les looks de la nounou d'enfer, c'est moi

Moschino, Dolce & Gabanna : elle est derrière les silhouettes les plus cool de la série. i-D a renconté Brenda Cooper, costumière d'une Nounou d'Enfer et responsable du look "Fran Fine".

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18 Avril 2017, 10:00am

Avant que Carrie Bradshaw nous prouve qu'avoir une garde-robe exceptionnelle était à la portée de toutes (même avec un smic), Fran Fine, son salaire de baby-sitter en poche, montrait qu'on pouvait collectionner les pièces Moschino. Celle que beaucoup considèrent comme une gourou de la mode possédait une arme secrète - Brenda Cooper. La costumière de la série - détentrice d'un Emmy Award - est LA responsable des looks exceptionnels qui inondent encore aujourd'hui votre feed Instagram.

Brenda Cooper et Fran Drescher se sont rencontrées sur le tournage d'une autre série. Elles se sont très bien entendues. Au point que la future « Mademoiselle Fine » promette que si elle obtenait le rôle principal d'une série, elle demanderait à la jeune styliste de la rejoindre. Un an plus tard, la nounou d'enfer prenait vie et Drescher tenait sa promesse. Sur six saisons d'Une Nounou d'Enfer, les deux femmes ont créé un héritage de style qui attire encore aujourd'hui de nouveaux fans. Avec des pièces créées par Marc Jacobs, Azzedine Alaia, Todd Oldham, Anna Sui et Dolce & Gabbana, la série reflète à chaque nouvel épisode, l'esthétique fluctuante des nineties. Pour toutes ces raisons, i-D a retrouvé Brenda Cooper pour en apprendre plus sur l'histoire de nos silhouettes préférés et comprendre la science derrière le style « Fran Fine ».

La frontière entre Fran Fine et Fran Drescher a volontairement été brouillée, est-ce que cette identité visuelle caractéristique a été construite autour de sa personne ?
Non, pas vraiment en fait. C'est avec elle que j'ai eu mon premier job officiel en tant que costumière, nous nous entendions bien et elle me laissait vraiment faire ce que je voulais - ce qui est assez inhabituel. Elle m'a laissé le choix et j'ai tout de suite su, dès le début, que je voulais créer une véritable identité stylistique. Je pense que ça a fonctionné.

Complètement. Quelles étaient vos références à l'époque ?
Honnêtement, je travaille de manière organique et intuitive. J'adore la mode, Fran aussi, on aime le style, donc cela s'est fait naturellement, sans qu'on y pense véritablement. Il y avait un vêtement que j'avais retiré d'une autre série sur laquelle je travaillais avant, une veste Moschino. Je l'ai regardée et je me suis dit que c'était ce que je voulais faire. J'adore la couleur et l'audace, cette veste a été mon inspiration durant toute la série : c'était sexy et insolent. Je voulais aller plus loin tout en restant dans le style. 

"C'était une copie d'une robe Hervé Léger très très chère. Elle coutait $10,000 si je m'en souviens bien. Ils me l'ont prêté une fois mais j'en avais besoin quelques mois plus tard pour un shooting et là, impossible de mettre la main dessus.Donc j'en ai créée une copie. Sur l'image, c'est la copie. J'ai utilisé le néoprène qui n'était pas tellement d'usage à l'époque, pour retrouver l'élasticité de la robe Hervé Léger", explique Brenda Cooper. 

Je me souviens très bien de cette veste. Beaucoup des tenues de Fran sont aujourd'hui comparées à celles de Kate Moss ou de Linda Evangelista. Est-ce que vous étiez impliquée dans la communauté de la mode des années 1990 ?
Je dois être honnête, je ne suivais pas grand chose à l'époque. Je savais ce que j'aimais, et je faisais ce que j'aimais. [Lorsque je travaillais sur la série] J'étais à Beverly Hills et j'avais un budget, donc j'allais faire du shopping pour jeter un œil aux pièces les plus incroyables - mais je ne m'inspirais pas vraiment de personne physique pour créer mes looks. À l'époque, les gens ne prenaient pas tellement la mode au sérieux, enfin selon moi. Mais je me disais, 'bon, j'ai ce job, je vais essayer de m'affirmer ici. Je vais prouver que la mode et le style sont important et peuvent avoir une grande influence.

Il y a eu de grands noms - Dolce & Gabbana, Moschino, Anna Sui - avez-vous travaillé directement avec ces créateurs ?
Il y avait un créateur que j'aimais beaucoup, Todd Oldham, il a été une inspiration et j'ai travaillé avec lui, il nous prêtait des trucs. Mais la plupart du temps j'allais à Beverly Hills pour acheter mes propres pièces. C'était différent à l'époque : ça allait si vite, il me fallait les pièces immédiatement. Je créais environ 70 tenues par semaine - je m'occupais du look de Fran, mais aussi de celui des autres - je n'avais pas vraiment le temps de contacter les créateurs. J'allais dans les boutiques et je passais en revue tous les rayons. À l'époque, Dolce & Gabbana avait beaucoup de personnalité, tous les vêtements avec les fruits, c'était coloré et drôle, leurs vêtements affirmaient ce côté effronté mais toujours avec une pointe d'humour et beaucoup d'esprit.

On dirait le meilleur job de tous les temps. Vous avez remporté un Emmy pour cette série, mais certaines personnes continuent de lui vouer un culte aujourd'hui, sur la toile. Que pensez-vous de cette nouvelle vague d'intérêt ?
J'adore ! Quand j'ai commencé la série je voulais dépasser les limites du temps. Aujourd'hui j'ai repris une vie et une carrière normale, j'ai eu des enfants, donc je n'ai pas vraiment suivi tout cela. J'y suis revenue l'an dernier. Je suis vraiment passionnée de mode, de création et d'affirmation, avec l'humour qu'il lui faut. J'adore toutes les jeunes filles et les ados qui aiment cette série. J'ai encore des amis qui, lorsqu'ils viennent chez moi, veulent que je les habille comme la nounou d'enfer. C'est très touchant. J'ai vu beaucoup de commentaires sur internet, dans lesquels les gens racontent leur vie et expliquent à quel point la série les a aidés à surpasser les contrariétés ou les difficultés quotidiennes. C'est incroyable pour moi. Les gens disent que l'apparence est superficielle mais je pense que c'est très puissant. Cela peut avoir un fort impact sur la façon dont nous nous sentons, nous comportons et sommes perçus par les autres.

Est-ce qu'il existe un look « Fran Fine » selon vous ?
Absolument : il existe une formule Fran Fine. Une jupe noire, un col roulé noir, des talons hauts noirs et une veste. Les vestes étaient longues et j'en ai encore plein chez moi. Je dis toujours que Fran et moi formions une équipe d'enfer. Je travaillais avec elle le mercredi après-midi, on faisait des essayages, j'avais des chariots pleins de vêtements. Je faisais des mix, j'enlevais les manches d'un vêtement pour les ajouter à un autre, j'assemblais les autres. Tous les vêtements que l'on voit dans la série ont été arrangés ou améliorés. C'était un travail d'équipe, elle croyait en moi et c'était simple, le meilleur job de tous les temps ! 

@brendacooperstyle

Credits


Texte : Wendy Syfret
Polaroids backstage, courtesy of Brenda Cooper