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FELPA GOSHA RUBCHINSKIY. PANTALONI ALLSAINTS.

les misfits ont trouvé leur héros, il s'appelle finn wolfhard

Jack Sunnucks

Il nous avait déjà conquis dans le rôle de Mike Wheeler, personnage de Stranger Things, la série la plus addictive de 2016. Cette année il brille dans ÇA, la nouvelle adaptation ciné du thriller de Stephen King qui nous a fait détester les clowns.

FELPA GOSHA RUBCHINSKIY. PANTALONI ALLSAINTS.

Cet article a été originellement publié dans le n°349 (automne 2017) d'i-D, The Acting Up Issue.

À seulement 14 ans, l'âge où la plupart des adolescents se demandent encore comment échapper à un contrôle de maths, Finn Wolfhard a déjà incarné les scènes plus glaçantes récemment vues au cinéma. Il y a un an à peine, on le découvrait dans la série Stranger Things dans laquelle il mène un gang de pré-ados rebelles, en duo avec Millie Bobby Brown, et tente de faire face à des scientifiques diaboliques. On le retrouve aujourd'hui à l'affiche du film ÇA, qui alimente tout autant une certaine nostalgie des années 1980, et dans lequel Finn continue de combattre des monstres.

L'affiche en elle-même suffit à terroriser – le téléfilm de 1990, avec Tim Curry dans le rôle de Pennywise, avait traumatisé plusieurs générations d'enfants. La nouvelle version du film promet de faire le même effet, avec Bill Skarsgard dans le rôle du clown le plus effrayant de toute la pop culture. Finn a t-il lui-même pris peur en jouant ce rôle ? « Jouer dans un film d'horreur peut être effrayant par moments, admet le jeune acteur canadien. Après tout, quand il s'agit d'une scène d'horreur, il faut bien se plonger dedans ! »

Finn porte un sweatshirt vintage Billy. Chaîne du styliste.

ÇA suit une bande turbulente composée de six garçons et d'une fille, autoproclamée « Club des Losers », qui tente d'anéantir l'inquiétant clown Pennywise. Ces misfits aux parcours singuliers font du film bien plus qu'une simple histoire de clown pourchassant des préadolescents. Bill bégaie, ses parents sont distants, Ben est moqué à cause de son poids et Beverly est abusée sexuellement par son propre père. Des profils atypiques qui noircissent le tableau et se montrent plus proche de l'esprit du livre de Stephen King publié en 1986 que ne l'a été le téléfilm en deux parties des années 1990. « Je joue Ritchie, un enfant qui jure à longueur de journée. Il est persuadé d'être drôle, même si tout le monde n'est pas de cet avis. Pour lui, la parole se transforme en mécanisme d'autodéfense. »

Pour le réalisateur argentin Andrés Muschietti, il était essentiel que ce Club des Losers fonctionne comme un vrai groupe d'amis. Il a donc réuni les jeunes comédiens quinze jours avant de commencer à tourner. « Au total, nous avons passé trois mois et demi ensemble. On allait tous les sept dormir chez Wyatt [l'un des jeunes comédiens]. C'était une vraie colonie de vacances. »

Sweatshirt Gosha Rubchinskiy. Pantalon All Saints. Ceinture du styliste. Chaussettes Haynes. Chaussures Golden Goose

À l'instar de Stranger Things, Ça est un film superbement nostalgique où les enfants font du vélo, se cachent dans les placards de la cuisine et luttent contre des créatures surnaturelles. « Aujourd'hui, tout le monde a le nez collé sur son écran. Ça fait partie de notre culture mais dans les années 1980, ce n'était pas le cas. C'était une période plus aventureuse. »

Les mêmes questions se posent toujours assez vite sur les enfants acteurs. Mais pour quelqu'un ayant été exposé à la célébrité si jeune (il joue la comédie depuis ses huit ans), Finn est remarquablement normal. Et cette normalité, il l'attribue en partie au fait que sa famille a toujours refusé de déménager à Los Angeles, comme c'est souvent le cas dans les familles d'enfants acteurs. La sienne vit à plus de 1500 kilomètres au nord de la Cité des Anges, à Vancouver. Quand on lui demande si cette géographie l'aide à garder les pieds sur terre : « Peut-être. Mais je pense qu'au-delà de la ville, ça dépend surtout du quartier, du voisinage, des gens que tu connais et de tes amis. » Et peut-être aussi de ses passions. Parce que Finn en a une autre, qui le nourrit : la musique. Il a une guitare qu'il n'hésite pas à gratter le plus fort possible, notamment pour reprendre Lithium, de Nirvana, pour une petite vidéo qui aura fait son effet sur le net. « Jouer de la guitare me détend, » explique Finn. Et ses goûts musicaux en attestent. Derrière son grand amour pour les Beatles, il classe « Mac DeMarco, Twin Peaks, Phoenix, White Reaper et Post Animal » parmi ses groupes préférés.

Sweatshirt vintage Billy. Jeans All Saints.

Depuis l'incroyable succès de Stranger Things, Finn a engrangé 1,3 million de followers sur Instagram. Autant d'âmes qui inondent les commentaires de ses photos de théories toutes plus farfelues les unes que les autres sur la série, de requêtes pour des vidéos ou d'affolement général sur la saison 2. « Je pense que les gens vont être tout aussi excités, voire plus, nous dit-il en évoquant cette seconde saison qui sortira le jour d'Halloween sur Netflix. Ne vous imaginez pas que la série ne sera pas à la hauteur de sa hype. Elle l'est. Les personnages sont les mêmes, mais on va plus loin, plus sombre… »

T-shirt vintage what goes around comes around, LA. Pantalon Gucci. Caleçon American Eagle Outfitters. Casquette Stüssy.

La communauté en ligne de Stranger Things est certainement l'une des plus animées du moment. Un groupe de passionnés qui aiment débattre et soumettre leurs théories capilotractées sur les origines du monstre de la série ou de son héroïne au crâne rasé, Eleven. Cet environnement, cette hype des plus enivrante a préparé Finn à la cacophonie qui entoure aujourd'hui le remake de ÇA. « Je me doutais que ça allait arriver, assure-t-il. Quand ça s'est su qu'on tournait ce film, les gens sont devenus fous. » Et pas pour rien : le nouveau cru ÇA est bien plus réussi et nuancé que le téléfilm original. Muschietti y développe (tout en somptueux Technicolor) ce qu'être un enfant signifie. Plus profond encore : ce que cela veut dire, d'avoir une enfance. Est-ce que l'innocence nous arme contre la tragédie, ou faut-il en être blessé pour y survivre ? Est-ce facile d'être courageux ? Nos parents peuvent-ils nous protéger ? Tous les enfants que l'on croise dans le film sont profondément humains, plein de défauts et remplis de courage, à l'inverse des personnages cultes des Goonies, dans les années 1980, franchement plus monocordes. « On fait un film complètement différent, qui s'intéresse plus aux liens d'amitié, assure Finn avant de conclure, triomphant : Et Stephen King adore ce genre d'histoires ! »

T-shirt vintage Billy. Pantalon All Saints.

ÇA est un brillant film d'horreur, avec tout ce que cela sous-entend d'effets spéciaux magnifiques et de sursauts. Mais il se démarque un peu plus du reste des films de son genre en mettant l'accent sur les horreurs du quotidien auxquelles les enfants doivent faire face : l'intimidation, le harcèlement, le manque d'opportunités. Quand on demande à Finn quelles sont ses frayeurs, celles relatives au monde réel, il reste pensif avant de répondre. « Je ne vais pas donner de réponse très originale, commence-t-il, très sérieux. Le racisme, les stéréotypes, le sexisme, l'homophobie. Tous ces problèmes sont encore bien vivaces, mais ce qui est bien quand on a 3 millions de followers sur Twitter, c'est qu'on à le pouvoir de présenter ces problèmes à tous ces gens, leur dire qu'ils existent et comment y faire face. Allez manifester, signez des pétitions. C'est une forme de pouvoir vraiment cool, utile. » Ça doit être sympa d'être cool, mais c'est surtout cool d'être sympa. « Je ne pense pas être un modèle pour l'instant. Je ne suis pas assez vieux, conclut Finn. Mais ça fait plaisir de voir des gosses qui te suivent et parfois te prennent en exemple. » Peut-être pas encore un modèle, mais avec toute cette bonté et tout ce cool à revendre, Finn Wolfhard est sûrement le héros dont nous avons besoin. Et qui sait, quand il sera plus âgé, il s'attaquera peut-être aux monstres du monde réel. Pour l'instant, on le laisse se débarrasser de ceux du grand écran.

Sweatshirt vintage Billy. Jeans All Saints.
Chemise et pantalon All Saints. T-shirt Billy. Casquette Stüssy.
Hoodie Stüssy. T-shirt et pantalon All Saints.

Credits


Texte Jack Sunnucks
Photographie Matteo Montanari
Stylisme Celestine Cooney
Grooming Ramsel Martinez, Lowe & Co avec R+Co. Accessoires stylisme Brynn Bowen, Streeters. Assistance photographie Leonardo Ventura, Greg Granaghan et Angelo Sgambati. Technicien numérique Clay Rasmussen, Milk Studios. Assistance stylisme Jordan Wright. Production Fox & Leopard. Retouche Postmen.