"The Cockettes in a Field of Lavender," 1970. Photo by Fayette Hauser. Courtesy of Museum of Arts and Design.

les greniers de san francisco regorgent de trésors mode 70's

Le créateur de mode Michael Cepress a passé plusieurs décennies à collecter des vêtements DIY et des photos issus de la contre-culture hippie des années 1970. Il présente aujourd'hui ses trouvailles dans une exposition au Museum of Arts and Design de...

par Alice Newell-Hanson
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22 Février 2017, 11:45am

"The Cockettes in a Field of Lavender," 1970. Photo by Fayette Hauser. Courtesy of Museum of Arts and Design.

« Tout cela s'est fait comme dans les années 1960, affirme Michael Cepress, le conservateur de la future exposition Counter-Couture : Handmade Fashion in an American Counterculture au Museum of Arts and Design de New York. On m'a dit : " Oh, il faut que tu ailles à Petaluma parler avec Sunshine, elle a vécu dans le canyon et brodait des t-shirts." Pratiquement tout s'est fait grâce au bouche-à-oreille.»

« L'une des premières personnes que j'ai rencontrée est Scrumbly » dit-il.

Richard « Scrumbly » Koldewyn était un des membres fondateurs de la troupe de théâtre drag et radicale de San Francisco appelée « The Cockettes » - un groupe de hippies consommateurs de LSD aux tenues artisanales déjantées. Il y a quelques années, Cepress a pris un café avec Scrumbly à San Francisco, et lui a demandé s'il avait conservé des vêtements de son épopée psychédélique. Scrumbly a fouillé dans son placard et, à la surprise de tous, a retrouvé son fameux « costume napperon » - un pantalon pattes d'eph, une veste et un maillot de corps créés de manière quasi professionnelle et très créative. 

Scrumbly of The Cockettes, tirée du livre Native Funk & Flash, 1974. Photo par Jerry Wainwright. Courtesy d'Annie Wainwright et du Museum of Arts and Design.

On aperçoit Scrumbly porter cette tenue dans le livre de mode Native Funk & Flash, une enquête parue en 1974 autour de ce que l'auteure Alexandra Jacopetti appelait « l'art folk contemporain », la fusion artistique de mouvements contre-culturels californiens. Le bouquin archive toute une collection d'images de robes à fleurs cousues mains, de tuniques teintées, de bijoux en perles, de couvertures en patchwork et de toute sorte de jeans brodés. Des images qui inspirent encore la mode aujourd'hui : certaines pièces de la collection Balenciaga printemps/été 2002 de Nicolas Ghesquière, étaient inspirées d'une veste de l'artiste de San Francisco, que Kaisik Wong avait photographié pour Funk & Flash. Un sujet qui a fait polémique à l'époque.

Ce livre a aussi été le point de départ de l'exposition de Cepress. À 15 ans, scolarisé dans un lycée du Wisconsin, Cepress est tombé par hasard sur une copie du livre - un moment d'une intensité rare. « Cela m'a fait réaliser que les vêtements n'étaient pas une simple commodité, ce sont des outils qui permettent de montrer au monde qui nous sommes, dit-il. Cepress possède désormais sa propre marque de vêtements à Seattle et enseigne la mode à l'Université de Washington). « Durant les 10 ou 20 dernières années, j'ai essayé de trouver toutes les personnes qui ont rendu cela possible il y a environ 40 ans - je me suis littéralement glissé dans les greniers des gens, dit-il. Cette histoire est présente tout autour de nous. Il faut juste que quelqu'un fasse le travail et la mette en lumière, et cette personne c'est moi. »

100% Birgitta (Bjerke), Ibiza, 1969. Photo par Karl Ferris. Courtesy de Bellevue Arts Museum et du Museum of Arts and Design.

L'exposition du Museum of Arts and Design, qui débutera le 2 mars, rassemble une collection sans précédent de vêtements, de costumes, de textiles et de vêtements éphémères de l'époque hippie. On y trouve une longue robe de la créatrice Birgitta Bjerke (alias 100% Birgitta) qui avait été dessinée pour la femme de Bob Weir, guitariste des Grateful Dead. Il trouve également une paire de bottes en cuir à motifs cousues par Mickey McGowan, propriétaire du légendaire Unknown Museum de Marin County et qu'on appelait « the Apple Cobbler » / « le cordonnier aux pommes ». Enfin, on peut découvrir une multitude de vêtements créés par de jeunes inconnus venant de tous les États-Unis et fervent défenseurs du Flower Power.

Cepress croit profondément que ces vêtements ne sont pas seulement beaux mais qu'ils ont aussi une importance politique. « La guerre du Vietnam a beaucoup pesé sur cette histoire, confie-t-il. Je pense que ces couleurs vives sont en quelque sorte des actes de résistance. Qu'y a-t-il de plus pacifique que de broder des fleurs sur les habits d'une personne à laquelle on tient ? »

"Hippie Royalty on the Rocks," Ibiza, 1969. Photo par Karl Ferris, vêtements en crochet de 100% Birgitta. Courtesy du Museum of Arts and Design.

Il croit aussi que le retour à l'artisanat traditionnel - comme le tissage, la broderie et la teinture à la main - est un acte anticapitaliste. « Je pense que les jeunes ont compris que le capitalisme n'est pas la solution et que le fait de pousser les gens à consommer toujours plus n'a pas de sens. » À cette période, l'autosuffisance et la liberté d'expression sont devenues des actes de résistance. L'idée, comme le dit Cepress, était de « se montrer tel qu'on était. Tout le monde est unique alors pourquoi ne pas célébrer cette différence ? Par tous les moyens… »

Counter-Couture arrive en 201 tandis que la plupart des petits-enfants de ces artistes atteignent aujourd'hui l'âge adulte. Finalement, l'époque que nous vivons est tout aussi particulière. « Cette relation entre grands-parents et petits-enfants est particulièrement puissante, explique Cepress. Cette exposition a pour but de rassembler ces gens et faire en sorte que les anciens puissent faire passer un message. J'ai très régulièrement l'impression que nous revivons les années 1960. De nombreux problèmes liés au mouvement des droits civiques sont à nouveau visibles aujourd'hui - et autant dire qu'ils n'ont jamais véritablement disparu. »

Kaisik Wong. Photo par Jerry Wainwright, 1974. Courtesy d'Annie Wainwright et du Museum of Arts and Design.

« Les vêtements exposés offrent au public une chance d'apprendre comment gérer tout cela, continue-t-il. Plus tu te présentes de manière authentique mieux c'est. Les vêtements et le style peuvent permettre de mieux comprendre qui on est, malgré toutes les forces culturelles qui nous en empêchent. »

« Counter-Couture: Handmade Fashion in an American Counterculture" du 2 mars au 20 août 2017 au Museum of Arts and Design de New York. »

madmuseum.org

Cockette Daniel, 1970. Photo par Fayette Hauser. Courtesy du Museum of Arts and Design.

Lee Brooks and Alejandro "Alex" Mate of Alex et Lee Jewelry, 1974. Courtesy Annie Wainwright et Museum of Arts and Design.

Sweet Pam, Cockette House, 1971. Photo de Fayette Hauser. Courtesy Museum of Arts and Design.

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographies : courtesy the Museum of Arts and Design

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