la jeunesse américaine en colère, de 2012 à aujourd'hui

Depuis 2012, le photographe Peter Voelker immortalise ceux qui manifestent et se battent pour plus de justice sociale aux États-Unis. Un nouvel ouvrage rassemble ses clichés.

par Alice Newell-Hanson
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14 Octobre 2016, 2:45pm

« Je voulais montrer l'importance de la contestation. Montrer que ce n'est pas qu'un hashtag, » affirme Peter Voelker. Le nouveau livre du photographe basé à New York, System Change Not Climate Change, sort cette semaine en même temps qu'une expo lui est consacrée à la Doomed Gallery de Londres. L'exposition présente 35 images prises entre 2014 et 2016 pendant des manifestations américaines pour la justice sociale ou l'environnement.

Les photos de Volker laissent les camps de manifestants, entre champs de maïs et autoroute, les pancartes peintes à la main par ceux qui réclament plus de justice raciale ou encore des moments de silence intense au milieu de foules new-yorkaises. « J'ai voulu présenter un projet très personnel et honnête, et représenter au mieux la passion qui habite ces endroits-là, » raconte-t-il. « J'ai envie de promouvoir l'idée même de manifestation. » Voelker a parlé à i-D, des perceptions biaisées du mouvement Black Lives Matter à ses années passées à travailler avec Ryan McGinley.

Pourquoi choisir ce moment pour présenter ce type de travail ?
Vu le climat politique actuel, l'élection présidentielle et l'augmentation des manifestations contre les violences policières, il m'a semblé que c'était le bon moment pour partager ça. J'étais convaincu que j'avais suffisamment de matière pour générer de la discussion et une prise de conscience.

Quand as-tu embarqué un appareil photo en manifestation pour la première fois ?
Depuis la mort de Trayvon Martin, j'ai ce besoin de participer et de manifester, donc j'ai participé à beaucoup de marches. Mais ce n'est qu'à partir de la mort d'Eric Gardner à New York que je me suis mis à prendre mon appareil avec moi et que j'ai décidé de documenter cette situation. J'expose à Londres parce que j'ai le sentiment qu'il y a beaucoup de parallèles à faire, vu la popularité grimpante des mouvements d'extrême droite. Je voulais partager et démontrer l'importance des manifestations. Trop souvent à New York, on entend des gens comparer ça à des émeutes. Ce ne sont pas des émeutes, les marches se font dans la paix, sont composées de gens qui sont en deuil et qui tentent d'éveiller les consciences.

Quel genre d'images tu recherches ?
Quand j'y suis, je capture tout ce qui attire mon regard. Mais, par exemple, je n'ai pas inclus dans le livre de photos d'officiers de police. Je ne voulais pas souligner la confrontation. Je voulais me concentrer sur l'énergie des manifestations, et sur les raisons de leur existence : le combat pour l'égalité, la justice sociale. Quand je suis sur le terrain, je capture tout. Et quand j'édite, je suis plus attiré par les moments intimes. J'espère montrer que ces gens sont des humains, pas un simple hashtag. Leur but n'est pas d'être une nuisance ; ces gens sont en deuil et se battent pour le changement.

Ça fait maintenant plusieurs années que tu documentes ces manifestations. Tu trouves que l'atmosphère a changé ? Les gens y sont plus ou moins optimistes qu'avant ?
Je pense que le mouvement est clairement un succès. Il a généré de vraies discussions et il s'élargit à l'extérieur des États-Unis. Il y a des marches à Londres et Rio de Janeiro. Je pense que c'est un succès, mais qui souvent très incompris. Mais les gens sont dans l'ensemble très optimistes.

Quelles idées fausses se fait-on des manifestants et du mouvement Black Lives Matter, selon toi ?
J'étais à la convention républicaine à Cleveland, et il y avait un tas de manifestants avec des pancartes marquées « les BLM sont des voyous », qui jetaient un raccourci et un discrédit facile sur toute une organisation. C'est une forme flagrante de racisme. BLM est une organisation, mais c'est aussi bien plus que ça. C'est intéressant de constater que toute sorte de manifestation avec des gens de couleur est étiquetée BLM, alors qu'elles ne sont pas forcément organisées par BLM. Le mouvement a pris un sens bien plus large, mais le groupe en soi, le noyau dur est tenu et géré par trois femmes. Trois lesbiennes noires, c'est vraiment puissant. Les idées fausses que l'on se fait sont celles qui voient dans BLM des émeutiers en colère. En réalité, ce ne sont que des gens passionnés qui veulent dialoguer et se battre pour changer les choses. Ils veulent travailler avec les autres, ils ne sont pas fermés. L'égalité bénéficie à tout le monde ; pas à un seul groupe.

Comment as-tu trouvé le titre du livre ?
Je l'ai vu sur de nombreuses pancartes à travers le pays. C'est un jeu de mots, sur notre climat politique, rapidement changeant, et le changement climatique mondial. Nous devons combattre le racisme, les problèmes systémiques de la société, le manque d'égalité. Nous devons nous soucier de cela comme nous nous soucions du changement climatique. Beaucoup de gens ne considèrent pas le dérèglement climatique comme un vrai problème. C'est dingue.

Comment ton temps passé à assister Ryan McGinley t'a aidé pour ce projet ?
Ryan est très politique, dans sa vie personnelle. Je me souviens d'avoir été dans son studio pendant la nuit de la victoire d'Obama en 2008, et je me souviens de la fierté que nous avions tous les deux. Très tôt dans notre amitié, on a eu des conversations politiques très engagées. En travaillant avec lui, j'ai énormément voyagé dans le pays, dans de petites villes, et travaillé avec une grande variété de personnes, et je pense que ça a construit ma compréhension du monde, des différences de cultures et des écarts sociaux. Que je l'ai réalisé ou pas à l'époque, il m'a vraiment aidé. Il m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. 

L'exposition "System Change Not Climate Change" est ouverte au public jusqu'au 16 octobre à la Doomed Gallery à Londres. 
petervoelker.com

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographie :  Peter Voelker

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