11 acteurs et actrices repérés à cannes

Ne cherchez pas, ils sont le futur du cinéma.

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mai 28 2018, 8:42am

Au festival de Cannes, il y a les stars, celles qui se font poursuivre par des hordes de paparazzi à peine sorties de leurs berlines aux vitres teintées, bousculées par des fans en délire cherchant à obtenir un autographe ou – saint graal de la paroisse Instagram – un selfie. Et puis il y a ceux qui arrivent plus timidement, foulant le tapis rouge dans une excitation contenue, pas encore harangués par les photographes pour la bonne et simple raison qu'ils ne connaissent pas leurs prénoms. Ils en doutent peut-être, nous en sommes sûrs : retenez leurs visages, car ils sont l'avenir du cinéma.

VIKTOR POLSTER (Girl, Lukas Dhont – Un certain regard)

Pour son tout premier film, Viktor a décroché le prix d’interprétation Un Certain Regard : un festival de Cannes flamboyant, à la mesure de sa performance dans Girl, film de Lukas Dhont retraçant l’itinéraire d’une danseuse transgenre. Auditionné pour un rôle secondaire au Ballet Royal d’Anvers – l’école dans laquelle il étudie pour devenir danseur professionnel – Viktor est finalement retenu pour interpréter Lara, une adolescente prise dans une double quête : devenir danseuse et surtout, venir à bout de son changement de sexe. « Quand je me regardais dans le miroir, je me voyais comme une fille, parce que je voyais vraiment quelqu’un d’autre. Et en même temps, je savais que Lara, elle, ne se voyait pas comme une fille. C’est toute cette ambiguïté que j'ai essayé d’atteindre dans mon jeu » raconte Viktor. Une expérience inédite pour celui dont l'horizon se limitait jusqu'alors à la danse : « Je veux être danseur mais avec ce rôle, un nouveau monde s’est ouvert à moi. La danse et le jeu d’acteur ont beaucoup en commun ! J’espère que je pourrais pousser encore plus loin cette expérience du jeu au cinéma. » C'est tout ce qu'on lui souhaite.

KHALED ALOUACH (Un couteau dans le cœur, Yann Gonzalez - Compétition officielle )

Il y a un an, on découvrait Khaled Alouach dans De toutes mes forces, beau film de Chad Chenouga autour d'un adolescent livré à lui-même après le décès de sa mère. Envoyé dans un foyer d’accueil, il luttait pour trouver sa place au milieu de jeunes avec lesquels il estimait ne rien avoir en commun, pouvant heureusement compter sur le soutien de la géniale Yolande Moreau. Changement de registre radical, il était cette année à Cannes aux côtés de Vanessa Paradis, Nicolas Maury et Kate Moran pour présenter Un couteau dans le coeur, le nouveau film de Yann Gonzalez en compétition. Histoire d’amour lesbienne sur fond de porno gay, Khaled y incarne un jeune recruté par Anne (Vanessa Paradis) pour jouer dans un film (érotique donc) intitulé « Le tueur homo ». Et s'il a plus la gueule d'un ange que celle d’un tueur en série, il est pourtant clair que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

ADRIANO TARDIOLO (Lazzaro Felice, Alice Rohrwaler – Compétition officielle)

Récompensé par le Prix du meilleur scénario, le deuxième film d’Alice Rohrwaler dépeint un milieu hors du temps, celui de paysans exploités par une marquise condescendante, profitant de leur absence de lien avec l’extérieur pour les réduire en esclavage. Parmi eux, il y a le gentil Lazzaro, incarné par le jeune Adriano Tardiolo, dont la bonté semble ne supporter aucune limite. Mais est-il vraiment naïf, bienveillant ou simple d’esprit ? Touché par la grâce, le personnage de Lazzaro ne vieillit pas. Adriano Tardialo a, lui, à peine 19 ans. Étudiant en économie, il projetait de devenir comptable avant qu’Alice Rohrwacher ne finisse par le convaincre – après un mois de répétitions – de jouer dans son film. « À Orvieto, [lieu de tournage du film] tous ses camarades de lycée voulaient jouer dans le film, à part lui » raconte la réalisatrice au journal Le Monde. Espérons qu’il ait décidé d’abandonner la comptabilité.

SOUHEILA YACOUB (Climax, Gaspar Noé - Quinzaine des Réalisateurs)

Source : http://agence-adequat.com/

Il faut reconnaître à Gaspar Noé un talent pour le casting, auquel ne déroge pas Climax, son dernier film présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. À l'exception de Sofia Boutella, déjà repérée pour ses rôles explosifs dans des blockbusters américains, Noé a misé sur de nouvelles têtes, reconnues à leur endroit – la danse – mais débutantes au cinéma (on croise même Kiddy Smile). C’est notamment le cas de Souheila Yacoub, qui après une formation au Cours Florent et un passage remarqué au théâtre chez Wajdi Mouawad, s’est vue confier un personnage raccord avec son passé d'acrobate (elle a été membre, pendant 6 ans, de l'équipe nationale suisse de gymnastique rythmique). Toute en souplesse et en intensité, elle incarne Lou, une jeune femme qui se laisse, au fil de la nuit, happer par une transe hallucinée.

DYLAN ROBERT ET KENZA FORTAS (Shéhérazade, Jean-Bernard Marlin - Semaine de la critique)

Fait trop rare au cinéma, le casting de Shéhérazade – premier long-métrage de Jean-Bernard Marlin – reflète le sujet même du film : des jeunes issus des quartiers nord de Marseille tentent de survivre entre délinquance et désir de liberté. Comme les personnages qu’ils incarnent à l’écran, Dilan Robert, Kenza Fortas (et Idir Azougli, second rôle lumineux) ont grandi aux prises avec une société les reléguant à sa périphérie. Comme eux, ils connaissent la précarité, la violence, l’exclusion mais aussi le rêve d’exister ailleurs et pour autre chose que ce à quoi on veut les résumer. Portant à la lumière des personnages trop absents de la fiction, Shéhérazade révèle, au passage, des comédiens incandescents.


FELIX MARITAUD
(Sauvage, Camille Vidal-Naquet - Semaine de la critique)

Photo : Erick Faulkner

Son visage vous est familier : vous l’avez découvert en militant d’Act-Up dans 120 battements par minute, en bellâtre alangui dans le court-métrage de Yann Gonzalez Les îles, à moins que ce ne soit dans les lignes d’i-D. Cette année, Félix Maritaud avait deux nouvelles raisons d’être à Cannes : filmé par Yann Gonzalez dans le rôle d’un acteur porno rompu au comique de situation, il trouvait son premier grand rôle dans Sauvage, long-métrage réalisé par Camille Vidal-Naquet. Présenté dans le cadre de la Semaine de la critique, le film raconte l’errance de Léo, jeune prostitué en quête d’hommes et de tendresse. Sensible et cabossé, Félix Maritaud y transperce l’écran d’une présence embrasée par des forces contraires – l’amour et la violence.

GRACE SERI (Un violent désir de bonheur, Clément Schneider – ACID)

Dans Le bleu blanc rouge de mes cheveux, court-métrage de Josza Anjembe
nominé aux César, Grace Seri incarnait une bachelière décidée à obtenir la nationalité française pour mieux se rattacher au pays dans lequel elle avait grandi. Questionnement autour de l’identité et de la politique « d’intégration » prônée par la France, le film révélait la force de jeu de Grace Seri, jeune comédienne formée au Conservatoire National d'Art Dramatique. À Cannes, elle était à l'affiche du premier film de Clément Schneider, dont le titre – Un violent désir de bonheur – se révèle à la hauteur de la force poétique. Dans ce film littéraire et en costumes autour de la révolution, elle montrait à ceux qui en doutaient encore que le jeu peut, lui aussi, se faire insurrectionnel.

ROSY RODRIGUEZ et ZAIRA MORALES (Carmen et Lola, Arantxa Echevarría - Quinzaine des Réalisateurs)

Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, Carmen et Lola raconte la naissance d’un amour entre deux filles issues de la communauté gitane. Du poids de l’interdit familial vers l’acceptation de leur attirance mutuelle, le film rend compte de leur combat pour être libres et s’affranchir du sort de mères au foyer traditionnellement assigné aux femmes gitanes. « Il me fallait trouver des filles qui acceptent de jouer ce rôle et soient prêtes à courir le risque d’être rejetées par leur communauté » explique sans détour Arantxa Echevarría, la réalisatrice. Révélées par un casting sauvage qui aura duré plus de 6 mois, Rosy Rodriguez et Zaira Morales portent avec courage un film dont elles ne ressortiront pas indemnes, et qui marquera, on l’espère, le début de leur carrière au cinéma.

LORENZO FERRO (L’ange, Luis Ortega – Un certain regard)

Buenos Aires, années 70. Voleur à la petite semaine, Carlos rencontre Ramon, un jeune avec qui il va rapidement grimper les échelons de la violence, traversant une adolescence agitée, jusqu’à commettre une dizaine d’homicides. Ce fait divers a inspiré Luis Ortega pour L’Ange, film présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard. Rôle principal de ce troublant récit d'apprentissage, Lorenzo Ferro épouse à merveille le surnom donné à l’assassin argentin : « The Angel of the Death ». Petit prince aux boucles d’or, son personnage cultive une ambiguïté sexuelle qui séduit hommes et femmes et sème un tel trouble qu'il est aujourd'hui entré dans l'imaginaire collectif argentin. Avec ce tout premier rôle taillé pour sa sensualité juvénile, il y a fort à parier que Lorenzo Ferro ait réussi à braquer l'avenir du cinéma.