthodiquement pensé. Pour reconquérir une jeunesse trop distraite par James Bond et l'exploration spatiale, le légendaire studio Toho (à l'origine de Godzilla) a sué toute sa créativité pour cet avant-dernier épisode de sa série de films de monstres, « Showa ». Les grands méchants du film sont des envahisseurs extra-terrestres qui tuent le temps en buvant du Cognac dans une base souterraine. On n'essaiera même pas de vous résumer le scénario, presque aussi perché que les costumes.

The Alien Factor (1978)
Le cinéma a sacrément changé depuis les beaux jours d'Ed Wood. C'est pour ça que j'évite autant que possible de m'épancher sur les nanars des années 1950, dans la mesure où même les plus savoureux nous font aujourd'hui ricaner de malaise. On n'a malheureusement plus le contexte nécessaire pour leur rendre justice. Mais l'essence de cet âge d'or du film nul a été transposée avec talent à l'ère du VHS par le scénariste et réalisateur Don Dohler. Son premier film coche toutes les cases du genre : les pires effets spéciaux possible, un jeu d'acteurs sous le niveau de la mer mais un charme irrésistible.

For Y'ur Height Only (1981)
Dans cette parodie philippine de James Bond, le rôle principal est tenu par Weng Weng, champion d'art martial de 83 centimètres (oui, c'est sa taille). Dans ce panthéon des nanars, For Y'ur Height Only a pour lui les pires doublages de tous les temps et un apparent je m'en foutisme vis-à-vis de la sécurité de ses cascadeurs. Mais le soleil dans l'histoire, c'est bien Weng et son charisme tout à lui.

Creatures from the Abyss aka Plankton (1994)
Une liste de cet acabit ne serait pas crédible sans la mention honorable d'un film de série B italien. Creatures from the Abyss n'est peut-être pas l'exemple le plus probant, mais clairement l'un des plus drôles. On y suit un groupe d'ados qui découvre et visite un bateau de recherche abandonné dans lequel évolue une créature marine mutante, radioactive (et volante !) au croisement du poisson et de l'humain. Autant vous le dire, personne ne sort gagnant de cet affrontement.

After Last Season (2009)
En 2009, quand sort la bande-annonce d'After Last Season, on est d'abord tenté de croire à une blague de Spike Jonze. Et au vrai, le film complet n'a pas réussi à se débarrasser de cette étiquette. C'est tout bonnement impossible de classer ce film, de le définir - et donc d'en nier la légitimité ! Le scénario est incompréhensible, mais pour le peu qu'on en a saisi, on y croise des fantômes, on y voit des meurtres et on y visite centre de recherche qui fabrique des puces électroniques. Une fois implantées dans le cerveau, ces puces permettent à leur hôte de voir le monde en effets spéciaux des années 1990 ! Pour certains, After Last Season est un chef-d'œuvre d'avant-garde...

Raw Force aka Kung Fu Cannibals (1982)
On sait qu'un nanar est un bon nanar quand il nous fait rire de sa mièvrerie, de l'incompétence de sa réalisation ou de ses acteurs. On sait qu'un nanar est un mauvais nanar quand on s'ennuie en le regardant. Dans Raw Force, les forces à l'œuvre, justement, sont des ninjas zombies, des piranhas mangeurs d'hommes, des commandos amateur de kung-fu, des nazis contrebandiers et des moines cannibales. Dur de s'ennuyer avec un tel menu. Le film est tellement absurde qu'on peut en oublier les fils scénaristiques censées lier tout ce bordel.

The Room (2003)
Si vous ne connaissez pas The Room, ne vous y trompez pas : votre bagage culturel est encore bien vide. On parle ici du Citizen Kane des mauvais films, d'une œuvre si marquante que sa confection est le sujet d'une comédie hollywoodienne à venir, avec James Franco, Seth Rogen et Bryan Cranston. Généralement, les nanars essayent d'être Rambo, Star Wars ou tout autre titre ayant défini un genre précis. The Room tente d'être Un Tramway nommé désir, et on applaudit son réalisateur, le légendaire Tommy Wiseau, pour cette approche novatrice. Tommy campe également le personnage principal de son film, et sa performance est aussi bizarre qu'elle est devenue mythique. Son ambition et son courage sont un exemple pour tous les réalisateurs en devenir, et The Room restera à jamais un objet d'étude et un des films les agréables à regarder de tous les temps.

Double Down (2005)
Contrairement à ce qu'on a pu dire et penser, le Tommy Wiseau sus-cité est plus fantaisiste qu'il n'est narcissique. Pour se trouver un melon niveau Kanye, c'est au Nevada qu'il faut se rendre, dans l'habitat naturel de l'insaisissable auteur Neil Breen. Pour Double Down, son premier film en tant que scénariste, réalisateur et producteur, il joue Aaron Brand, le meilleur hacker, assassin, biochimiste, agent secret, scientifique informaticien, docteur magicien, détective privé et pilote de chasse de la planète. Et tout ça, on le sait parce que Breen (ou Brand ?) nous l'explique lui-même en voix off. Double Down n'est pas tant un film qu'un flux sans fin de non-sens imagés à l'arrache et dictés par un sociopathe délirant qui a décidé de lister pour nous tous les trucs cool qu'il aurait aimé faire dans sa vie.

The Bad Movie Bible de Rob Hill est disponible via Art of Publishing.

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Texte Rob Hill

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