les kids polonais ont une nouvelle passion : le bmx

La photographe Tori Ferenc d'origine polonaise, est retournée dans sa ville natale pour documenter cette communauté naissante et acharnée.

|
mai 12 2016, 1:14pm

La photographie est un prétexte pour Tori Ferenc. La pratique lui permet de rencontrer plein de gens, partout dans le monde. De la communauté juive hassidique de Stamford Hill aux enfants kurdes exilés de Dunkerque, ses tirages en noir et blanc capturent la pluralité des identités. Pour son dernier projet, Tori est repartie dans sa terre natale, la Pologne, pour immortaliser la scène BMX en pleine ascension. "Quand t'es jeune et que tu t'ennuie là-bas, y'a pas beaucoup d'options, confie Tori. Mais ces mecs ont trouvé leur passion, le BMX, et ne s'arrêtent plus." Cette communauté nous a intrigué, on en a profité pour parler à Tori des contre-cultures en Pologne et des liens qu'elle tisse avec ses modèles, à travers sa pratique de la photo. 

Tu peux nous parler de ta ville natale, en Pologne ? À quoi elle ressemble ?
Elle est toute petite. Adolescente, je me plaignais toujours qu'il n'y avait rien à faire là-bas. À l'époque, le pays se remettait tout juste du communisme et beaucoup de gens ont perdu leur travail parce que les usines devaient s'adapter aux lois du capitalisme. Même si la situation économique est plus apaisée aujourd'hui, l'idée de latence et d'immobilité court toujours les rues et le pays. Comme si le temps s'était arrêté. Beaucoup de mes amis d'enfance qui sont partis chercher du boulot ailleurs retournent aujourd'hui chez eux, après des années d'absence. Ils font des trucs géniaux pour booster la créativité du pays et de leur ville. C'est un bon présage pour le futur de la Pologne.

Qu'est-ce qui a poussé les jeunes de ta ville à se mettre au BMX ?
Je pense qu'ils s'y sont mis parce que c'est un sport hyper dur qui demande pas mal de pratique. Ces mecs sont passionnés par le BMX. La plupart ont commencé très jeunes. Ils se pètent la gueule chaque jour. Quand ils réussissent leur journée, ils sont tellement fiers et heureux. Un des garçons m'a dit que la meilleure sensation du monde, c'est de sentir son corps quitter le tangible. Un peu comme dans l'avion ou quand on fait un 360 flip. Et puis l'autre raison qui les pousse à faire toujours mieux, c'est le sens de la communauté. Ces gars-là sont comme des frères. 

Est-ce que la relation que tu noues avec tes modèles joue un rôle important dans ta photographie ?
Elle est même cruciale. J'ai besoin de nouer des liens très fort avec les gens que je photographie. Sinon, j'ai l'impression de louper quelque chose et de rester à la surface. Mais je ne force jamais les choses. De la même façon, je peux pas promettre à quelqu'un que la photo sera à la hauteur de ce qu'il attend de moi. Il faut rester honnête. C'est toujours un peu tendu pour ces raisons. La beauté dans la photographie, c'est tellement subjectif. On ne parvient à capturer qu'un bout du réel, donc tout peut être manipulé, retourné. Ces mecs m'ont fait confiance parce que mon cousin est un des leurs, c'est lui qui m'a présenté au reste du groupe. Ma présence ne les gênait pas du tout, ils m'ont tout de suite acceptée.

Quelle est la particularité de la scène BMX polonaise ?
Je crois pas qu'elle soit si différente des autres. Sauf que le BMX est tout nouveau en Pologne - alors qu'aux États-Unis, son histoire remonte aux années 1970. Les mecs de ma ville natale ont du construire leur propre skatepark, parce que les autorités ont décrété que la pratique était illégale. Elles ont carrément démonté le seul skatepark qui avait été construit depuis des années. 

C'est quoi ton secret, pour partir à la rencontre des communautés dont on n'entend jamais parler ? Comment trouves-tu tes sujets ?
Pour être honnête, y'a plein de manières de trouver de nouveaux sujets. En général, j'essaie juste de tendre l'oreille et d'ouvrir les yeux. Si je documente ces communautés, c'est parce qu'elles me font découvrir de nouvelles facettes des identités à travers le monde. En tant qu'expat, il m'est difficile de comprendre exactement cette solidarité. Partout où je vais, j'essaie de trouver des gens réunis ensemble et je les photographie. Je vis à Londres en ce moment, dans le Sud et du coup, je m'intéresse beaucoup aux communautés qui vivent à Peckham et Brixton : je mixe photo de rue et portraits. Je vais dans la rue, je discute avec les gens du quartier et je leur demande si je peux les photographier. Tout récemment, j'ai eu une obsession pour les abeilles et j'ai photographié ceux qui s'occupent d'elles dans la ville. Parfois, c'est le hasard total et quelqu'un me fascine alors je sors mon appareil photo. Depuis peu, je collabore avec une amie : elle m'a demandé de prendre des portraits d'un mec qui est musicien et qui fait du jazz, en amateur. Il joue dans un pub qui s'appelle le Mile End. J'y allais tous les soirs et soudain, j'ai rencontré ce groupe de vieux qui chante des classiques, genre du Frank Sinatra. C'était complètement inattendu. Je me suis juste dit qu'il fallait que j'immortalise cette micro-communauté. 

Qu'est-ce qui te plait le plus dans ton travail ?
J'adore l'idée que la photographie connecte les gens. Grâce à cette pratique, je rencontre des tonnes de personnes et j'écoute leurs histoires. Je pourrais le faire spontanément, sans l'excuse de la photo, mais ça m'aide à dépasser ma timidité et mes limites. J'adore avoir le trac, développer mes photos, attendre de voir ce que rend l'image : tout ce processus me plait énormément. J'apprends encore plein de trucs aujourd'hui. C'est assez magique, en fait. Et puis j'adore me promener dans les rues et attendre d'u trouver quelque chose. C'est cool.

Quelle est la future destination que tu as en tête, pour un nouveau projet ?
Il y a beaucoup d'endroits que j'aimerais découvrir, mais la Chine est tout en haut de ma liste. Il y a quelques décennies, les abeilles et les autres insectes ont disparu de la plupart des régions du pays en raison de l'utilisation intensive de pesticides, censés éradiquer les colonies de mouches et moustiques. Depuis, les agriculteurs chinois ont à monter dans les arbres et polliniser à la main, à l'aide de petites brosses. Je pense que beaucoup de gens ne se rendent pas compte à quel point l'impact que nous avons sur l'environnement est phénoménal. Si je peux aider à sensibiliser une partie de la population qui ne regarde pas les choses en face, c'est déjà pas mal. 

Credits


Texte : Lula Ososki
Photographie : Tori Ferenc