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comment invente-t-on les sneakers du futur ?

Nic Galway, vice-président du design chez Adidas, nous explique comment il créé les sneakers qu'on va tous finir par s'arracher. Nous l'avons rencontré à l'occasion de la sortie de la dernière née, la NMD.

par Lynette Nylander
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17 Décembre 2015, 10:10am

Si vous ne connaissez pas encore son nom, sachez que Nic Galway est le cerveau génial qui a imaginé vos baskets préférées. En tant que vice président du design d'Adidas Orginals, il a conçu et supervisé l'innovation Tubular, a travaillé main dans la main avec Y-3 pour Yamamoto et a aidé Kanye West à confectionner ses Yeezy Boost pour qu'elles soient baptisées "Chaussures de l'année". Depuis l'Allemagne, il dirige une équipe de 55 personnes.

La marque vient tout juste de lancer sa nouvelle innovation technologique en matière de chaussure avec la sortie de NMD, la fusion entre un ancien modèle d'adidas et la technologie de Primeknit et Boost. La marque a créé un modèle de chaussure éminemment moderne et différent, s'adressant aux plus jeunes générations, celles qui vivent pour le voyage et l'amour de la route. Nous avons discuté avec Nic après le lancement des NMD pour comprendre ce qui se cache derrière nos chaussures préférées...

De quoi t'es-tu inspiré pour designer les NMD ?
Quand j'ai commencé à me pencher sur leur design avec mon équipe de créas, on s'est aperçus de l'opportunité. Si on regarde les marques autour de nous, peu ont ce que nous avons : nous avons un héritage incroyable, nous avons toutes nos archives et nous avons accompli les meilleures prouesses technologiques de l'industrie avec Boost et Primeknit. On voulait vraiment connecter ces deux éléments : le passé et le futur. Le problème quand on crée un modèle vraiment futuriste, c'est que les gens ont du mal à l'appréhender. Mais quand on le réinscrit dans un passé, une histoire, il crée de nouveaux liens avec le présent. Le modèle NMD s'inscrit dans cette dualité. On a réfléchi à nos vies aujourd'hui, au rôle que nous souhaitons jouer dans la vie des gens et c'est un vrai challenge qu'on s'est donné ensemble.

Est-ce que tu t'es inspiré d'un modèle en particulier ?
Oui, on s'est inspiré de trois modèles exactement. Les Micropacer, les Boston Super et les Rising Star. La raison pour laquelle on les a choisies c'est qu'elles ont toutes été designées dans les années 1980 : c'est une époque très féconde d'un point de vue culturel. C'est aussi à ce moment qu'est sortie l'Apple Mac. Le futur était sans limite, on le voit dans le design de ces modèles. Et puis j'adore leur graphisme, si on les regarde de loin on peut deviner la couleur des semelles et c'était fait dans un but précis. Il n'y avait pas de designers qui bossaient sur la couleur, mais seulement sur celle des matériaux. Je trouve ça très puissant en terme d'esthétique. 

Comment le modèle NMD trouve sa place dans la vie de tous les jours ?
On s'est dit qu'on voyageait beaucoup aujourd'hui. Quand on vit en ville, tout est à deux pas mais quand on voyage, on ne peut pas tout emmener avec soi, il faut choisir. Si on prend des choses qu'on aime parce qu'elles sont classes mais qu'on veut marcher, on se rend compte que ce n'était finalement pas le bon choix. À l'inverse, un truc très fonctionnel dont l'esthétique laisse à désirer ne va pas non plus. Notre idée, c'était de combler le vide et de parvenir à unir la fonctionnalité et l'esthétique ; quand on regarde ces chaussures, elles ont l'air un peu banales, classiques mais quand on se rapproche, on remarque sa finesse, son confort, bref, c'est la chaussure qu'on veut avoir partout avec soi.

Pourquoi avoir choisi NMD ?
Si on lui avait donné un nom trop descriptif, on aurait dicté aux gens une manière de la porter. Adidas a toujours eu des codes : ZX, 350, 750. On voulait un nom qui soit à la fois nouveau et moderne.  

En quoi diffèrent-elles des chaussures que tu as dessinées dans le passé ?
Ma vision reste la même. Mais je ne veux pas tomber dans le passéisme. Je puise mon inspiration dans une mémoire collective : je voulais créer une basket qui rappelle l'histoire d'adidas si on la regarde de loin mais qui présente quelque chose de novateur en la regardant de plus près. Je pense que c'est ce qui la différencie d'autres baskets comme la Tubular qui se reconnaît au premier coup d'oeil et entre mille. Un des plus grand défi chez Originals est de toujours créer des ponts entre passé et présent tout en préservant un esprit pionnier.

Qu'est qui rend une basket iconique ? Tu as une formule magique pour ça ?
Je pense qu'il n'y en a pas. On parle souvent de culture et de ce qui est, ou devient iconique. Mais une chose est sûre, ce sont des choses que l'on ne peut pas prédire. Seuls les consommateurs ont ce pouvoir de rendre quelque chose iconique.

Cette année a été décisive pour la marque et vous avez investis deux fronts, celui du luxe et celui du streetwear. Quels sont vos objectifs pour l'année prochaine ?
Il est très dangereux de s'imposer des objectifs parce qu'en réalité, la génération à venir aspirera forcément à de nouvelles choses. Il faut se poser deux questions : comment évoluer ? Et qu'est ce que nous avons déjà accompli ? Je tente toujours de mettre mon équipe de créateurs au défi et je leur dis 'ÇA c'est super, nous devons en être extrêmement fières mais mettons le de côté quelques temps et allons explorer l'extrême inverse, voyons où ça nous mène.' Je pense que c'est un très bon exercice même si on n'en retient pas systématiquement quelque chose. La seule constante de mon travail réside dans le fait que je ne peux pas rester en place. Être novateur et se lancer des défis, c'est ça la clé. C'est un état d'esprit qui pousse à la création et que nous devons préserver - toutes les marques ne peuvent pas se le permettre. J'espère que les gens voient adidas de cette façon : une marque à la fois surprenante et audacieuse. 

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