les polaroids sexy et troublés de richard kern

Le photographe a rencontré i-D pour parler de ses merveilleux clichés de paysages, d’une dominatrice enceinte, d’un homme avec la tête dans les toilettes et de son nouveau livre qui, pour la première fois, rassemble ses polaroïds.

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02 Mars 2017, 10:35am

« Tu ne peux pas imaginer la vue qu'on a sur la vallée depuis cette chambre d'hôtel » constate Richard Kern en regardant par la fenêtre de sa chambre à Los Angeles. S'il n'était pas au téléphone, on aurait pu penser qu'il cherchait le bon angle pour une photo.

Et si on était dans les années 1980, il aurait utilisé son Polaroid. Désormais il n'utilise plus que son iPhone. Mais pour les nostalgiques, ses plus belles photos sont rassemblées dans son dernier livre, Polarized, sorti le week-end dernier à l'occasion de la Printed Matter's LA Art Book Fair qui a eu lieu au Musée d'Art Contemporain de Los Angeles. 

L'édition limitée du livre du photographe New Yorkais - paru chez Victoria Press avec la participation du Fortnight Institute - rassemble environ 60 polaroids pris entre les années 1980, 1990 et au début des années 2000. Ce livre est un journal visuel qui capture les moments intimes de sa vie de photographe vagabond durant les trois dernières décennies. « Et il n'y a pas que des filles nues, il y a beaucoup de choses, dit-il en riant. Il y a des paysages pris par ma fenêtre, des gitans et leurs caravanes dans les montagnes d'Autriche et de Los Angeles, mais la plupart de ces clichés ont été pris chez moi à New-York. »

Tout a commencé l'année dernière, lorsque les co-fondateurs du Fortnight Institute, les conservateurs Fabiola Alondra et Jane Harmon, ont lancé une exposition des polaroids de Kern à East Village. « Elles voulaient montrer quelque chose que personne n'avait jamais vu, tout a commencé à partir de ce moment là », dit-il.

Kern a acquis une véritable reconnaissance dans les années 1980 en même temps que des artistes comme Sonic Youth, Lydia Lunch et Henry Rollins. Il était initialement connu pour ses films gores affiliés au mouvement du cinéma de transgression (Cinema of Transgression) duquel Nick Zedd était le fer de lance dans les années 1980 et 1990. Il s'est principalement fait une réputation en tant que photographe portraitiste - une de ses premières séries étant des photos noir et blanc de filles armées de revolver en 1987 - et plus récemment il a immortalisé Kylie Jenner sans maquillage, Chance the Rapper sous une lumière rose et Marina Abramovic topless. Ce dernier vend aussi de nombreux livres sur son site web, plus de 10 bouquins aux noms aussi révélateurs les uns que les autres - de New York Girls à Shot By Kern.

Il arrive souvent que les photographes se montrent timides et se cachent derrière leur objectif, particulièrement dans la photographie nue et les clichés provoc'. Avec Kern les choses sont différentes. « Lorsque j'ai commencé à prendre des femmes en photo, à la fin des années 1980, c'était l'excuse parfaite pour me retrouver avec des femmes nues sans tout ruiner en faisant l'amour, dit-il. Lorsque l'on outrepasse cette ligne, tout change. Je me fous de ce que les gens peuvent penser. »

La réalité était différente de ce que les gens apercevaient à travers ses photos. « Tout le monde pensait que je me tapais tous les modèles, alors que lorsque je faisais des shootings à l'étranger, je rentrais toujours dans ma petite chambre d'hôtel en me demandant ce que j'allais faire le reste de la nuit », avoue-t-il.

Kern s'est lancé dans le polaroid grâce au travail de l'artiste grec Lucas Samaras, l'un des premiers à avoir exploité le Polaroid et (…) (an early Polaroid experimenter who manipulated the film while it was processing in the 1970s.) Kern, lui, utilisait le polaroid comme outil de test en amont de ses films et de ses shootings. « Avant le digital, on ne savait pas du tout comment est-ce que la photo sortirait, aujourd'hui il suffit de regarder sur l'écran de l'appareil. »

Dans le livre, on pourra trouver les silhouettes des grattes ciel de New-York, d'obscur crépuscules et quelques photos prises en studio. Dans l'une d'entre elles, un homme nue est accroché avec une corde, les pieds en l'air et la tête dans une cuvette de toilette. « C'est une façon particulière de s'asseoir sur les toilettes, nous rappelle Kern. C'était il y a longtemps, j'imaginais des gens en train de se jeter dans les toilettes et tirer la chasse d'eau, et c'est plus ou moins ce qu'ils font dans Trainspotting. »

Une autre photo montre Lydia Lunch dans un film datant de 1987, Submit to Me Now, un court-métrage dans lequel elle fait l'amour avec un opérateur de téléphonie et où elle arbore une teinture rouge. « Je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme elle, se souvient-il. On pouvait lui proposer n'importe quoi, elle était toujours partante. Rien ne semblait étrange pour elle. »

Sur l'une des photos, on peut voir une femme enceinte portant des sous-vêtements blanc les mains posées sur l'estomac. « C'était une dominatrice, explique-t-il. Je me souviens lui avoir demandé qui l'avait mis enceinte. » 

Le modèle a joué dans son film Sewing Circle, en 1992, dans lequel les lèvres du vagin de Kembra Pfahler sont cousues l'une à l'autre. « Elle joue la couturière dans le film. » Kern n'utilise plus le Polaroid, même en dehors du cadre professionnel. Aujourd'hui, il se déplace avec un DXO One qu'il attache à son iPhone, un appareil minuscule qui tient dans la poche de son pantalon. Selon Kern « il faut faire en fonction de ce que la technologie nous offre. »

La semaine dernière, Kern a été viré d'Instagram après avoir accumulé près de 150 000 followers. Il a dû créer un nouveau compte, et prendre une nouvelle perspective. « Chaque photo que je postais était signalée, j'avais beaucoup de haters, dit Kern. Je postais des photos de garçons qui s'embrassaient ou de filles qui s'embrassaient. Il n'y avait vraiment pas de photos sexuelles sur ma page mais bon, désormais je ferais beaucoup plus attention. »

Credits


Texte : Nadja Sayej
Photographie : Richard Kern