Jeanne Moreau, actrice, Paris, 26 juillet 1962, Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation 

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L'exposition "La France d'Avedon, vieux Monde New Look" à la BnF, propose d'explorer les liens entre Avedon et l'hexagone. Une très bonne raison de (re)célébrer l'avant-gardisme du photographe de mode américain.

par Malou Briand Rautenberg
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07 Novembre 2016, 11:20am

Jeanne Moreau, actrice, Paris, 26 juillet 1962, Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation 

À l'origine de cette nouvelle exposition à la BnF, un défilé de 1947 évocateur: "New Look" de Christian Dior. Le couturier français présente alors sa première collection à la presse et en tire le succès que l'on associe désormais à la prestigieuse maison. Que vient faire Richard Avedon dans tout ça ? Déjà épris de la capitale, l'Américain accompagne la rédactrice en chef du Harper's Bazaar, Carmel Snow, à Paris et débute à ses côtés sa carrière de photographe de mode. 

Une première salle est dédiée aux portraits français shootés par Avedon. L'occasion de découvrir les figures tutélaires de l'ancienne école - Cocteau, Colette et Signoret - ainsi que la nouvelle - Léaud et Truffaut, Deneuve ou Sagan - passés sous l'objectif du photographe insatiable. Mis côte à côte, ces tirages magistraux dont la taille impressionne (Loulou de La Falaise trône en grandeur nature dans un coin de la salle), témoignent de l'attachement d'Avedon à la culture française. Ils révèlent surtout le goût prononcé du photographe pour l'art sous ses formes les plus éclatées.

Harper's Bazaar, septembre 1960, pp. 194-5: François Truffaut, Alain Resnais, Alain Robbe-Grillet, Claude Chabrol. Photograph by Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation 

Car plus que la France d'Avedon, l'exposition met en lumière l'avant-gardisme de celui qui a très tôt bousculé les conventions liées au médium photographique. Si l'on connaît bien le photographe de mode, les campagnes en extérieur réalisées pour Dior à une époque où il était de bon ton de leur préférer le studio, ses séries pour Harper's Bazaar et Vogue, la France a surtout été le territoire de ses expérimentations artistiques : mécénat, édition et conception visuelle.

François Truffaut et Jean-Pierre Léaud, réalisateur et acteur, Paris, 20 juin 1971, Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation 

C'est qu'Avedon (1923-2004) nait et grandit dans une époque où le slashing n'est ni une tendance, ni une nécessité. Pourtant, il endosse tour à tour plusieurs rôles : celui d'éditeur (il découvre avant nous l'œuvre méconnue du photographe français Jacques-Henri Lartigue dont il signe la première monographie Diary of a Century), celui de directeur artistique (lorsqu'il s'associe à Nicole Wisniak la fondatrice du magazine Egoïste dont il signe les couvertures dès la fin des années 1980). Il participe aussi à la conception visuelle du film Funny Face de Stanley Donen. Principalement tourné à Paris, le film est inspiré de la vie du photographe. 

Yves Montand et Simone Signoret, acteurs, New York, 23 octobre 1959, photographie Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation 

Le parti-pris de cette exposition est de célébrer ces trois objets artistiques distincts - un livre, une revue et un film - qui rythment le parcours du spectateur et sacrent du même coup l'anticonformisme du photographe américain. Les couvertures qu'il a réalisées pour le magazine Égoïste à la fin des années 1980 dévoilent l'élégance d'une certaine époque : les publicités luxueuses dialoguent avec les photographies d'Avedon et les textes des plus grands écrivains (Marguerite Duras la première, par ailleurs immortalisée par le photographe américain). Andy Warhol y pose torse-nu, dévoilant ses cicatrices les plus saillantes. Sœur Emmanuelle détourne son regard de l'objectif tandis que le jeune Gérard Depardieu, dénudé, imite le penseur de Rodin sous la lumière naturelle. La collaboration entre Nicole Wisniak et Avedon témoigne bien de cette volonté de réunir la mode, la pop, la pub et la littérature dans un objet miroir d'une société chic, frime et crash boursier.

Avedon transperçait la société du regard pour en embrasser les plus belles contradictions. C'est donc sans grande surprise que l'exposition fait dialoguer les portraits des icônes pop (coucou Yannick Noah) avec ceux d'une certaine aristocratie vieillissante (bonjour, princes et princesses du Bal Volpi). Deux mondes se regardent faire. Avedon les a réconciliés. 

Catherine Deneuve, actrice, Los Angeles, 22 septembre 1968, Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation 

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg