Raffael Cariou

loulou robert, héroïne comme les femmes de ses romans

Il y a quelques jours, l'ex-mannequin et auteure de 25 ans publiait son troisième ouvrage, Mue. Un recueil de nouvelles qui explore les désirs féminins de façon neuve, plurielle, sensible et utile.

par Malou Briand Rautenberg
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30 Novembre 2017, 10:39am

Raffael Cariou

À l’heure où nos pensées se bradent sur Twitter, où nos révoltes se déclinent en hashtags et nos émotions en carrés sur Instagram, se lancer dans l’écriture d’un livre relève de l’héroïsme. Un roman, un recueil, une nouvelle ne se scrollent pas. Leur existence a quelque chose d’anachronique. Loulou Robert l'a bien compris. Et n'en a jamais eu peur. Celle qui foulait le podium de Chanel et posait sous l’objectif de Terry Richardson il y a deux ans à peine a quitté le mannequinat sans remords. « J’ai compris que je n’avais plus rien à attendre de ce milieu, avoue-t-elle au téléphone , avant de se reprendre : Enfin, si je dois en parler, je l’écrirai. Histoire de raconter ce que j’ai vécu. Pour éviter que d’autres le vivent à leur tour et que les abus se perpétuent. » Lucide. Pour la jeune mannequin originaire de Metz et débarquée à Paris à tout juste 18 ans, l’écriture est venue d’un coup, sans crier gare : « J’ai ressenti ce truc dans mes mains, au bout des doigts: il fallait que j’écrive, vite, sans trop réfléchir. » Son écriture brute et fulgurante a donné naissance à deux teen-romans : Bianca (paru en 2016) et Hope (2017). Deux opus aux airs d’autobiographie qui retranscrivent la complexité du passage à l’âge adulte, l’être et le devenir-femme – sur un campus, dans la ville ou face à l’objectif.

Mue, son dernier recueil de nouvelles publié il y a quelques jours aux éditions Holiday Deluxe, ne déroge pas à la règle. L’ouvrage préfacé par une autre jeune femme de la littérature française (Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016) et illustré par le photographe anglais Suffo Moncloa, retrace le parcours de dix jeunes femmes, tous backgrounds et ambitions confondus. C’est l’histoire de Sam, boxeuse afro-américaine qui retourne sur le ring après une greffe du Cœur, d’Ange qui s’apprête à devenir Angie, de Rosie qui fuit sa province pour rejoindre Paris ou de Yù qui succombe à son premier amour. Des parcours atypiques narrés à la première personne qui jettent un regard neuf, pluriel et sensible sur les désirs féminins : « Ce qui unit, relie toutes ces femmes issues de milieux très différents, c’est une aspiration à être libre. Tous mes personnages se libèrent d’un poids. Que ce soit l’emprise d’un homme, d’un milieu social, d’un sentiment de peur ou de honte, de leur corps. »

Avec la sororité pour mantra, les héroïnes de Mue incarnent, chacune à leur manière, un impératif commun et nécessaire : l’urgence à faire front toutes ensemble. « Le corps de la femme est cloisonné, contraint, de plein de façons. On subit des injonctions de toute part et par tout le monde, tout le temps. D’où ce besoin d’être solidaires entre femmes, de s’entraider. J’ai conçu ce recueil avec cette idée en tête. Je me suis mise à la place, dans la tête et le corps de toutes ces femmes qui ne se connaissent pas mais se parlent, se répondent et s'entraident, » explique Loulou avant d’ajouter : « Je ne voulais surtout pas victimiser ces femmes. Au contraire, je voulais qu’elles soient fortes, puissantes, fières et sûres d’elles. En hommage à toutes les femmes qui m’ont inspirée. » La conversation se termine sur ces mots. On raccroche. On scrolle son feed Facebook, on jette un œil aux dernières news, on se remémore les voix qui, à l’unisson, se sont élevées contre le patriarcat ces derniers mois – et on se dit que Mue est décidément bien tombé.

Retrouvez Mue de Loulou Robert, publié chez Holiday Deluxe, ici.

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