william eggleston, le photographe qui inventa la couleur

La National Portrait Gallery de Londres consacre une rétrospective à l'homme qui a révolutionné la photo.

par Clementine de Pressigny
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01 Août 2016, 8:40am

Untitled, 1974 (Karen Chatham, left, with the artist's cousin Lesa Aldridge, in Memphis, Tennessee) by William Eggleston, 1974 Wilson Centre for Photography ©Eggleston Artistic Trust

William Eggleston est né à Memphis, dans le Tennessee, en 1939. Il y vit encore aujourd'hui. William est assez largement considéré comme l'un des plus grands photographes encore en vie. Un artiste authentique. Né de l'aristocratie, ce gentleman sudiste a été connu pendant longtemps pour son amour sans faille de l'alcool fort et la cigarette. Et pourtant, jamais il n'aura eu le temps d'examiner l'ésotérisme de son art. Eggleston a réservé des retours et des réponses froides aux intervieweurs assez prétentieux pour penser élucider une quelconque approche cérébrale potentiellement nichée dans ses photos. Tenter de les expliquer, c'est déjà les réduire.

En 1957, il met la main sur son premier appareil photo, un Canon Rangerfinder. Depuis, il ne s'est jamais arrêté de prendre des photos. Il est connu (encore) pour avoir totalement révolutionné l'utilisation de la couleur dans la photo d'art ; quittant la noir et blanc conventionnel pour des couleurs hyper chargées. Mais Eggleston n'a pas toujours été universellement acclamé. Sa rétrospective au MoMa en 1976 a été l'objet de violentes critiques, outrées par une matière première jugée banale, un style photographique jugé trop désinvolte et son utilisation amplifiée de la couleur, jugée inadaptée au-delà de l'imagerie publicitaire. Mais Eggleston s'en foutait, jusqu'à en avoir de la peine pour ces détracteurs, incapables de se projeter hors de leur zone de confort. Et puis il savait qu'ils finiraient par comprendre son œuvre. Ce fut bien évidemment le cas. 

Untitled, c.1975 (Marcia Hare in Memphis Tennessee) by William Eggleston, c.1975 © Eggleston Artistic Trust

Eggleston assure qu'il ne va pas chercher ses sujets, mais qu'ils viennent à lui. Il capture le monde comme il le voit. Il ne prend qu'une photo, et si elle ne marche pas, tant pis - cela voudra simplement dire que cette image n'était pas sensée exister. L'influence d'Eggleston n'est pas à être sous-estimée : Juergen Teller, Sofia Coppola, David Lynch et Martin Parr peuvent le citer pour justifier leurs approches respectives.

La rétrospective qui lui est consacrée à la National Portrait Gallery de Londres regroupe des images s'étalant sur toute sa carrière, jusqu'aujourd'hui. L'approche de ses sujets, il l'a décrit comme démocratique. Un vélo de gamin esseulé, la pancarte d'une station-essence, un frigo plein de tartes et de glaces, une femme - connue ou non du photographe - assise sur un trottoir jaune, le regard triste planté dans l'objectif… Tout et tous ont attiré l'œil d'Eggleston et l'on irrémédiablement poussé à cliquer. Tout et tous sont considérés également par le photographe. Que voyait-il à ce moment précis ? Est-ce que la personne savait qu'il l'observait ? Que s'est-il passé avant et après ; qu'est-ce qui se trouve au-delà du cadre de la photo, et qu'est-ce qui a poussé Eggleston à la composer de cette manière ? Il ne nous le dira pas ; et ces questionnements font justement partie du plaisir.  

Untitled, 1960s by William Eggleston, 1960s © Eggleston Artistic Trust

Untitled, 1965 (Memphis Tennessee) by William Eggleston, n.d Wilson Centre for Photography © Eggleston Artistic Trust

L'exposition William Eggleston Portraitsse tient à la National Portrait Gallery à Londres, du 21 juillet au 23 octobre.

Credits


Texte Clementine de Pressigny

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